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mercredi, juin 20, 2018
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Spike Lee : toujours en mission ! (1996)

Propos recueillis par Antoine « Wave » Garnier & Elia Hoimian

 

Un nouveau film – Get On The Bus -, une agence de pub – Spike DDB -, Spike Lee élargit le spectre de diffusion de son message. The man is still on a mission ! Interview.

 

Black News : Pouvez-vous nous dire en détail pourquoi vous avez fait appel à quinze personnalités noires pour financer ce film?
Spike Lee : Une des choses exprimées par la Marche, c’est que les Africains-Américains doivent être autonomes, tu vois, vu nos ressources. C’est pourquoi nous avons senti qu’il fallait utiliser cette approche pour faire ce film. Donc quinze Noirs-Américains : Johnnie Cochran, Will Smith, Danny Glover, Charles Smith (un basketteur), Wesley Snipes, Ruben Canon et moi-même, nous sommes regroupés pour produire ce film de 2,4 millions de dollars que nous avons revendu à Columbia pour 3,6 millions. Tous les investisseurs ont donc récupéré leur apport initial plus un bonus, avant même la sortie du film..

BN : Pourquoi avoir sorti le film à la même date que l’anniversaire de la Marche à New York, ce qui a suscité des critiques ?
S.L. : Non, ce n’était pas une autre Million March, c’était un rallye.

BN : Mais c’était le premier anniversaire de la Marche de Washington…
S.L. : Oui, mais je veux dire que ce n’est pas comme si c’était un événement de portée mondiale de la Nation, comme a pu l’être la Marche de Washington, c’était plutôt une façon de marquer cet anniversaire, et la Marche est aussi le sujet du film.

« Si on regarde les nominations aux Grammies des deux années précédentes, il n’y avait qu’une nomination de Noirs, principalement des femmes, et cette année, il y en a deux dont Cuba Gooding Jr, mais il y manque toujours des Africains-Américains aux postes de responsabilité dans les grands studios. »

 

BN : Quel a été votre apport au script initial ?
S. L.
: Quand Reggie Rock m’a apporté le scéna­rio, il m’a demandé d’apporter quelques modifica­tions alors on l’a aménagé ensemble.

BN : Dans une interview dans Black News (BN N°9, ancienne formule), nous vous avions demandé « Combien de réalisateurs noirs Hollywood pouvait-elle tolérer ? » Pensez-vous qu’aujourd’hui, Hollywood a peur des réalisateurs noirs comme toi, surtout lorsque vous faites des films à succès ?
S.L. : Je ne pense pas… Hollywood n’a pas peur de moi. Il n’y a pas de raisons. Pourquoi le devrait-elle ?

BN : (Rires) Je ne le sais pas, à vous de me le dire…
S.L. : Non, il n’y a aucune raison d’avoir peur.

BN : Un magazine américain traitait la question suivante : « Comment Hollywood black-out les réalisateurs noirs ? » Qu’en pensez-vous ?
S.L. : Je pense que, si on regarde les nominations aux Grammies des deux années précédentes, il n’y avait qu’une nomination de Noirs, principalement des femmes, et cette année, il y en a deux dont Cuba Gooding Jr, mais il y manque toujours des Africains-Américains aux postes de responsabilité dans les grands studios. C’est pourquoi ce film était important, la manière dont on eu l’argent pour « Get On The Bus » ; pour diverses raisons, Hollywood n’est pas la seule voie de financement d’un film, et il viendra le jour où ils diront « stop aux films de réalisateurs noirs ». Il est donc plus que temps de la contourner pour essayer de faire quelque chose.

BN : Comment qualifiez-vous l’état des films noirs aujourd’hui ?
S.L. : J’en suis vraiment désolé.

BN : Pourquoi ?
S.L. : Beaucoup ne sont pas bons…

BN : Pourquoi ?
S.L.: Je ne sais pas, mais la seule réponse qui me vienne à l’esprit, c’est peut-être que les films ne sont pas « fresh », c’est toujours la même chose, des histoires de « hood » : le hip-hop, la drogue, etc.

