fbpx
lundi, juillet 23, 2018
Accueil > En couverture -Archives > Steel Pulse, l’aventure dancehall

Steel Pulse, l’aventure dancehall

Par Mister Dread

Les fondations de la sono roots s’effondrent. Les musiques chavirent sous les influences diverses. Et le reggae s’est aujourd’hui considérablement transformé, soit en raggamuffin soit en dancehall, à tel point que les rééditions restent la seule panacée de ceux qui vivent encore à l’âge d’or de ce mouvement. Même si l’on constate cette délimitation de styles musicaux, il y a certains groupes dont on accepte assez mal les désirs (fous !) d’évasion. C’est le cas de Steel Pulse, groupe de Handsworth (Birmingham) fondé en 1975 par David Hinds et Selwyn « Bumbo » Brown.

 

Quand on a vécu la grande époque de Handsworth Revolution et True Democraty, entre autres, on a du mal à suivre cette transformation radicale bien que le précédent State Of Emergency était assez « ouvert ». Leur huitième album, Victims, va plus loin en empruntant les chemins du rap et de la dance. Steel Pulse serait-il en train de changer de style ?

« Bumbo », mon interlocuteur et keyboard du groupe ne le pense pas : « Non, ce que nous avons essayé de faire, c’est de couvrir tous les styles que nous pouvions. Nous avons remarqué que la musique qui plaît aujourd’hui aux jeunes est le rap, qui s’impose comme le moyen d’expression des gens de la rue. Il s’est trouvé que nous aussi, apprécions cette musique (tout de même, Ndlr). Nous avons donc décidé de traverser le chemin qui sépare le reggae du rap. Mais ce n’est qu’une étape expérimentale et non le nouveau feeling du groupe. »

« Lorsque l’on est dans une maison de disques, on est amené à faire des choses pour gagner sa confiance, la contenter. (…) »

 

En fait d’expérience, Steel Pulse suit une nouvelle voie, celle plus commerciale et populaire, déjà empruntée par d’autres illustres artistes reggae parmi lesquels Jimmy Cliff, Third World et maintenant les Black Uhuru.

« Ce qui se passe, c’est que lorsque l’on est dans une maison de disques, on est amené à faire des choses pour gagner sa confiance, la contenter. En ce qui nous concerne, nous tenons à conserver la portée sociale et le concept originel de notre musique auxquels nous croyons. Nous sommes toujours les mêmes. Nous pensons toujours que les masses doivent être informées sur les événements du monde, que les noirs doivent connaître leur propre culture, afin que les autres puissent mieux la comprendre. Je ne dirais pas que nous essayons de faire une musique commerciale mais que nous essayons plutôt de mieux faire passer notre message à un plus large public à travers plusieurs formes musicales.

Mais nos convictions n’ont pas changé pour autant. Nos positions concernant les problèmes qui secouent le monde n’ont pas bougé d’un iota depuis la création du groupe : les Noirs ne sont toujours pas libres en Afrique du Sud, le rastafarisme est le mouvement le plus positif que les Noirs aient eu à travers le monde. La musique n’est que l’habillage variable de toute cette foi. Notre prochain album sera différent de ce dernier car il sera enregistré en live. Le direct est une autre voie que nous voulons également explorer. »

Steel Pulse en live ? Si l’album devait avoir les mêmes empreintes que le concert du 9 janvier dernier à L’Elysée-Montmartre, il y en a qui seront certainement déçus, car ce soir-là, nos virtuoses du son roots n’étaient pas très en verve. Dire qu’ils étaient complètement à côté de leurs pompes n’est qu’un euphémisme. Peut-être que les Steel Pulse étaient simplement Victims (Titre composé par David Hinds après la lecture de la biographie de Kwame Nkrumah, premier président du Ghana et grande figure africaine disparue. Ndlr) de leurs multiples passages dans nos murs.

 

« Ce qui gêne certains dans le slackness, c’est que ce sont des chanteurs qui emploient des mots dits grossiers. Mais c’est parce qu’ils n’ont pas écouté d’autres anciens toasters qui faisaient du « slackness ». En ce qui me concerne, je ne vois pas ce genre par cet aspect des choses. C’est simplement une évolution parallèle du reggae. »

 

Selwyn continue, toujours très free, comme pour justifier la coloration musicale de l’album, « En Jamaïque, les jeunes écoutent aujourd’hui, beaucoup plus de dancehall et de raggamuffin que de roots. Le reggae love tire toutefois mieux son épingle du jeu. Mais le mouvement important, c’est le goût de ces jeunes pour la musique américaine.

BN : Que penses-tu de la nouvelle génération de toasters, en particulier, ceux qui font du slackness (genre qu’on qualifie de mysogine et d’outrancier pratiqué par Shabba Ranks) ?

Selwyn : C’est vraiment un renouveau du reggae. A mon sens, le raggamuffin et le dancehall sont des branches d’un même arbre qu’est le reggae, en général. Mais ce qui gêne certains, c’est que ce sont des chanteurs qui emploient des mots dits grossiers. C’est parce qu’ils n’ont pas écouté d’autres anciens toasters qui faisaient du « slackness ». En ce qui me concerne, je ne vois pas ce genre par cet aspect des choses. C’est simplement une évolution parallèle du reggae, celui de U-Roy, par exemple. Quand tu écoutes U-Roy et Shabba Ranks, tu sens la complémentarité de ces styles bien que les deux aient la même manière de chanter, je veux dire, cette façon de rapper en toastant. Je pense que le fait que Shabba Ranks, Cutty Ranks et Cobra, pour ne citer que ceux-là, aient réussi à se faire aimer aux Etats-Unis est une très bonne chose. Cela ouvrira le chemin à d’autres jeunes aussi méritants.

BN : Pour revenir à ce que vous disiez au départ, sur ce qu’il fallait faire pour contenter les maisons de disque… Est-ce qu’elles mettent souvent leur nez dans le choix de vos morceaux ?

Selwyn : Oh, non ! Quelles que soient les maisons de disques par lesquelles nous sommes passées, ça a toujours été nous qui choisissons le style de musique que nous voulons faire. La seule chose qui a été discutée, c’est l’album « Victims » que nous avons terminé en été 1990. MCA nous a alors demandé si nous pouvions faire deux chansons plus commerciales. Nous avons dit ok ! Nous sommes donc allés, en décembre de la même année, aux Etats-Unis et nous avons enregistré « Soul Of My Soul » avec Peter Lord et Jeffrey Smith (Family Stand) et, « (Can’t Get You) Out Of My System » avec Stephen Bray (Madonna et Breakfast Club) et Stevie Wonder (harmonica). »

 

Ceci explique donc cela.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *