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Soul II Soul : Le son de Jazzie B (1997)

Propos recueillis par Leonard Sylva

 

En 1982, un certain Jazzie B, de son vrai nom Beresford Roméo, né dans le nord de Londres, de parents jamaïcains, a cofondé le Soul II Soul Sound System, avec un ami du lycée, Philio « Daddae Harvey’’. Dix ans après, Soul II Soul a conquis le monde en obtenant deux Grammy Awards et trois Soul Train Awards. Interview d’une légende.

 

Pur produit d’une culture britannique qui s’est enrichie avec la fusion de nouveaux éléments sociologiques et musicaux, soul II soul entame le chapitre III de son histoire. Celle-ci est avant tout une émanation des « sounds  systems » importés de la  Jamaïque. Qualifiée à ses débuts de manifestation tribale par quelques uns, le sound system, de fête populaire en carnaval a (enfin) gagné ses lettres de noblesse dans la Grande Bretagne tatchérienne des 80’s.

« A la base, Soul II Soul n’était pas véritablement un projet musical visant à créer une sorte d’institution. Notre but était, avant tout, de développer nos idées en matière de réalisation et sur le plan musical. Ce qu’on a fait surtout à partir de notre deuxième album, Volume II. », raconte Jazzie B

Faisant toujours le deejay sur Kiss Fm, ex radio pirate londonienne, jazzie B maître à penser de Soul II Soul et chef de file d’un nouveau courant musical britannique mélangeant le reggae, la musique de club et le hip-hop est aussi le premier artiste noir de son pays à avoir convaincu les Américains que la pop britannique reste à ce jour, l’un des mouvements les plus créatifs de la planète. Deux Grammy Awards, trois Soul Train Awards dont le « Prix du meilleur groupe mondial », témoignent de la reconnaissance acquise aux Etats-Unis.

Jazzie B et ses complices ont en quelque sorte revu et corrigé le rythm’n’blues en lui apportant la fraîcheur des rives de la tamise. Institution musicale, Soul II Soul est aussi une entreprise, au sein de laquelle Jazzie B – producteur exécutif et concepteur -, a réussi à concilier la spiritualité collective et les impératifs commerciaux. Car Soul II Soul, la première succès story noire britannique s’est bâtie sur des s’épanouir individuellement gagner collectivement affirment les soul II soul, dans leur dernier album à paraître le mois d’avril prochain. Un album résolument positiviste (Always Moving In The Right Direction In Ambition) à l’image de son personnage central jazzie B à qui nous avons demandé pourquoi est ce que selon lui les artistes noirs britanniques ont mis longtemps à se faire reconnaître commercialement ?

Jazzie B : Il est évident que cela est du à l’ignorance culturelle, au manque de compréhension des responsables dans le show-business. Ces derniers ne comprenaient pas du tout ce que c’était comme musique. Je pense qu’il y avait à la base une résistance à accepter l’identité de musique noire en tant que telle, ils voulaient la reproduire à leur façon en l’extirpant de ses racines.

BN : Dans ce nouvel album, vous renouez d’une certaine façon avec vos racines. Estimez-vous que le temps était venu de le faire ?

Jazzie B :  Il s’agit plutôt d’une extension de ce que nous avons fait jusqu’à présent, c’est-à-dire mélanger plusieurs styles. Mais dans ce Volume III, il y a avant tout une forte base soul, avec ses mélodies classiques. Nous l’avons modernisé grâce aux possibilités que nous offrent les studios à l’heure actuelle.

BN : Est-ce que Volume III a été aussi le moyen de réaffirmer vos racines culturelles, maintenant que Soul II Soul est un groupe reconnu mondialement ?

Jazzie B : Non, en vérité notre but était de faire le mieux possible la musique qu’on aime. Il se trouve que la musique que vous écoutez dans cet album est celle que nous faisons le mieux. En réalité, il n’y a eu aucune intention de cultiver des différences afin de se distinguer. Mais c’est vrai il s’agit d’un projet différent.

BN : Et l’introduction des chantres cette fois-ci ?

Jazzie B : Nous voulions explorer de nouvelles possibilités. On a constaté que la pop était saturée avec des voix féminines. D’autre part, si on n’a pas eu recours à des chanteurs auparavant, c’est aussi parce qu’ils n’avaient pas une image qui convenait à l’esprit soul II soul.

BN : Pensez-vous que la musique noire britannique s’est démarquée sur la scène internationale par rapport à son homologue américaine ?

Jazzie B. : La vérité, c’est que la musique britannique a retrouvé sa propre identité.

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BN : Certains reprochent aux artistes blancs de faire de la récupération ?

Jazzie B : Pour moi, cela n’a jamais été un problème, il serait absurde d’imposer des règles ; cela ne fait que renforcer l’existence culturelle de l’artiste noir.

BN : Quel est selon vous l’apport de la culture caribéenne à la vie britannique ?

Jazzie B : La culture caribéenne est présente partout dans la vie britannique, notamment dans les arts, dans la vie de tous les jours : il ne s’agit pas d’une position politique. La culture antillaise dans la vie britannique est une évidence concrète, une réalité historique qui doit être reconnue. Moi-même, je suis une partie intégrante de la culture britannique. Je suis né et j’ai grandi en Grande-Bretagne. Mais quand on vit dans une société multiculturelle, le plus important, c’est de savoir qui on est et d’où on vient. Et mes racines sont africaines via les Caraïbes, bien que mes parents aient été emmenés d’Afrique comme esclaves ou d’une autre manière et qu’ils soient ensuite venus en Grande-Bretagne, mes liens avec l’Afrique restent indéfectibles : je suis descendant d’Africain, mes racine culturelles viennent de l’Afrique.

Soul II Soul Volume III (Delabel)

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