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mercredi, juin 20, 2018
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Spike !!!

Propos recueillis par Antoine « Wave » Garnier.

 

Spike Lee qui vient de recevoir le « Grand Prix du jury » du Festival de Cannes 2018 pour BlacKkKlansman, son dernier film sur l’infiltration d’un flic au sein du Ku Klux Klan, est celui qui, quinze ans après Melvin Van Peeble, a relancé le cinéma noir américain. Il nous parle de son film, Malcolm X, du regard d’Hollywood sur les black film makers…

 

Brooklyn, octobre 1992. Fin de printemps à Fort Greene. C’est à quelques mètres du siège de Forty Acres And A Mule sur Dekalb Avenue, que je dépasse une silhouette spécialement ren­due familière par les films Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, et Do The Right Thing. Il est encore assez tôt l’heure où le gazouillis des oiseaux n’est pas encore couvert par le bruit du tra­fic routier, et où les jeunes « hispanos » livrent à la main les « promo » de la première édition du New York Time sur les paliers des « brownstones » (maisons à l’architecture classée) qui bor­dent South Portland Avenue ; 6h32 min exactement.

Sylvester « Spike » Lee emprunte le parcours glissant de mon jog­ging matinal. Qui pourrait le reconnaître sous le gros manteau noir qui le protège des giffles du vent ? Pourtant, j’ai l’impres­sion de (re)connaître cette démarche. L’homme n’est pas très grand et c’est vrai qu’il aurait même des problèmes pour jouer le Schartzeneger parmi les Lilliputiens!

Je l’aborde sans embage : « Bonjour, je suis Antoine Garnier du magazine Black News en France…….. et je voudrais obtenir une interview ». Spike ne varie pas le rythme de sa marche d’un pas ni moi ma course. Nos regards se croisent, il esquisse un sourire, tandis que je me bats pour lui arracher une réponse positive. Il me répond avec le même ton flegmatique, immuable qu’il avait trois ans auparavant, lors de notre première rencontre. « Il faut voir avec la personne en charge, contacte untel… », et il poursuit avec la procédure à suivre. « Merci ».

Je biffurque ensuite sur St Elliot Street. Malcolm X, ne sort pas en Europe avant quatre mois. Spike n’est à ce moment intéressé que par la promotion locale de son film. Néanmoins, il accorde­ra une conférence de presse à un nombre limité d' »observateurs étrangers ». « TF1 », « Le monde » et « Libé » figurent sur la liste des élus.

 

Paris, Janvier 1993, autre ambiance, autre tableau. Spike Lee est descendu à l’hôtel ***** pour sa tournée de promotion non-stop. Vêtu d’un costume noir dans lequel il semble flotter, le metteur en scène assure une batterie d’interviews dans la suite qui lui est réservée. A 16 heures, c’est au tour de « Black News ».

 

BN : Pensez-vous que les Noirs comme les Blancs sont prêts pour ce film ?

Spike Lee : (rires) Ils sont prêts depuis longtemps. C’est simple­ment que cela a pris du temps pour que le film se fasse. Marvin Worth qui a acheté les droits du film, le grand et regretté Alex Haley, et la femme de Malcolm, docteur Betty Shabazz, ont ache­té les droits il y a vingt-sept ans de cela et ont essayé de monter ce film depuis.

BN : Pourquoi cela a-t-il pris tant de temps ?

Spike Lee : Parce que le climat n’était pas propice.

BN : Pensez-vous qu’aujourd’hui le climat le soit plus ?

Spike Lee: Oui, c’est pourquoi le film a pu se monter.

BN. : Et selon vous, quel est ce climat ?

Spike lee : Le succès, les Noirs à Hollywood, combien ils (les gens d’Hollywood) réalisent l’argent qu’ils peuvent tirer des films de metteurs en scène noirs, le jeune cinéma noir, le poten­tiel artistique d’acteurs comme Denzel Washington, l’humeur du pays.

BN. : Dans cette optique, dans quelle perspective se place la « Black Filmakers Foundation » ?

SL. : Cette fondation de metteurs en scène noirs n’est pas une compagnie de distribution. C’est davantage un espace de ren­contres, un centre de ressources où les membres aident au déve­loppement de projets de films qui s’y jouent tous les mois, où l’on y délivre des bourses. Ce n’est pas un endroit où l’on vient y chercher une aide financière.