 BN : Mais vous avez fait « Clockers » qui est aussi une histoire sur la « hood »…
S.L. : C’est une histoire avec une approche vraiment différente…

BN : Mais c’est le même type de sujet…
S.L. : C’est le même type de sujet mais la manière de le traiter est complètement différente. Dans la plupart des films sur la drogue, il n’y a pas d’espoir. Les protagonistes meurent, sont tués par balles, baignent dans le sang, et ces films prétendent que le destin de tous les Noirs, c’est mourir avant l’âge de 21 ans ou passer le reste de leur vie en prison. Mon souhait majeur en faisant « Clockers » était tout autre, et je pense qu’il ne glorifie pas la violence, mais est une vision réaliste de ce que peuvent faire les balles sur un corps. C’est plus un examen qu’une glorification de la violence ; montrer comment la télévision, tout comme le cinéma, influencent cette culture.

« M’associer avec DDB Needam me donne beaucoup plus de pouvoir dans le sens où, avant, je n’avais pas de boîte de production publicitaire. J’étais uniquement employé pour faire des pubs. On me recrutait comme une sorte de tueur à gages qu’on engage pour des choses spécifiques. Mais maintenant, je possède 50 % de la société. »

 

BN : Pourquoi avez-vous fait « Girl 6 » ?
S.L.: J’ai aimé le script, l’idée du film.

 BN : Je ne voudrais pas vous cataloguer dans un genre parti­culier, mais dans le même temps, les gens s’attendent à quelque chose de différent venant de Spike…
S. L.  :
Well, Je ne vais pas laisser les autres déterminer quel genre de films je devrais faire. Je pense que les gens veulent se référer à « Do The Right Thing », « Malcolm X » et « Jungle Fever », pour avancer que Spike Lee ne fait qu’un genre de films (conflits interraciaux. Ndlr), mais ce n’est pas le cas, j’ai diffé­rentes influences ; je veux faire des films de science-fiction, sur la musique, le sport… Je m’intéresse à d’autres choses ; tout ce que je suis capable de faire ne se résume pas qu’à des sujets à problèmes.

BN : Le but de la boîte de publicité que vous venez de mon­ter, est-il de dresser un pont entre les gens et la culture urbaine ? Parlez-nous en un peu plus…
S.L. : La société s’appelle « Spike DDB », c’est une joint-venture (une association) avec DDB Needam. Ce que nous voulons essayer de faire, c’est redéfinir la signification du mot « Urban life » qui, pour la majorité des gens n’inclut que les seuls jeunes urbains. Non, nous pensons que la culture urbaine est plus ouverte.

BN : S’associer avec quelqu’un ne comporte-t-il pas le risque d’être « prisonnier » en terme de contrôle ?
S.L.: Non, cela me donne beaucoup plus de pouvoir dans le sens où, avant, je n’avais pas de boîte de production publicitaire. J’étais uniquement employé pour faire des pubs. On me recrutait comme une sorte de tueur à gages qu’on engage pour des choses spécifiques. Mais maintenant, je possède 50 % de la société.

BN : Julie Dash a déclaré récemment à Vibe que quelques personnalités en vue du cinéma lui disent aimer ses films et lorsqu’elle leur demande d’y participer, elle ne voit personne… Quelle est la réalité des rapports entre les réalisateurs indépendants et les grands acteurs Noirs-Américains ?
S.L. : Si un acteur veut faire un film avec un indépendant, comme Julie Dash, il peut le faire. C’est aussi simple que ça. Aucun acteur n’a de contrat qui le lie avec un studio de nature à l’empêcher de faire ce qu’il veut. C’est un choix individuel. Si quelqu’un n’a que dix millions de dollars pour faire un film… Et peut-être qu’ils ne voulaient pas réduire leurs prétentions financières. Non, il n’existe pas de contrat aussi contraignant.

BN : Quel pouvoir pensez-vous avoir depuis cinq ans dans le cinéma en tant que réalisateur noir ? Comment jugez-vous la différence des sommes des deux côtés ?
S.L. : La réalité c’est que aussi bien Steven Spielberg que les autres cinéastes, les Noirs inclus, cherchent de l’argent pour boucler leur budget. (…) Les Noirs -Américains doivent travailler différemment de la plupart des autres films, car on n’a effectivement pas les mêmes sommes pour réaliser et faire la promotion de nos films. Et partant de ce principe, les réalisateurs noirs limitent eux-mêmes le budget de leurs films afin de pouvoir les financer.

BN : Pensez-vous que les directeurs de labels noirs aient réellement un pouvoir ?
S.L. : Je pense qu’ils ont plus de pouvoir aussi bien dans la musique que dans le cinéma si l’on considère la situation de départ.

Interview réalisé à l’occasion de la sortie du film « Get On The Bus ».

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