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samedi, septembre 22, 2018
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The story of… Run DMC, la légende Hip Hop (1993)

Par Elia Hoimian & Arnaud Fraisse

 

Pionnier du mouvement, Run DMC, est tout un symbole du hip hop. La trajectoire du groupe ressemble à celle de sa musique : une ascension rapide émaillée de hits under­grounds, puis “grand public”, une traversée du désert et un retour en force avec Down With The King, avec la crème des producteurs du moment.

 

En 1984, les titres “Sucker MC’s”, “Rock Box” et leur pre­mier album éponyme placent d’entrée Run DMC au rang de groupe star du rap. A l’opposé du cuir et du côté fun de groupes comme SugarHill Gang, le look “street” (chapeau noir, jean et Adidas qu’ils glorifieront dans “My Adidas”) de Run DMC leur permet de conquérir une bonne partie des black kids des rues de New York à L.A.. Un an plus tard, leur second album, King Of Rock, est certifié platine aux Etats- Unis (soit un million d’exemplaires vendus).

En 1986, dans la lancée, ils lâchent une bombe de trente centi­mètres nommée Raising Hell, précédée par le single “Walk This Way” avec Aerosmith. Le groupe enchaîne hit sur hit. Joe Simmons (Run), Darryl Mac Daniels (DMC) et leur DJ Jam Master Jay sont désormais multimillionnaires. Ils tournent dans le monde entier avec Public Enemy ou les Beastie Boys en première partie, jouent dans des films à leur propre gloire comme Tougher Than Leather (inédit en France) et décrochent quelque peu de la réalité.

En 1988, ils tentent un remake de Raising Hell avec leur quatrième opus Tougher Than Leather mais Public Enemy et LL Cool J sont des stars et le public attendait plus d’efforts de la part du trio de Hollis, Queens. Les événements échappent au groupe. Ils enregistrent un titre pour la Bande Originale de Ghostbusters, DMC commence à som­brer dans l’alcoolisme, Run s’éloigne du rap et Jam Master Jay va créer son label, JMJ Records, sur lequel il produira The Afros (et plus tard Onyx).

1990 voit la sortie de Back From Hell, le cinquième album, destiné à tourner la page sur l’époque Raising Hell. Résultat : un flop aussi bien commercial qu’artistique. Profile, leur label de toujours, essaie de rattrapper la situation en sortant un Run DMC Greatest Hits en 1991. Malgré cela, la période sombre continue. Dans le même temps, Public Enemy remplit les salles du monde entier… Run est accusé de viol en 1992, mais il obtiendra un non-lieu.

En 1993, après toutes ces épreuves, les membres de Run DMC découvrent la foi chrétienne et se consacrent à leur sixième album. Pour retrouver leur trône, ils s’entourent des meilleurs chevaliers. Pete Rock, Q-Tip (A Tribe Called Quest), EPMD ou The Bomb Squad prêtent serment : ils sont de nouveau fiers d’être Down With The King.

Microphone checka !

Black News : Run DMC est l’un des leaders du rap. Vous faites partie de la “Old School”…

DMC: Run DMC est là depuis dix ans, depuis 1983. On était parmi les premiers à faire du rap mais de là à dire que nous en sommes les leaders… Nous avons commencé jeunes, à dix-sept ans et nous le sommes toujours dix ans après. Nous sommes la preuve vivante de la longévité du rap. Tant qu’il y aura du rap, il y aura Run DMC et tant qu’il y aura Run DMC, il y aura du rap.

B.N. : Comment expliquez-vous que des groupes comme Furious Five ou SugarHill Gang n’aient pas résisté ?

Jam Master Jay : SugarHill était un groupe comme Vanilla Ice ou Hammer aujourd’hui. Grandmaster Flash ne mettait pas sur vinyl ce qu ’il voyait dans la rue.

DMC : Quand Run DMC est arrivé, nous n’avions pas de bijoux. Nous n’avions rien de faux. On a pris ce qu’on faisait dans la rue : des platines, un DJ. Nous étions vrais, pas des héros de dessin animé. Nous étions des jeunes noirs, et sur scène, le public pouvait s’identifier à nous.