 

Combien de Spike Lee Hollywood peut-elle tolérer ? « Hollywood n’en veut aucun. Elle ne veut pas d’homme noir, fort, déterminé, qui dit ce qu’il pense. »

 

Black News : N’est-il pas dangereux de présenter le docteur Martin Luther King Jr. comme un « Uncle Tom » alors que Malcolm X disait : « Ne t’arrêtes pas à la méthode, seulement aux objectifs » ?

Spike Lee : Le film présente Dr. King comme un « Uncle Tom  » tant que Malcolm le perçoit comme tel. A une époque, il considérait que ce que faisait Dr. King portait préjudice à la communauté noire. Au moment où il a changé d’opinion, nous avons aussi pris en compte ce changement : « Je ne dirai plus de mal des leaders noirs, et j’espère qu’ils oublieront toutes les mauvaises choses que j’ai dit à leur encontre » avouait-il. C’est la réalité. Nous avons essayé de suivre l’autobiographie de la manière la plus proche possible. Il aurait été invraisemblable de ne pas faire dire à Malcolm ce qu’il a déclaré à cette époque.

BN : Quel peut être le compromis entre Martin Luther King Jr. et Malcolm X ?

Spike Lee: Je crois qu’il existe davantage de similarités entre Malcolm X et Dr. King Jr., que de différences. Il nous faut réali­ser que tous deux voulaient la même chose, mais qu’ils ont choi­si des voies différentes pour atteindre cet objectif.

BN. : Quelle position était la plus réaliste?

Spike Lee : Malcolm X (rires).

BN. : Sans chercher à vouloir « réduire » Malcolm, quel serait pour le réalisateur du film l’adjectif qui illustrerait le plus Malcolm X ?

SL : Le trait le plus important dans ce film est l’évolution que cet homme opère, les différents changements qu’il a réalisé. De même que ceux par lesquels Denzel est passé, un changement perpétuel.

BN. : Comment êtes-vous entré en contact avec Nelson Mandela et qui a eu l’idée de son intervention dans le film ?

SL. : C’était mon idée. J’avais une amie qui travaillait à D.C (District de Columbia). Je lui ai envoyé une partie du script concernant Mandela. La négociation a duré très longtemps. Même au moment où nous nous sommes retrouvés à Soweto, nous ne savions toujours pas si sa participation était assurée. Mais de toute évidence, il ne nous aurait pas laissés faire le film sans une contribution.

BN. : A la fin du film, il semble que c’est vous qui passez votre propre message à travers Malcolm X, « By any means necessary » alors que l’on pouvait s’attendre à ce que Mandela finisse par cette phrase. Qu’en est-il?

SL. : Mandela ne voulait pas dire ces mots à cause de la situation politique qui prévalait en Afrique du Sud. Il pensait qu’ils pourraient être utilisés contre lui, qu’il cautionnait la violence dans l’optique d’un renversement du gouvernement blanc. Ses conseillers lui ont dit de ne pas dire « by any means necessary ».

BN. : Quelle a été votre contribution à la « réécriture » du script final ?

SL. : Le script a été écrit par James Baldwin en 1969 et je l’ai mis à jour. La raison pour laquelle James Baldwin n’apparaît pas dans les crédits du générique, c ‘est parce que sa soeur en a fait la demande. Nous avions eu l’impression, à la lecture de son script, d’évacuer le divorce entre Malcolm et Elijah Muhamad de la Nation de l’Islam. Le script n’était pas bon et nous l’avons remplacé par le nôtre. Grâce aux infor­mations du magazine Time Life lors de son assassinat, nous avons ajouté d’autres éléments d’informations que nous avons incorporés au film.

BN. : Avez-vous subit des pressions des membres de la Nation de l’Islam ou des membres du bureau exécutif des studios d’Hollywood ?

SL. : II n’y a pas eu de pression de la part des membres de la Nation de l’Islam. Avant que nous ne commencions à tourner, je suis allé à Chicago discuter avec le Minister Farrakhan pendant quatre heures à propos de ce film. A la fin de son tournage, avant même sa sortie, nous l’avons visionné ensemble à Chicago et il n’a pas encore émis de commentaires. D’ailleurs, je crois qu’il a laissé entendre à tout le monde que la Nation de l’Islam n’était pas derrière. Quant aux problèmes financiers que nous avons rencontrés… (temps mort) tout le monde sait que nous n’avons pas eu tout l’argent nécessaire pour finir ce film. J’ai dû en dernier recours, en appeler à Michael Jordan, « Magic  » Johnson, Prince, Janet Jackson, Tracy Chapman, Bill Cosby, Oprah Winfrey pour qu’ils me fournissent le reste. Ce qu’ils ont fait sans contrepartie. C’est un cadeau.

