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mardi, octobre 22, 2019
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Salt ‘N’ Pepa : l’avant-garde féministe !

Propos recueillis par Antoine “Jamal” Garnier

Interview des Salt’N’Pepa, le premier groupe de rap féminin dans les coulisses de l’Elysée Montmartre. Mélange de sensualité, de professionnalisme, ponctués de fous rires.

Nous sommes dans les années 80, et le monde du rap, est complètement masculin. C’est alors qu’apparaît en 1985 un trio de filles originaires du Queens, New York, avant Queen Latifah et MC Lyte, c’est dire. Il est composé à l’origine de Cheryl « Salt » James, de Sandra « Pepa » Denton, et de Latoya Hanson, remplacée plus tard par Deidra « DJ Spinderella » Roper, avec un discours féministe et des tenues sexy. En 1991, leur titre « Let’s Talk About Sex » est significatif de leur positionnement. De 1986 à 1997, elles sortiront cinq albums et des millions de ventes. Salt&Pepa est devenue une icône du rap féminin : elles rafleront de 1989 à 1995, cinq Grammy Awards dans les catégories rap et R&B !

BNM : La façon don’t vous vous présentez au public a-t-il une grande importance du fait que vous soyez des femmes ?

Salt : Je pense que le monde du spectacle est une affaire de “look”, c’est très visual. Que ce soit vraiment beau ou laid, tant que cela se rapporte à un look, une image, c’est important. Si tu dégages une image qui inspire l’ennui pendant un certain temps, alors les gens vont se désintéresser de toi car ils n’y verront plus d’intérêt.

BNM : On sait aujourd’hui que les maisons de disques recommandent à leurs artistes d’adopter un “look”. Si l’on regarde de plus près ce que portaient les gens au début du hip-hop, peut-on dire que ce phénomène d’image ne jouait pas un si grand rôle ?

Salt : Disons que même à cette époque le rap avait un look. C’était le look de la rue : des baskets et un sweat.

BNM : Pourquoi avez-vous décidé de faire une tournée européenne alors que le marché américain se suffit à lui-même ?

Salt : Parce que nous sommes connues ici et que nous voulions voir …

BNM : Pensez-vous que le rap est compris ici comme il l’est Outre-Atlantique ?

Salt : Ouiiiiii ! Nous sommes allées dans un club l’autre soir, et nous avons vu beaucoup de, j’allais dire brothers, mais nous avons aussi vu beaucoup de Blancs qui étaient habillés comme à New-York et qui dansaient de la même manière. Ils écoutaient Blacksheep, A Tribe Called Quest.

Pepa : « Nous pouvons faire la même chose que les hommes. La seule chose qui nous est difficile, c’est de pisser sur le côté ou en haut… (rires) « 

BNM : Cela veut-il dire qu’ils comprennent la culture hip-hop ?

Pepa : Oui, je crois qu’ils ont le feeling.

Salt : Je crois qu’ils ont compris l’histoire, notamment grâce aux clips vidéos, et à ce que diffusent les albums. Le hip hop les représente.

BNM : A propos de ce phénomène de représentation, pourquoi n’imprimez vous pas vos textes, spécialement dans le cas où vous traitez de sujets comme les relations sexuelles ?

Salt : Nous n’y avons pas pensé car pour nous le problème ne se pose pas. Nous allons réfléchir pour la prochaine fois. Merci pour la question.

BNM : Que pensez-vous du niveau de promotion du rap aux Etats-Unis ?

Salt : Eh bien, on peut faire plus. Une maison de disque fera probablement davantage ses efforts sur un groupe de R&B que sur un groupe rap. Le groupe de rap devra d’abord faire ses preuves.

BNM : Souffrez-vous de ce manque de promotion ?

Salt&Pepa : Yeahhhh (rires) Depuis que nous sommes ici, nous ne faisons que de petites ou moyennes salles. Aux Etats-Unis, généralement, nous tournons avec d’autres artistes. Par exemple, la dernière fois que nous étions en tournée, c’était avec Tony Toni Toné. Nous avons aussi fait des concerts avec Boyz II Men, C&C Music Factory, Alexander O’Neal et Naughty By Nature.

BNM : Comment expliquez-vous le fait de faire des concerts avec des artistes R&B alors que vous avez une etiquette de groupe rap ?

