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dimanche, décembre 16, 2018
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Teddy Riley, Roi du New Jack Swing ! (1993)

Par TJ Allen

 

A vingt-cinq ans, il est l’un des producteurs américains les plus en vue. Les Winans, James Ingram, Boy George, Bobby Brown, Michael Jackson… Fine Young Cannibals et les New Kids On The Block… la jet set du box office se dis­pute son talent, à l’image de ces milliardaires en quête de toiles de maître qui défilent chez Sothesby…

Nom : Riley Prénom : Teddy Signes particuliers : Inventeur du new jack swing

 

Dieu qu’il est long, le parcours du roi du new jack swing (appellation née de ce style distinctif qu’il a créé pour Keith Sweat et Bobby Brown, respectivement avec “I Want Her’’ et “My Prérogative’’). Un petit quart de siècle seulement depuis que Teddy Riley a vu le jour, et déjà plus de la moitié passée dans le circuit, depuis ses premiers jams avec Total Climax et Kids At Work, de petites formations locales de Harlem, et ses débuts à la production avec Classical 2 et Doug E. Fresh. Un long parcours qui a connu des hauts et des bas.

Les hauts, avec une impressionnante collection de hit singles venus récompenser son travail avec Bobby Brown, Guy (dont il était encore l’un des membres fin 91), Johnny Kemp, Boy George, Today, les Winans, James Ingram et bien d’autres. Les bas, comme son bruyant divorce d’avec son parrain et ex-manager, Gene Griffin ; l’éclatement de Guy deux ans plus tard ; enfin, l’arrivée d’une foule de pâles imitateurs qui sont plus ou moins parvenus à discréditer le new jack swing. Le jeune producteur a préféré tourner le dos à tout cela, en même temps que la page, considérant les quelques quinze millions d’exemplaires vendus à ce jour du dernier trente de Michael Jackson auquel il a largement participé… Mais aussi le récent lancement de son label, Life Of Riley.. La sortie du nouvel album de Wreckx’n’Effect, le groupe de son frère, et un carnet de commandes bien rem­pli pour l’exercice 1993.

Teddy a beau voir la fin des 80’s comme son “bon vieux temps », on ne peut s’empêcher de déceler un certain euphé­misme dans ses propos, après la série d’arnaques dont il a été l’objet de la part de Gene Griffin. Alors que beaucoup auraient pu être dégoûtés pour moins que cela, le produc­teur analyse cette période qui l’a vu contribuer au succès de nombreux artistes avec le plus grand détachement aujourd’hui. « Je ne referai jamais ce genre de truc, car je ne veux pas me répéter. La seule répétition à laquelle j’aspire, c’est la possibilité de créer de la bonne musique… Jamais la même. Je pense avoir passé un nouveau cap ces derniers mois. J’ai beaucoup travaillé le piano. Travaillé à la recherche de nouvelles mélodies et combinaisons harmo­niques. Je maîtrise mieux les claviers. D’où ce son que l’on retrouve sur les albums de Michael et Bobby, avec « Remember The Time » et « Something In Common ». Il ne me serait jamais venu à l’esprit d’utiliser ce type de cordes typique de la musique d’église il y a quelques années. J’étais plus agressif, je pense ; en tous cas, plus percutant à mes débuts aux keyboards, en optant davantage pour le clavinet. Je voudrais pouvoir développer mes aptitudes aux claviers, pour pouvoir rejoindre un groupe comme Chick Corea quand j’aurai dépassé la quarantaine et que j’en aurai ma claque de produire. « 

Succès aussi pour Teddy à la même époque avec Today, Starpoint, Déjà (l’ex-Aurra), Jane Child et, dans une moindre mesure, les Winans, James Ingram et Boy George. Collaborations plutôt hétéroclites à propos desquelles Teddy sort aujourd’hui de sa réserve. « Terrible !…” son expérience avec Starpoint.  » Le producteur du groupe, Lionel Job, appréciait plutôt mon trip. Il a pensé que je pourrai les relancer. On ne fait pas du neuf avec des vieux. Le new jack, ça colle pour des kids… Déjà c’était un défi en soi, car le groupe cherchait une nouvelle chanteuse à l’époque ; ce qui explique que cela n’a pas marché comme prévu. » Un manque de sélectivité que Teddy attribue à l’âpreté aux gains manifeste dont son manager, Gene Griffin n’a cessé de faire preuve. « Dommage car tout cela aurait pu être plus efficace pour d’autres… « 