BN. : La rumeur prétend que vous pourriez envisager de recourir à ce type de cadeau pour financer vos films, qu’en est-il ?

Spike Lee : C’est une rumeur qui me concerne particulièrement ou est-elle aussi valable pour d’autres metteurs en scène ?

BN. : Non, vous particulièrement.

Spike Lee : Je crois que c’est une option. C’est une très bonne chose qui peut se produire. C’est un cadeau historique. Aller vers les noirs qui ont de l’argent, et laisser Hollywood bouche bée.

BN. : Que pensez-vous de la théorie selon laquelle les années 80/90 sont celles où le Noir représente le sujet principal, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe. Que de ce fait, les blancs utilisent cette tendance comme un marché culturel dans lequel on y vend tout ce qui touche à la culture noire, une façon déguisée de pacifier les noirs en nourrissant leur appétit pour leurs racines?

Spike Lee: Je ne suis pas d’accord. Je crois qu’il est du devoir des artistes noirs et des consommateurs noirs de faire en sorte que nous ne le devenions pas, et que nous ne soyons pas rame­nés à une tendance. Les metteurs en scène et les artistes peuvent s’assurer de ne pas le faire en maîtrisant et affinant leur art. Faire en sorte que nous ne soyons pas, une nouvelle fois, l’objet de la « blaxploitation » qui a eu cours lors des années soixante-dix.

B.N. : A ce propos que pensez-vous du film White Men Can’t Jump dans lequel on utilise cette « culture de la rue » ?

Spike lee : Je n’ai pas été un très grand fan de ce film (avec un ton sarcastique).

BN. : Voyez-vous des liens entre Malcolm et la culture hip-hop ?

Spike Lee : Je crois que pour la plus grande part, les jeunes Noir(es) ont été introduits à Malcolm X grâce à la musique rap. Des rappeurs tels que chuck D (Public Enemy) et KRSl (Boogie Down Productions) en sont responsables

BN. : De nombreux metteurs en scène noirs dénoncent l’incompétence des agences — employées par Hollywood — chargées de faire la promotion des films noirs à l’attention d’un public noir. Ce qui, le plus souvent ruine les perspectives de carrière auprès de ce public qui représente la tranche de la population qui se déplace le plus dans les salles de cinéma. Que pensez-vous du fait que cette fois-ci, la promo­tion du film ait été confiée à une entreprise noire, Uniworld Inc.?

Spike Lee: Ce n’est pas la première fois. Warner Bros contrôle toujours la promotion générale de ce film auprès de la presse, mais Uniworld Inc. a été engagée pour s’occuper plus spécifiquement de la promotion auprès de la presse noire. Leur travail était de nourrir la presse noire car trop souvent, elle est ignorante de ce qui se passe en matière d’actualité cinématographique. Nous ne voulions pas que ce soit le cas avec Malcolm X.

BN. : Avez-vous le sentiment que la couche supérieure de la classe moyenne noire soit prête à affronter la réalité de son histoire ?

Spike Lee: (temps d’hésitation) Oui, ils le sont. Je ne crois pas qu’il faille charger la classe moyenne. Elle n’a pas beaucoup d’argent. Non, nous ne parlons pas là ni de Rockefeller ni de Dupant ou encore, de Carnegie. Eux, ils représentent beaucoup d’argent. Les autres, c’est de la petite monnaie. Ils nous faut nous confronter à la réalité et comprendre ce que veut dire réel­lement posséder de l’argent.

BN. : Malcolm X était vu par la classe moyenne blanche et noire comme une menace. Pourriez-vous définir dans quelle mesure le sentiment de menace peut encore être présent chez les membres de cette classe sociale par rapport à l’annonce de la sortie de ce film ?

