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jeudi, novembre 22, 2018
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Tim Dog : la réponse gangsta de New York à L.A.

Par Mister Dread

 

Les Sugarhill Gang, Curtis Blow et autres Grandmaster ont prouvé que le rap pouvaient aussi être une musique, à la fois de qualité et commercia­le. A l’époque, c’était le groove qui primait. En ce début de 90’s, ce sont les joutes verbales qui ont pris le dessus, et la rivalité, la règle. Voici le message de Tim Dog aux rappeurs de la West Coast.

 

Aujourd’hui, le sens du rap est tout autre. La nouvelle génération lui a donné sa vraie valeur. C’est le seul moyen qu’ils ont trouvé pour se faire entendre. C’est leur network, comme le disent les Américains. Jugé trop violent par certains, le rap, en dépeignant les ratés du système est de loin, la musique la plus réaliste du moment. Comme le dirait mon grand-père s’il était enco­re de ce monde « Seule la vérité blesse ». Que ceux qui veulent se voiler la face ne s’en privent pas. Les rap­peurs continueront à distiller leurs lyrics venimeux. Aux Etats-Unis, l’heure n’est plus aux complaintes velléitaires. Le « gangster-rap » a occupé le terrain. Il n’y a qu’à voir le succès d’artistes comme N.W.A., Public Enemy, Ice Cube, Ice-T et autres pour comprendre que le phénomène s’est réellement installé jusque dans les charts. Cette éruption de « gangster-rap » a pris d’assaut la face ouest des Etats-Unis, pour s’ériger en bou­clier contre l’hégémonie industriel­le musicale new yorkaise. Mais le phare de la production américaine n’a pas l’intention de se laisser faire. Il réagit vigoureusement, via Ruff House, le label rap de Philadelphie, en la personne de Tim Dog.

Pour sa rentrée, cet originaire du Bronx (on ne fait pas mieux !) n’y va pas de main morte. Il attaque de plein fouet et avec la même virulence ses « copains » califor­niens ». Etant issu d’un milieu et d’un quartier similaire, ses agressions n’ont que plus de valeur. On ne pourra pas dire que c’est un petit bourgeois qui ne sait pas de quoi il parle.

 

« Un message à NWA : Quoi que vous prétendiez être, voici ce que ce que tout le monde pense de vous… »

 

D’entrée, Tim Dog étale son jeu. Sur fond de sampling du « Prelude » de « Efil 4 Zaggin » de NWA, iI attaque le grou­pe : « Un message à NWA : Quoi que vous prétendiez être, voici ce que ce que tout le monde pense de vous ». Gonflé le mec ! Attaquer le mec sur sa propre musique pour mieux enfoncer le clou. Et la tension monte au fil des morceaux. Tel un rouleau compresseur, Il lamine le groupe. Par « Fuck Compton », le titre le plus lancinant, vous devez bien vous douter de quoi il est question.
Pour vous donner l’envie de constater par vous-mêmes, l’intensité de la polémique, je ne vous citerai que cette phrase : « N.W.A. is shit for me ». Mais ne nous laissons pas conduire par la polémique. voyons plutôt la légitimité musicale de Tim Dog. Rap légèrement surchauffé, juste ce qu’il faut pour laisser la sirène siffler le chorus lapidaire. Même entrée funky que le précédent, son lourd, posé et toujours les scratchs nerveux, arrogants. mais « Step To Me », c’est à Ice-T, Ice Cube et au Dj Quick qu’il s’attaque allant jusqu’à demander au dernier de lui tailler la pipe. Il faut le faire ! Mais où puise-t-il donc toute cette hargne ?

Les textes sont tellement impressionnants par leur esprit je-m’en-foutiste qu’on a du mal à s’arrêter un instant sur la musique. Il aurait choisi d’autres termes que le son passerait en priorité. Malgré cela, « Step To Me » avec ses incursions de batterie et son tempo, toujours lourd, puissant, mérite sa place de choix dans l’al­bum. Tim Dog n’a pas que la langue qui le démange. Il a aussi le sens de la formule. Il le prouve dans ‘Phone Conversation M/reporter » où un jour­naliste du Daily times se fait rabrouer
lorsqu’il lui demande quel genre de nigga il est. En apar­té, il nous donne tout de même la réponse dans « Bronx Nigga ». Mais Tim Dog ne sait pas qu’insulter. Il chante aussi l’amour qu’on devrait témoigner à nos parents, frères et soeurs. Malgré ce look de gangster, Tim semble aussi avoir le sens de la famille et du fun. C’est un album qu’il faut découvrir entièrement. Tous les titres ou presque se valent. Je vous assure d’un grand moment rapologique. Je ne serais pas assez surpris qu’on ait encore à reparler de « Penicilin On Wax », les intéressés n’ayant pas encore dit leur derniers mots.

Espérons sim­plement que le rap ne va dégéner en batailles de chif­fonnier. Ce serait vraiment dommage d’en arriver là.

Article tiré du magazine New Beats N°2/ Février 1992

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