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jeudi, octobre 18, 2018
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Yazz, l’égérie pop dance (1992)

Par Romain Grosman

 

Née à Londres d’un père jamaïcain et d’une mère anglaise, Yasmin M. Evans, alias Yazz chante sur des rythmes frivoles. Ancien mannequin, grande, black, blonde, on a vite fait de la regarder de loin, « finalement ce n’est qu’une star du disco ». Faux ! Yazz est ouverte, réfléchie, douce, lucide, sensible… Loin, très loin des clichés. Interview.

 

« J’aime la pop. Yazz est difficile à marketer parce qu’il y a de tout sur mes albums. J’ai envie d’inspirer les gens. Je ne veux pas faire de compro­mis et enregistrer dix chansons calibrées pour faciliter la vente. Je ne l’ai jamais fait et cela n’arrivera pas. Mes racines sont dans la soul d’Holland et Dozier, de Clinton, mais j’adore KLF, Extreme et les artistes de Talking Loud. J’ai écouté Astrud Gilberto ces derniers mois, pour la pureté. Tout m’interesse. »

BNM : Pourquoi avoir choisi la dance pour vous exprimer ?
Y : Enfant, j’ai baigné dans la musique noire. La dance ? Je suis une fille des seventies, avec les clubs, le disco… en fond sonore. Je ne peux tout donner à travers ce style, je rêve de toucher à d’autres genres. Etre produite par Quincy Jones, par exemple. Mais qui est Yazz pour Quincy Jones ?

 

« Lorsqu’il y a eu l’essor du mouvement rap et hip-hop, j’ai pensé : « Ce n’est pas une mode, mais la révélation de choses pro­fondes. » La house, par contre, me semblait totalement éphémère. La raison de sa survie se trouve peut-être dans le côté technologique de cette musique. Le beat est à la portée de tous. Inutile de savoir écrire une mélodie. »

 

BNM : Comment expliquez-vous l’explo­sion de la dance ?
Y : Pour être honnête, je n’aurais jamais imaginé que cela durerait si long­temps. Lorsqu’il y a eu l’essor du mouvement rap et hip-hop, j’ai pensé : « Ce n’est pas une mode, mais la révélation de choses pro­fondes. » La house, par contre, me semblait totalement éphémère. La raison de sa survie se trouve peut-être dans le côté technologique de cette musique. Le beat est à la portée de tous. Inutile de savoir écrire une mélodie. Maintenant, je crois que cela se ralentit. Le public attend des chansons construites. Young Disciples, Brand New Heavies, JT Taylor, plaisent parce qu’ils sont dans cette lignée, sans être spécialement brillants. Natalie Cole signe son premier album vraiment en accord avec ses goûts et cela plaît. C’est un signe.

BNM : La période actuelle est très instable pour les artistes. Comment vivez-vous cela ?
Y : A chaque sortie d’un nouveau disque, j’ai l’impression de commencer une nouvelle carrière. Il n’y a plus le support de fans. C’est assez triste. Beaucoup d’artistes n’ont plus l’opportunité de mûrir sur la longueur. On ne laisse pas le choix.

BNM : Comment sortir de cette spirale ?
Y : Je n’en sais rien. Dieu, aides-moi ! (rires) J’espère toujours que les gens me suivront, mais je garde du recul vis à vis de tout cela. Je fais mon job sérieusement, j’aime ma musique. Si les autres l’apprécient, c’est l’idéal. Sinon, j’ai du temps devant moi pour passer à d’autres choses : la produc­tion…

BNM : Le carton de « The Only Way Is Up » vous a lancé. Connaissiez-vous Otis Clay, son interprète ?
Y : Non. Un Dj m’a suggéré d’enregistrer ce titre. Au départ, je rejetais l’idée « C’est une telle chanson et je ne suis qu’une chanteuse pop avec encore énormément à apprendre ». La voix d’origine était très noire, très mâle et le tempo très soul. Nous avons tout modifié. J’aime ce feeling et les paroles Sensibles. J’ai envoyé une copie aux auteurs. Ils ont reçu les royalties alors que tous deux étaient un peu oubliés. Cela me touche d’avoir pu les aider.
BNM : D’autres covers en vue ?
Y : Il y a « How Long », d’Ace, sur mon nouvel album. Plus tard, je reprendrai peut-être du Donny Hattaway. Je ne me sens pas encore prête.

BNM : Si vous deviez ne plus évoluer dans la musique ?
Y : Je m’orienterais vers le cinéma. Quoique je déteste les chanteurs qui deviennent acteurs ! (rires) On arrive avec une image médiatique qui brouille le rapport avec le public. En fait, je pense que nous devons explorer complètement ce pour quoi nous sommes doués ou motivés.

BNM : Vos plaisirs ?
Y : Les voyages, la photo, les films, les concerts. J’ai du voir Prince quinze mille fois. J’aime les gens.

BNM : La dance a-t-elle un avenir ?
Y : Oui. C’est une mode, mais la mode se perpétue, se régénère. C’est aussi une culture dans le sens où cela reflète une partie de notre vie, une facette de nos états d’âme. Idem pour la house, qui véhicule nos angoisses: la violence, les conflits, l’incertitude Tout cela a un sens.

Yazz, single « One True Woman » (Polydor)

 

Interview tiré du magazine New Beats N°4/1992

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