Spike Lee: Je ne pense pas que la classe moyenne noire se soit vraiment sentie menacée. A l’inverse, je crois que la classe moyenne blanche a pu avoir quelques trépidations à propos de ce film. Il y avait cette attitude générale que le film allait causer des émeutes un peu partout à travers les Etats-Unis ; tout cela sans fondement, et basé sur la simple ignorance. L’une des manières les plus faciles de faire de la mauvaise publicité pour un film, est de prétendre qu’il déclanchera la violence. Il y a heureusement eu moins de tappage dans ce sens que pour Do The Right Thing.

BN. : Est-ce qu’en réalisant leurs films, de manière indé­pendante, en gagnant beaucoup d’argent, et en diffusant un message différent de celui d’Hollywood, les artistes noir(es) peuvent la mettre en danger ?

Spike Lee : Oui, c’est possible.

BN: Est-ce que la poursuite d’intérêts financiers est compa­tible avec la communication d’un message social ou politique et vice-versa, spécialement dans le cas de « X« ?

Spike Lee : Vous pouvez définitivement lier les deux aujourd’hui. Autrefois, il y avait cette notion de l’argent, l’économie, la finance qui ne pouvaient s’associer au progrès social. Mais de nos jours, sans argent, vous ne pouvez rien réaliser. Vous pouvez laisser tomber.

BN. : Comment réagit la classe moyenne noire à toute la campagne de presse faite au sujet de la culture des grandes villes américaines dont l’une des caractéristiques est d’abri­ter et de permettre la reproduction en circuit fermé d’un ghetto noir en ébullition permanente et de ses traits dévasta­teurs (violence-pauvreté) ?

Spike Lee : Elle en a par-dessus la tête des images négatives que la presse attribue aux Noirs en liant ce qui se passe dans le ghet­to à tous les Noirs, en laissant continuellement, sournoisement penser au public que la violence et la pauvreté sont des traits propres aux Noirs. Je crois qu’elle a toujours un rôle particulier à jouer. Elle ne peut pas se cantonner à simplement déménager des « quartiers à risques » et laisser tout le monde derrière. Elle doit penser de manière collective. Ce qui se passe, c’est que lorsque les gens acquièrent une certaine assise sociale, ils fuient leur quartier d’origine pour aller s’installer à la périphérie des villes.

BN : Est-ce que Spike Lee n’est pas une « menace » à l’idéologie américaine de la liberté d’expression ?

Spike Lee : Je ne vois pas le type de menace que je pourrais constituer pour les gens. Mais je suis conscient du fait que j’ai pu faire mon film, alors qu’Ice-T a fait l’objet d’attaques concernant « Cop Killer »….

BN. : Combien de Spike Lee, Hollywood peut-elle tolérer ?

Spike Lee: (rires) Si j’avais le choix, je ne serais pas ici. Je crois qu’il ne peut pas en tolérer beaucoup. De toute façon, je pense qu’Hollywood n’en veut aucun. Qu’importé le domaine, ils ne veulent pas d’hommes noirs, forts, déterminés, disant ce qu’ils pensent.

« J’ai le sentiment qu’Hollywood se sent menacée par ma seule présence »

BN. : Combien de cinéastes seraient nécessaire pour représenter une réelle menace ?

Spike Lee : Je ne sais pas combien, mais j’ai le sentiment qu’ils se sentent déjà menacés par ma seule présence.

BN. : Pensez-vous qu’il existe aujourd’hui différents standards d’attentes concernant le traitement de films dépei­gnant des personnages historiques ?

Spike Lee: Je crois que les gens se sentent dérangés par l’interprétation partisane que l’on peut faire passer dans les films, le fait qu’il n’est plus toujours possible de distinguer la frontière entre la fiction et les faits. Le phénomène autour du film JFK, illustre le mieux ce type de travail que je décris : une bonne direction artistique mêlée à l’énoncé de faits. C’est un film que j’apprécie.

BN. : Avez-vous eu des problèmes de distribu­tion aux Etats-Unis et à l’étranger ?

Spike Lee : Ouuiii. Je considère que c’est un sérieux problème quand on laisse entendre que « X » et le cinéma noir en général prône la violen­ce. C’est très sérieux.

 

« Des gens comme Malcolm X, Docteur King n’apparaissent qu’une fois tous les cinquante ans. Nous ne devrions pas nous attendre à avoir parmi nous ce genre de personnes de manière permanente une fois qu’elles sont tuées… assassinées. »

 

BN. : Quels étaient les moyens à votre service pour gérer cette affaire ?

