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mercredi, décembre 12, 2018
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Shai : le rêve américain !

Par Frédéric Messent

 

Il a suffi d’une démo à un programmateur radio de Washington DC, pour mettre le feu aux quatre coins du pays. Cinq mois plus tard, ce sont un million d’albums et le double de singles vendus. Shai, ce sont de brillants étudiants doté d’une street culture… Bienvenue dans le monde fantastique de Shai !

 

« C’est comme si tout finissait pas devoir revenir un jour, et la musique n’y échappe pas », entame Derek Martin, le manager du groupe venu présenter son premier simple, « If I Ever Fall In Love » sur le plateau de « Taratata », l’émission de Nagui. II y a une sorte d’engouement aux Etats-Unis pour des groupes comme Boyz Il Men, Take 6, Color Me Badd, et aujourd’hui Shai; en même temps qu’un regain d’intérêt à des concepts emprunts de soul. » Le quartet, composé de Darnell Van Rensalier, Marc Gay, Garfield Bright et Carl « Groove » Martin, le frère de Derek, s’inscrit dans la lignée de ces grands groupes doo wop : des Silvertones aux Temptations, en passant par Blue Magic, Ray Goodman & Brown et – quelque part – BoyZ II Men qui mêle aux harmonies léchées de ses aînés une culture hip-hop. « Shai est unique », poursuit Derek, « versant volontai­rement et davantage dans la romance. Pour preuveS, les textes, mais aussi les titres.. « If I Ever. Fall In Love », « Comforter » et « Sexual » parlent d’eux-mêmes. On nous a sou­vent confondus avec Boyz Il Men au départ, à cause de notre premier single, enregistré a cappella dans sa première version. Mais si tu écoutes l’album, il y a une nette différence… celle qui fait que Shai  est Shai. Boyz II Men est plus hip-hop, particulièrement dans les uptempos.

 

« On nous a sou­vent confondus avec Boyz Il Men au départ, à cause de notre premier single, enregistré a cappella dans sa version originale… Boyz II Men est plus hip-hop, particulièrement dans les uptempos. »

 

Cols blancs & street culture

Fait marquant sur cet album, le mixage, qui rend aux inter­prétations vocales l’amplitude qu’elles pouvaient avoir au milieu des 70’s. Tendance qui s’est inversée avec l’arrivée des remixes sur les premiers maxi 12″, et l’accent mis sur les ré-arrangements musicaux. Une technique qui devait permettre plus tard de gommer la pauvreté des textes qui a caractérisé une grande majorité de compositions de ces quinze dernières années. « C’est aussi une question de circonstances », explique Derek. « On a sorti le premier simple a capella, dans la version qu’interprétait le groupe à ses débuts dans les campus universitaires, à l’époque où il n’avait pas de musiciens. Et puis, ils ont grandi aux sons de la Motown et du Philly (son de Philadelphie. Aujourd’hui, des gens comme Luther Vandross et Keith Washington en sont des illustrations typiques. Quand mon frère, Carl, a écrit « If I Ever Fall In Love », il a subi toutes ces influences, et quand on écoute Darnell chanter, on retrouve un peu de ce style de Stevie (Wonder). En fait, les voix constituent notre point focal. La plupart des compositions ont un caractère autobiographique: ‘ »If I Ever. Fall In Love » est davantage une projection dans une éventualité. Les textes disent en substance : si jamais je suis amoureux, je m’assu­rerais que celle que j’aime est d’abord une amie, avant d’al­ler plus loin. Ce genre de truc n’arrive jamais à priori et pourtant, il est tellement nécessaire dans l’établissement d’une relation solide. »

« Quand on parle de Shai, on ne parle pas de n’importe qui », précise Derek, « dans la mesure où ses membres ne sont pas seulement des universitaires ; ils sont brillants et préparent des diplômes de haut niveau, tout en ayant la culture de la rue. Tout ce mélange est à la base des compositions du  groupe, sans compter les origines différentes de chacun de ses composants. »

 

«  »If I Ever Fall In Love » est davantage une projection dans une éventualité les textes disent en substance : « si jamais je suis amoureux, je m’assu­rerais que celle que j’aime est d’abord une amie, avant d’al­ler plus loin. » Ce genre de truc n’arrive jamais à priori… » 

 

Succès spontané

Si l’histoire de Shai ressemble aujourd’hui à un conte de fées, l’arrivée, du quatuor ne s’est pas faite sans heurts. « Au départ, Shai était un duo. Il  y avait Carl et Darnell. C’était il y a deux ans. Ils ont enregistré des vocaux sur un huit pistes, avec de l’argent que je leur ai envoyé. Ils ont expédié quelques démos, qui a suscité un intérêt cer­tain, mais pas suffisant pour décrocher un contrat. Même l’un des A&R executives les plus connus a déclaré que les vocaux n’étaient pas assez consistants. Puis Carl m’a envoyé une nouvelle démo. Je suis parti à la chasse et on a signé chez Gasoline Alley (le même label que Brotherhood Creed. Ndlr), dont le président est le mana­ger de Rod Stewart. Il s’est même occupé à un moment de Prince et de U2 à ses débuts. J’ai toujours cru en mon frère Carl…

Je suis devenu le manager du groupe, du fait de mon expérience dans le business. Il m’a laissé m’occuper de l’administratif et, pendant que je cherchais un deal, il a filé la démo au programmateur de WPGC, une radio de Washington, qui l’a passée tout de suite. Il a pris tout ça pour un gag au début… Au premier passage à l’antenne, ils ont eu quatre-vingt-quatre appels. Au bout d’une semaine, trente radios passaient déjà la démo, qu’elles s’enregistraient de l’une à l’autre. Après quin­ze jours, on est passé à cent, et les maisons de disques se sont mises à nous appeler pour signer un contrat. »

Placé sur les rails du succès, le quartet allait d’abord enre­gistrer une version instrumentalisée cette fois du titre en question, puis l’album du même nom qui, un mois seule­ment après sa sortie aux Etats-Unis franchissait la barre du million d’exemplaires vendus. « On a été pris par surprise. C’est une chose de se produire dans les campus, c’en est une autre de se retrouver dans la cour des grands. »

Autre caractéristique frappante de cet album époustouflant, l’absence de producteur de renom que l’on a de plus en plus tendance à collectionner sur les sorties actuelles, à l’image de Nona Gaye ou Christopher Williams. « On a travaillé indirectement avec… Teddy Riley. Le groupe prépare une tournée avec lui et Wrecx’N’Effect. Il était supposé les signer sur son label, voire les produire mais il était trop occupée… »

 

Travail à l’anglaise

Ségrégation, difficile de ne pas en parler, à l’image de Garland Jeffreys qui déclarait en substance après la sortie de son dernier album « avoir été considéré comme trop black pour passer sur les radios blanches et réciproquement ».

« Les formats sont très segmentés chez nous. Il y a les radios R&B et les radios CHR (rock). Notre maison de disques voulait sortir « Baby I’m Yours » comme second single pour essayer de faire le cross-over auprès d’un public plus large. Un choix auquel j’étais opposé pour des raisons liées à l’état du calendrier. Moi, je voulais que nous sortions « Comforter », à cause de la célébra­tion de la Saint-Valentin. Alors, on se l’est joué démo­cratique. On a envoyé les démos des deux titres plus celle de « Sexual » à cinq ou six radios pour recueillir l’avis de leurs auditeurs. Ils ont tranché, on a fini par sortir « Comforter ».

 

« Les maisons de disques réagissent à partir de statistiques. Tu prends quatre étudiants qui font le tour du pays à partir d’une simple demo avant d’enregistrer un album qui fait le million d’exemplaires en un mois… »

 

Un mode de fonctionnement courant chez les petits labels anglais, beaucoup plus proches des « bruits » et des réactions de la rue, quand de nombreuses majors s’enlisent dans un coûteux travail de marketing tous azimuts, dont les résultats sont très rarement à la hauteur de l’investissement consacré. « Les maisons de disques réagissent à partir de statistiques. Tu prends quatre étudiants qui font le tour du pays à partir d’une simple démo avant d’enregistrer un album qui fait le million d’exem­plaires en un mois, alors qu’on broute parfois dans les salles de réunion pour faire décoller certains artistes renommés… Ça n’arrive pas tous les jours. De toute façon, c’est la rue qui décide, et plus on en est proche, plus on est amené à pouvoir comprendre ce qu’elle recherche. J’espère que ce qui nous arrive pourra servir d’exemple à l’avenir. »

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