B.N. : Vous semblez désormais avoir un penchant pour des musiques plus funk…

DMC : Le hip hop vient des Noirs-Américains surtout de New- York, à une époque où les radios ne diffusaient que du disco, il nous fallait créer notre propre son. Il y a eu Bambaataa, GrandMaster Flash, DJ Kool Herc. On trouvait nos breaks dans de vieux James Brown ou des albums de funk. C’est comme ça que le hip hop a débuté. Après les choses sont devenues plus com­plexes, on s’est mis à chercher des beats et des breaks dans n’importe quel type de disque. C’est comme ça que le hip hop a démarré. Aujourd’hui, 16 ou 17 ans après, les choses continuent de façon cyclique.

JMJ : Le hip hop est jeune, il existe réellement depuis 14 ans. Il retourne à son origine qui n’est pas le funk de Parliament, je suis avec Parliament à cent pour cent mais ils ne sont pas à l’origine du hip hop. Même Bambaataa s’habillait comme Parliament !

 

« Vous ne sauriez pas ce qui se passe à LA. sans N.WA., vous ne sauriez rien sur Farrakhan sans Chuck D, il n’y aurait pas eu non plus de film sur Malcolm X sans Chuck D en train de promouvoir Malcolm X ou le jeune homme noir. Dans mon adolescence, Michaël Jackson ou The Gap Band ne m ’appre­naient rien, rien de Noir, rien de positif. La dernière chanson noire positive que j’ai entendue, avant que j’en écrive moi-même, venait de James Brown. »

 

B.N. : Depuis le début, qu’est-ce qui a réel­lement changé dans le rap business ?

DMC : Le rap est devenu tellement gros. Quand j’ai commencé, le rap ne représentait pas grand chose. On me demandait : “Qu ‘est- ce que tu feras dans cinq ans ? Tu as dix-sept ans, je ne veux pas te voir gâcher ta vie avec une chanson et surtout du rap. Quand les gens n’aimeront plus le rap, qu’est-ce que tu feras ?’’ J’ai découvert le hip hop quand j’avais treize ans. Je ne sais pas comment c’était en France, à Jersey, ou même de l’autre côté du pont à Manhattan, mais dans mon quartier, Hollis Queens, le hip hop était le gros truc. Il n ’y avait pas encore de disques mais j’avais des cassettes des Cold Crush Brothers et de GrandMaster Flash à l’époque où ils faisaient des shows dans les parcs. Leurs cassettes avaient plus de succès que celles de Michaël Jackson. Cela n’avait rien à voir avec les charts ou du business. Pour moi le hip hop a toujours été énorme. Dès qu’il a commencé, je l’ai intégré à ma vie. Je suis content de faire partie des pionniers pour apporter au reste du monde ce que j’aime depuis que je suis gosse. Ce qui a changé ? C’est devenu gros, mondial et il y a plus d’argent en jeu mais pour moi le hip hop a toujours pris la plus grosse place.

B.N. : Certaines radios black ne diffusent pas de rap hardcore. La classe moyenne noire américaine semble même craindre le rap…

DMC : Je sais que j’ai plus de soutien aux Etats-Unis de la part des radios blanches, de pop stations qui essaient d’être dans le coup en jouant plus de hip hop que les radios noires. Je ne sais pas pourquoi ces dernières agissent ainsi. MTV, par exemple, avait une émission de rap avant BET (Black Entertainment Télévision, la chaîne câblée noire). MTV a diffusé nos vidéos alors que BET a attendu notre troisième clip. BET ne nous supportait pas parce que nous étions les plus gros. On a fait “Rock Box’’ et ça a eu beau­coup d’impact. Là, BET aurait dû dire : “c’est le futur. Run DMC est positif, ils sont habillés comme les gens de la ruee mais ils sont positifs.” BET, Ebony, Essence Magazine… tous ces gens auraient dû nous soutenir mais ils ne l’ont pas fait. Rolling Stone et Spin nous ont mis en couverture. MTV m’a même proposé de présenter “Yo ! MTV Raps” mais je ne me voyais pas le faire.

