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jeudi, novembre 22, 2018
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The Young Disciples : la sensation acid-jazz (1992)

Propos recueillis par Elia Hoimian

 

La grande vague qui a secoué l’Angleterre – chef-lieu de la musique expérimen­tale et de fusion de tous les sons blacks- a donné naissance à de nouveaux disciples funk : The Young Disciples, composé de Carleen Anderson, Marco Nelson et Femi Williams. Rencontre avec le groupe le plus soulfull de la tendance acid-jazz.

 

Dans le sillon de cette mou­vance, se profile un grand avenir au groupe le plus soul de cette génération : les Young Disciples. Leur premier album, Road To Freedom, regorge de sons aus­si divers que pro­fonds. Une véritable perle ! Nous sommes allés à la rencontre de Femi et Marco, deux pierres angu­laires de l’édifice Young Disciples. Carleen, le 3e mail­Ion de la chaîne étant absente pour l’occasion, voici ce que pensent les deux protagonistes du groupe, de cette effervescence made in UK.

Black News magazine : Quelle influence les sound systems ont eu sur votre album ?

Marco : C’est vrai que ça fait pas mal d’années que nous tournons dans les sound systems, avec Norman Jay. Lors de l’enregistrement de nos morceaux, on retournait souvent les jouer dans les clubs et les sounds pour voir les réactions. Ensuite on retournait en studio et on portait les modifications nécessaires. Cela nous a permis de mieux appréhender les goûts du public.

BNM : Vous êtes tout une bande à travailler ensemble : photo­graphes, musiciens, graphistes… Quel sens ou quel projet couve cette organisation ?

Marco : Notre objectif est de donner l’opportunité aux gens de s’exprimer. Il y a tellement de jeunes qui ont du talent mais à qui personne ne donne la chance de montrer de quoi ils sont capables. Alors, on essaie de canaliser toutes ces potentialités dans un mouvement propice à leur éclosion. Tous ces gens peuvent librement nous rejoindre. Vous savez, les Young Disciples sont un collectif de personnes qui font différentes choses et qui se retrouvent pour un même objectif : celui de réaliser ce dont ils ont envie.

BNM : Votre dossier de presse précise que vous avez travaillé avec Soul II Soul mais il ne dit pas sur quel projet. Qu’est-ce que vous avez réellement fait ensemble ?

Marco : Au début, nous étions un sound system et nous aimions beaucoup le style de sound de Soul II Soul. Nous avons donc quelquefois joué ensemble, dans des entrepôts, des trains, dans des stations de métro qui n’étaient plus utili­sés. C’était plus une concurrence qu’autre chose. Il y avait d’un côté le sound de Jazzie B et de l’autre, le nôtre, Shake And Finger Pop Good Times Sound System. Et c’était à celui qui ferait groover le plus. On mettait à tour de rôle nos sélections. Même si c’était une lutte pour la reconnaissance de sa supériorité, cela demeurait très amical.

Femi : Pour revenir au présent, nous faisons actuellement un show sur Kiss FM Londres. C’était une émission que présentait Jazzie B. que nous avons remplacé pendant quatre semaines le temps qu’il revienne des vacances. L’histoire de la rivalité dans les sound-systems est bien loin. Nos contacts aujourd’hui sont excellents.

BNM : Est-ce qu’il existe des connexions entre les styles dans le mouvement ?

Marco : Oui, il y a bien une connexion entre les musiciens de différents styles. Nous ne faisons pas d’anathèmes entre les musiques. Nous respectons aussi bien les jazzmen que les rappeurs. Et vous trouverez ces deux influences dans notre musique. Toujours dans le cadre des sounds, nous avions une véritable connexion entre les musiciens de reggae comme Jah Shaka, Aswad que nous aimons beaucoup.

Femi : La vague qui déferle en ce moment à Londres, c’est le funk. Il y a de plus en plus de monde dans les clubs. A Brixton, Manchester ou Brighton, c’est le funk et apparenté jazzy qui marchent à fond. Mais le plus important, c’est l’ambiance qui prévaut lors de ces rencontres. Ce sont des gens qui se retrouvent pour passer du temps. Actuellement, les jeunes se jettent à fond sur les oldies, le funk des 70’s et sur du James Brown. Mais ce qui caractérise le mouvement anglais, c’est l’expérimentation et la fusion de tous les sons plus qu’une visée d’enregistrements commerciaux.

 

« En Angleterre, les gens ont d’autres rapports avec la musique noire. A la différence des Etats-Unis, la musique black est un phénomène interracial. Nous ne pouvons pas dire « Motherfuck » ou autre chose du genre. car notre message, n’ayant pas de coloration, serait moins crédible. »

 

BNM : Que recouvre le titre de votre album, Road To Freedom ?

Marco : La musique et le fait de pouvoir en vivre. Pour moi, être libre, c’est le bonheur de faire ce que l’on désire le plus. Pour certains, le chemin de la liberté pour un peuple ou encore les problèmes que les minorités peuvent rencontrer dans la reconnaissance de leur représentativité dans une société. C’est une phrase qui ouvre un champ tellement vaste. Cela peut aussi être très personnel. Mais la réalité, c’est que « Road To Freedom » est une chanson que Carleen a écrit pour Nelson Mandela. En ce sens, c’est une chanson pour l’éveil des peuples dans leurs pays respectifs. « Road To Freedom » peut tout aussi bien être personnel qu’un fait social.

BNM : On a coutume de parler du rap par rapport au discours des artistes. Mais lorsqu’on évoque le mouvement anglais, on ne parle que de musique. Quel est votre sentiment sur cette différence d’approches ?

Femi : C’est vrai. Prenons l’exemple de Public Enemy : dans leurs textes, ils parlent de ce qui les touche de près, la condition des Noirs dans la société américaine. Je pense que c’est une bonne chose que les journalistes mettent en avant ce fait. C’est très bien parce que cela permet d’amplifier ces messages positifs au vu de la situation là-bas. En Angleterre, les gens ont d’autres rapports avec la musique noire. A la différence des Etats-Unis, la musique black est un phénomène interracial. Nous ne pouvons pas dire « Motherfuck » ou autre chose du genre. car notre message, n’ayant pas de coloration, est moins crédible.

The Young Disciples, Road To Freedom (Talkin’ Loud)

L’interview est tiré du magazine New Beat N°2 (Fév. 1992)

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