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Wassis Diop : l’iconoclaste de la musique afro (1993)

Par Elia Hoimian

 

Wasis Diop est un globe-trotter. De Dakar à Paris en passant par la Jamaïque, il a traîné sa silhouette de basketteur sa guitare à la main. Guitariste de Jimmy Cliff, il a réalisé la bande originale de Hyènes, le magnifique film du grand cinéaste sénégalais aujourd’hui disparu, son frère Djibril Diop Mambéty (1945-1998), l’auteur du célèbre Touki Bouki. Nous l’avons rencontré à cette occasion.

 

« Dakar a été fondée par les Lébous, et plus exactement par mon arrière-grand-père, avant l’arrivée des Occidentaux. Mon enfance a été éclairée par les mythes de chez moi, et mon goût pour la musique vient de mon environnement sonore, les fêtes qui se déroulaient dans les rues… »

Ces mots sont de Wassis Diop, musicien éclectique de son état. On comprend donc aisément cette allure nonchalante de seigneur qu’a Wassis (environ 2 mètres de haut).

A 17 ans, Wassis, fasciné par les instruments et le blues, vient à la guitare par amusement. A vingt et un an, il émigre à Paris et commence à développer cet instrument de prédilection. Quatre ans plus tard, il forme son premier groupe, West Afrique Cosmos, et c’est le premier album éponyme chez CBS. C’était en 1974, l’époque du balbutiement de la musique africaine dans l’Hexagone, avec des groupes comme Osibisa. « A l’époque, nous étions les seuls groupes africains de la place », se souvient Wassis. Mais, ironie du destin (?), quatre ans plus tard, le groupe se scinde.

 

La Jamaïque et le reggae

Wassis fait de nouveau ses valises, et atterrit en Jamaïque où il officie en tant que guitariste de Jimmy Cliff. Et pourquoi la Jamaïque ? « J’ai toujours été attiré par le militantisme du reggae, par Tosh, Perry’’, explique-t-il. « En Jamaïque, je me sentais chez moi. Je retrouvais certaines notions africaines comme la hiérarchie de l’âge, des gens simples, et de grands musiciens. Je vivais mon amour pour cette musique de revendication, de révolte, cette sorte de blues africain, marqué par les tendances musicales du moment. Sur ce sujet, Wassis est intarissable. Visiblement, cette période de sa vie l’a marqué au plus haut point. Mais qu’est devenu le reggae qu’il a connu ? Il n’a certainement plus la même saveur qu’autrefois, il devient de moins en moins spirituel. « Normal, parce que les générations sont différentes », poursuit Wassis, « rien est éternel. La politique, par exemple, comme le syndicalisme sont en train de s’essouffler. Dans tout ce qu’on fait, il y a une grande part de rêve. Quand le rêve n’est plus, il n’y a pas de mouvement. Les gens ne font plus que subir. La musique et la peinture sont les deux arts capables de montrer ça, le changement de périodes. Concernant le reggae, ce n’est pas un essoufflement mais il n’y a plus de rêve. Prenons le cas du rap. C’est intéressant, mais il n’est pas porteur d’épanouissement. De plus, à travers le rap, les Noirs se rendent compte de leur propre racisme. Ils se rendent compte qu’ils sont plus racistes que les blancs. Tu sais, le racisme n’est pas le monopole du blanc, même si, naïvement, il le croit ».

 

« Aucun racisme n’est justifié. Le racisme est une forme de pauvreté. Il ne faut pas oublier les blancs qui sont morts pour la défense des droits des Noirs. Nous devons aussi leur rendre hommage ».

 

Mais le racisme du Noir, même s’il ne s’excuse pas, n’est-il pas compréhensible, devant le massacre de l’histoire ? « Aucun racisme n’est justifié. Le racisme est une forme de pauvreté. Il ne faut pas oublier les blancs qui sont morts pour la défense des droits des Noirs. Nous devons aussi leur rendre hommage ». Je ne voudrais surtout pas paraître polémique, mais combien sont morts pour la cause noire, au regard du nombre des nôtres traités comme du bétail, pendus, assassinés, et j’en passe ? Ne crois-tu pas wassis que le racisme Noir est un racisme en réaction à celui du Blanc ? « Cheick Anta Diop disait : « la race n’existe pas » et il le mettait en avant dans ses théories ». Des thèses qui n’ont pourtant pas été reconnues par l’intelligentsia occidentale. « Tu sais, le mensonge sera toujours retenu par le tamis de l’histoire », me répond philosophiquement Wassis (il est bouddhiste car selon lui, la philosophie du bouddhiste serait la plus proche de la sagesse de ses ancêtres africains).

 

Musique et cinéma : Hyènes

Mais recevons à la musique, ou plutôt à la bande originale du film Hyènes (sans aucun doute le plus beau film africain qui m’ait été donné de voir), de son frère Djibril Mambéty.

« Pour la réalisation de Hyène, il n’y avait pas que le thème qui était important. Encore fallait-il l’insérer dans un cadre où chaque détail a son importance. C’est un travail de mise en scène, de casting. C’est un film réalisé comme une oeuvre plastique, avec un budget de production minime. Mais on y a mis tout notre amour. C’était un travail narcissique, généreux. C’est un film qui été tourné en deux volets. Il y a eu des problèmes techniques qui ont perturbé son tournage. Après un mois de tournage, nous nous sommes rendu compte que la pellicule présentait un défaut de fabrication. Un fait incroyable, qui n’arrive presque jamais. Nous avons donc perdu 80% du film. Ensuite, à cause du faible budget, nous avons du le tourner en cinq semaines, avec les 20 % de pellicule sauvée.

Quant à la musique, je voulais qu’elle soit sobre. Elle devait supporter les images et non l’inverse. J’ai d’abord enregistré les thèmes majeurs à partir du scenario et de mon imaginaire. Le film, une fois achevé, j’ai jugé que certains passages de la musique étaient trop riches. Je les ai donc enregistrés sur des casquettes de mauvaise qualité, pour ensuite les réinjecter sur la bande. Je voulais être très proche du cinéma. Je crois avoir réussi car il y avait un membre de Channel IV qui nous a demandé si la bande n’était pas un vieil enregistrement. Cette musique, je l’ai faite avec ce qui caractérise ma démarche. Dans toute composition, je me réfère à mon environnement originel, j’essaye de préserver l’essence musicale, l’émotion et surtout d’assumer mon histoire.

 

WassisDiop, B.O.F Hyènes (Polygram)

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