Spike Lee : Je suis metteur en scène. C’était à Warner Bros, de s’occuper de cela. Ils n’essayaient pas de convaincre les exploitants de salle de cinéma. Le film était présent dans 1800 salles de cinéma à travers les Etats-Unis avec les­quelles la Warner traite quotidiennement de manière étroite. Il leur suffisait de passer un seul coup de téléphone.

BN. : Avez-vous rencontré des problèmes pour exporter votre film à l’étranger ?

Spike Lee : Pas le moins du monde. C’est pour­quoi je suis ici aujourd’hui. J’étais à Londres hier, je serais à Rome demain. Le 16 mars, le film sera présenté dans le cadre du festival de Berlin. Le film sera projeté partout où il existe une salle de cinéma. Nous avons fait ce film pour la planète.

BN. : Pourquoi avoir accepté une interview dans le magazine Esquire connaissant son concept et son positionnement « très France-Soir » ?

Spike Lee : Parce qu’ils nous offraient d’en faire la couverture. Si j’avais su comment cette jeune femme écrivait, elle ne m’aurait pas interviewé.

BN. : Ayant fait votre scolarité dans une école publique, avez-vous eu le sentiment que vos attentes en matière d’édu­cation ait été stimulées de manière positive par le système ? Spike Lee: L’école publique a encore de nos jours le même état d’esprit vis à vis des jeunes Noirs qu’elle pouvait avoir vis à vis de Malcolm. Non, l’école publique n’a pas rempli son rôle d’émulateur. Ce sont mes parents.

BN. : Dans quelle mesure le film « X » peut devenir un bou­let pour son metteur en scène ?

Spike Lee: Tu ne dois pas t’inquiéter de cela. J’ai fait Malcolm X, le meilleur film que j’ai réalisé jusqu’à présent mais je ne peux pas continuer à faire des Malcolm X. Je ne vais pas non plus prendre ma retraite et dire eh bien je ne vais plus faire de film car je ne veux pas moins bien faire que Malcolm X.

BN. : Y a-t-il des aspects particuliers à respecter quand on fait un film sur les Noirs dans les années 80/90 ?

Spike Lee: Je ne vois aucune difficulté. Tant que vous traitez la communauté noire comme ce groupe le mérite, respectez sa diversité, vous réussirez. Il est aujourd’hui plus facile d’obtenir de l’argent pour monter ces films.

BN. : Est-ce le rôle des artistes ou de l’industrie du spec­tacle de prendre en charge la fonction traditionnelle attri­buée aux leaders politiques. Où sont les « traditionnels » leaders extérieurs ?

Spike Lee: Je ne crois pas que ce soit le rôle des membres de l’industrie du spectacle. Michaël Jackson peut chanter et dan­ser, c’est un très grand artiste. Cela ne veut pas dire obligatoirement qu’il va nous sortir de la merde. On lui a appris cela. Des gens comme Malcolm X, Docteur King n’apparaissent qu’une fois tous les cinquante ans. Nous ne devrions pas nous attendre à avoir parmi nous ce genre de personnes de manière permanente une fois qu’elles sont tuées… assassinées. Je crois qu’historiquement, il arrive qu’il y ait des cas où les artistes prennent la parole, mais dans la plupart des cas, ils ne le font pas.

« Je suis un metteur en scène, je ne me considère pas comme un leader. »

 

BN. : Avez-vous peur de mourir ?

Spike Lee : « hum hum ». Comprenez non. « Pourquoi, vous allez me tirez dessus ou quelque chose du genre ? (rires).

 BN. : Je suis sûr que vous comprenez le sens de ma ques­tion. Tout le monde sait que quand nos leaders noirs ont accédé à « trop » de presse ou acquis pas même de pouvoir mais…euh, « d’influence » rajoutte Spike, on les a éliminés.

Spike Lee: Je suis un metteur en scène, je ne me considère pas comme un leader.

BN. : Malgré cette position, une très grande partie de la jeunesse noire, où quelle soit, vous perçoit comme tel. Rappeliez-vous la bousculade que vous avez suscité lors du premier concert d’Arrested Development à Paris, ou l’enthousiasme des jeunes noirs lors du tournage du clip « Révolution » dans les rues de Brooklyn. Même chose en Afrique.

Spike Lee : Il est possible que ce soit vrai, mais je n’ai pas peur pour ma vie.

 

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