B.N. : Pour Chuck D et KRS-One, le rap est le média noir…

DMC : Pour Run DMC également. Vous ne sauriez pas ce qui se passe à LA. sans N.WA., vous ne sauriez rien sur Farrakhan sans Chuck D, il n’y aurait pas eu non plus de film sur Malcolm X sans Chuck D en train de promouvoir Malcolm X ou le jeune homme noir. Dans mon adolescence, Michaël Jackson ou The Gap Band ne m’appre­naient rien, rien de Noir, rien de positif. La dernière chanson noire positive que j’ai entendue, avant que j’en écrive moi-même, venait de James Brown. Il n ’y avait pas d’information sur notre peuple, aucun mouvement noir pour me dire “ne touche pas à la drogue”, “reste à l’école”. C’était le Président ou quelqu’un dans son genre qui me disait ça. Même si c’était des stars comme Michaël Jackson ou Bill Cosby, ils ne s’habillaient pas comme moi, où ne venaient pas d’ou je viens, je ne me sentais pas proches d’eux. A cette époque il n’y avait personne d’autre que toi. C’est pour ça qu’on est proche des gosses.

Dans mon quartier tout le monde n’est pas pauvre mais personne n’est riche. Il y a de la drogue, des meurtres, et de nombreux gosses font l’école buissonnière parce qu’ils croient que c’est le truc à faire. Sur scène tout était stéréotypé, tout le monde était bien habillé et ça n’aidait pas. Alors, quand on a pu monter sur scène, on s’est dit “on va s’habiller comme les gens de notre quartier”. On dit ce qui se passe mais on ne prêche pas. Je crois en Dieu, je suis chrétien, pas musulman, mais je ne prêche pas en tournée, ça ne marche pas. Nous ne sommes pas les parents de ces gosses, ni des instituteurs mais nous essayons de leur apprendre des choses. La seule façon de nous faire comprendre c’est de faire partie de leur groupe. Le seul professeur que j’ai aimé, c’était celui qui s’habillait comme moi, qui voyait les choses avec le même regard.

B.N. : Que penses-tu de la compétition entre West Coast/East Coast ?

DMC : Il n ’y a pas de compétition. Qui a dit “Fuck Compton ” ? C’est Tim Dog. Il ne faut pas laisser Tim Dog transformer tout ça en compétition. Ceux qui parlent d’une confrontation East Coast-West Coast disent n’importe quoi. C’est une compétition que la presse a fabriqué. C’est une façon de nous diviser. Je ne marche pas là dedans. Je ne veux pas me battre contre les rappeurs de la côte Ouest. Je veux les connaître, les apprécier et créer des liens solides avec eux. Je voudrais que nous soyons tous unis, je veux connaître mes frères en Afrique, en Europe. Je souhaite que tous les jeunes Noirs soient ensemble. Il n’y a pas de compétition. Si toi, en tant que journaliste tu as pu faire croire à une confrontation East Coast/West Coast, tu peux y mettre un terme. Même Tim Dog en a fini avec ça. Il a fait un titre avec KRS-One, il ne parle plus de Compton : c’est fini. N’écris pas à propos de ça. N’écris rien sur cette question.

B.N. : Avez-vous vu Malcolm X ?

DMC : Oui, bien sûr ! Ils ont oublié certains éléments dont le livre parlait. J’aurais aimé qu’ils insistent plus sur la façon dont le F.B.I. s’était infiltré et comment ils ont tourné Malcolm contre Elijah Muhammad. Je n’ai rien contre le fait qu’ils montrent qu’Elijah Muhammad a mis de jeunes filles enceintes mais ils auraient dû plus insister sur les écoutes du F.B.I., entre autres. Néanmoins, c’était bien, instructif et positif.

JMJ : Cela nous a permis de connaître un peu de notre histoire.

DMC : On doit plus apprendre sur nous-mêmes.

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