Salt : Nos chansons sont mélodieuses, nous avons un public plus large et plus âgé . Je crois en fait que c’est pour cette raison qu’ils nous placent dans cette catégorie.

BNM : Pensez-vous que les critiques font une erreur en vous plaçant dans la catégorie pop/dance ?

Salt : Hum. Je ne sais pas. Tout ce truc au sujet de la pop, je crois qu’on entend  pop par “populaire”. Plus tu es populaire,…. Exactement comme tu l’as dit, si le rap n’était pas aussi populaire, peut-être que nous serions cantonnées à une seule catégorie. Nous avons la danse, la pop, le R&B et le rap bien sûr. J’aime aller en tournée avec des groupes R&B et rap comme Jodeci, Boyz II Men. Je ne me vois pas trop avec… Alexander O’Neal (ensemble) Lorsque nous aurons fini notre prochain album, nous ferons une nouvelle tournée.

« Il y a un public pour tout le monde. Si tu échoues c’est de ta faute … Dans l’autre cas, tu te fais une réputation, un statut que personne ne peut remettre en cause. »

A ce moment, notre entretien est intérrompu par la voix de rappeurs français, Ideal J, qui s’échauffent pour la première partie. Salt est interloquée : “Quelqu’un est-il bien en train de rapper en Français ? “, me demande-t-elle ?

Elle ne savait pas combien le hip-hop avait dépassé les frontières de la langue anglaise. Nous revenons au groupe et à ce qui fait son originalité : les relations homme-femmes.

BNM : Est-il possible de traiter les femmes en égales des hommes ? ( J’avoue être un peu gêné par cette question don’t la réponse peut être biaisé du fait qu’elles ont à répondre à un « George » (homme). )

Salt : Yeahhhh ! Je pense que c’est une nécessité.

Pepa : Nous pouvons faire la même chose que les hommes. La seule chose qui nous est difficile, c’est de pisser sur le côté ou en haut… (rires partagés)

Salt : C’est particulièrement vrai. Si tu es sur le même marché du travail et que tu fournis la même prestation, tu dois être payé de la même façon.

BNM : Je me permets d’enfoncer le couteau plus loin : et au delà du monde du travail, d’individu à individu ?

Salt : Certains homme le peuvent. D’autres ont un problème d’ego, et cela a été place dans leurs têtes depuis petits, alors ils ont des difficultés à comprendre qu’une femme puisse être leur égal dans les même domaines. La seule différence est la force physique. Les hommes sont physiquement plus forts, (mais les femmes sont plus résistantes). Autrement, nous avons autant de cervelle… Plus parfois, rajoute-t-elle (Rires)

BNM : Pensez-vous qu’en tant que femme, il soit possible de traiter les hommes en égaux ?

Salt : Pour la plupart des hommes, tu dois leur faire croire qu’ils sont les dominants. Tu vois, il nous faut jouer un jeu. Par exemple Pepa a un ami qui joue au billard et avec lequel elle prend des paris. Quand elle gagne, ce qui arrive souvent, il ne peut pas le supporter alors que cela ne poserait aucun problème si ça avait été le cas contraire. Dans l’autre cas, ils perdent la boule (rires de Pepa).

BNM : Faites-vous plus particulièrement  la promotion des femmes dans votre équipe : les hommes sont danseurs et les femmes musiciennes?

Salt : Nous nous focalisons sur les femmes et nous avons voulu bousculer les clichés. Voir une femme qui joue de la guitare ou de la batterie n’est pas très courant, et la scène est un bon tremplin d’exposition. De plus, les femmes adorent voir des hommes qui dansent… sexy. C’est comme des brochettes de poulets (rire complice entre elles) et nous aimons les satisfaire dans ce sens.

Il y a bien eu des rumeurs sur une separation du groupe. En réalité, comme l’explique Salt, “Quand Pepa est tombée enceinte, Salt a continue les spectacles en solo”. Je n’ai pourtant pas demandé pourquoi Spinderella n’était pas au rendez-vous parisien.

BNM : Comment voyez-vous la concurrence depuis que vous avez trace la route ?

Pepa : Chacun a son rôle à jouer. Il y a un public pour tout le monde. Si tu échoues c’est de ta faute et tu te fais dépasser. Dans l’autre cas, tu te fais une réputation, un statut que personne ne peut remettre en cause.

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