L’épisode Griffin derrière lui, Guy en passe de devenir le groupe phare du new jack swing, Teddy a dû affronter le split de sa formation peu après un passage remarqué à Londres et une tournée US, début 92. « Je ne vais pas res­ter les bras ballants à attendre nos retrouvailles. Il était inévitable que chacun d’entre nous fasse son chemin. C’était une connerie d’avoir deux frangins dans le même groupe en fin de compte. Je voulais faire de Guy le meilleur trio jamais réuni, mais ça a foiré, parce qu’il y avait d’un côté une pile électrique et de l’autre un vilain petit canard. Ils se sont montés la tête tous les deux. J’ai eu l’impression qu’ils vou­laient m’entuber. On s’est vus aux Soul Train Music Awards, on n’a pas échangé le moindre mot. J’en ai fait mon deuil ; affaire suivante… « 

 

« La production de rap est beaucoup plus dépouillée que celle de R&B. C’est avant tout une question de loops et de beats. La musique vient après…”

 

Une affaire suivante qui a pour nom Black Street, l’une des premières signatures sur le label de Teddy, avec Tammy Lucas, Girlstown, Brook Sellers et Wreckx’n’Effect. « Je vais reprendre ce qui a marché avec Guy pour mon nouveau groupe (un quatuor qu’il compose avec Chauncey, Joe et Levon). Ce sera un groupe de Street music. Et je peux vous dire qu’on en reparlera… » A la tête de son label, Teddy apprend à faire face à de nouvelles contraintes, telles l’agen­cement de ses nouveaux studios en Virginie. « Je suis entou­ré d’un staff de quatre auteurs et six producteurs. Ils vien­nent avec leurs idées et je les amène au stade supérieur. Cela n’a pas été facile de les dénicher. Je suis aussi exigeant avec eux qu’avec moi-même. Ils doivent être hyper- créatifs et n’avoir qu’une idée en tête : la musique. La plupart de ce qu’on trouve aujourd’hui est une copie de quelque chose. On pique ceci, on pique cela, et on vous fait croire que c’est nouveau. Moi, je veux changer à chaque fois… « 

 

« Il faut sans cesse se battre, jusqu’à lécher des culs, pour obtenir ce que tu veux. Tâche rendue plus ardue, du fait de l’attitude des programmateurs radio ( tous les mêmes.NDLR) américains. Ils programment ce qu’ils aiment, ou ce qu’on leur dit de passer. Pas ce qu’ils devraient. »

 

Diriger un label, c’est aussi pour l’ex-Guy l’apprentissage du business avec les majors (en l’occurrence MCA qui distribue Future Records), avec tout ce qu’une telle situation sous-entend… « Je revêts une autre casquette lorsque j’ai à dealer avec une maison de disques, ou à étudier l’aspect politique de la situation. Il faut sans cesse se battre, jusqu’à lécher des culs, pour obtenir ce que tu veux. Tâche rendue plus ardue, du fait de l’attitude des programmateurs radio américains. Ils programment ce qu’ils aiment, ou ce qu’on leur dit de passer. Pas ce qu’ils devraient. Si tu n’as pas un bon service de promo radio à tes côtés, tu peux aller te rhabiller. Il a fallu que je pousse la sirène chez MCA pour que l’album de Wreckx passe à la radio. Quand je fais de la musique, je veux la qualité. Je déteste être bousculé et risquer de bâcler mon job. MCA commence à le comprendre. « 

 

« La plupart de ce qu’on trouve aujourd’hui est une copie de quelque chose. On pique ceci, on pique cela, et on vous fait croire que c’est nouveau. Moi, je veux changer à chaque fois… « 

 

Après avoir participé aux deux projets les plus importants de sa carrière à ce jour (les albums de B. Brown et M. Jackson), Teddy a fait le break vis à vis du star-system, le temps de se consacrer a ses protégés sur son label, parmi lesquels, Wreckx’n’Effect, duo composé de son frère, Markell et Aqil Davidson, dont le second album, Hard Or Smooth, a fait son apparition peu avant les fêtes de fin d’année.

« La production de rap est beaucoup plus dépouillée que celle de R&B. C’est avant tout une question de loops et de beats. La musique vient après. Avec le 30 de Wreckx, on a voulu prouver que nous pouvions être vraiment hard. C’est pour­quoi les drums sont beaucoup plus lourds que tout ce que j’ai pu faire auparavant. Pour les choeurs, il n’y a qu’à coller au groove, sans pour cela être dans la clé. »

Un travail de concept taillé sur mesure à chaque nouvelle collaboration, quel que soit le style du “client”. Sur l’agenda de Teddy cette année, New Kids On The Block et Fine Young Cannibals. Parmi ses rêves, ceux de travailler un jour avec Prince et Phil Collins, et retrouver un certain Aaron Hall, l’ex-chanteur de Guy. “Il était toujours dans la note exacte », précise-t’il.

Il reste quinze ans à Teddy avant d’atteindre la quarantaine et se ranger. Le temps de nous réserver encore quelques surprises…

 

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