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dimanche, septembre 23, 2018
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Ronny "Cool jazz" Jordan

Propos recueillis par Essimi « Mel » Mevegué

 

C’est en 1992 que le grand public découvre Ronny Jordan avec sa reprise de Miles Davis, « So What » qui se classe rapidement dans le Top 30 Outre-Manche. Depuis, Ronny a beaucoup fait parler de lui à travers divers projets tels Jazzmatazz de Guru, la compilation Rebirth Of Cool et ses albums The Antidote, The Quiet Revolution, celui de remixes dub, Bad Brothers et Light To Dark, le dernier en date.

 

Black News : Il s’est écoulé une longue période entre le précédent album et ce dernier qui ne contient ni reprise ni trop de guests…
Ronny Jordan : Avec le succès de « So What » – qui m’a d’ailleurs surpris -, tout est allé très vite, trop vite même. J’ai à peine eu le temps de penser à moi et, de plus, huit mois après la sortie de The Antidote, j’ai eu quelques problèmes d’ordre privé. Après Quiet Revolution, j’ai décidé de prendre un peu de recul, j’ai donc voyagé. Quant à ce dernier album, je m’y suis investi personnellement car beaucoup de gens ont dit qu’il qu’il y avait trop de monde sur Quiet Revolution et pas assez de Ronny Jordan.

BN : Pendant tes voyages, es-tu allé en Afrique et si oui, te sens-tu concerné par ses problèmes ?
R.J. : Je me sens indirectement concerné par ses problèmes. je suis allé en Afrique du Sud où des titres de mon premier album, « Women Of Fast Change » et « Geto Grips », ont été utilisés dans des campagnes pour des programmes sociaux.
J’ai donné mon accord et ma bénédiction à cette initiative car de nombreux jeunes se droguent, pas seulement là-bas. Je leur ai donc dit qu’ils pouvaient utiliser gratuitement ces, qu’ils en profitent pour que le message passe malgré l’inconscience des gens concernés par ce fléau.

BN : Un Noir s’est fait récemment agressé à Brixton. Où en est le racisme en Angleterre ?
R.J. : En Angleterre… (il réfléchit), la situation n’est pas pire que dans d’autres endroits, mais on peut ressentir… (Il hésite), en fait, je pense que le racisme croît.

BN : Qu’en est-il aujourd’hui de la présence de dirigeants noirs dans les maisons de disques ?
R.J. : La situation n’a pas changé. C’est une honte, mais bon… je parle de l’Angleterre car aux USA, c’est différent. C’est vraiment difficile de désigner un coupable, je dirai bien que c’est un ensemble de facteurs dont le racisme.

BN : Cela te donne-t-il envie de diriger un label ?
R.J. : Oui et non. mais ce que je tiens vraiment à faire, c’est créer des séminaires sur le modèle des cours enseignés à l’école. Je pense enseigner la musique et tout ce qui tourne autour de cette industrie aux jeunes. Je n’ai pas de manager, je m’occupe seul de ma carrière et cette expérience que je voudrais leur faire partager.

BN : En fait, tu voudrais qu’ils ne soient pas des proies faciles…
R.J. : Oui. Tu sais, c’est vraiment dur pour beaucoup d’artistes noirs d’entrer dans le milieu et c’est pourquoi nous devons leur faire comprendre en quoi le système consiste. Ils doivent acquérir le bon enseignement afin d’éviter certaines erreurs. Beaucoup ne savent rien du milieu et y pénètrent quand même, c’esy pourquoi ils se font avoir. Je me suis moi-même fait avoir par mon manager, par conséquent, je peux donner mon expérience en exemple.

 

« Je décrirai ma musique comme un reflet du feeling des 70’s avec l’approche moderne des 90’s. C’est à partir de la musique des 70’s que j’ai développé la mienne. (…) Je jouais déjà de la guitare à 4 ans… »

 

BN : Comment expliques-tu que l’acid-jazz ait explosé au détriment du mouvement Jazz Warriors, et dans quel genre classerais-tu ta musique ?
R.J. : L’acid-jazz possède une sorte de … groove. C’est plus commercial, plus radiophonique donc plus médiatisé. Ce que je fais est de l' »Open jazz ». Je n’aime pas le terme acid-jazz. En Angleterre, ce n’est pas seulement une question musicale mais aussi une mode vestimentaire ; moi, je ne m’habille pas comme eux. Ce que je fais est plus cool, j’aime vraiment ce mot. Mon habillement, ma musique, tout est cool. je me suis intéressé à l' »Open jazz » car c’est une fusion avec du R&B. J’étais fan de Rythm & Blues avant d’écouter du jazz. Mon père en écoutait beaucoup, donc j’ai grandi au son des Nat King Cole, Sam Cooke, Motown, Stax… Je n’ai découvert le jazz que dans les années 70, à 13-14 ans. Auparavant, j’écoutais surtout le son des 60’s. J’essaie donc en quelque sorte de me mettre à l’écart du mouvement acid-jazz : ma musique est plus du « urban jazz ». Si l’on jette un œil sur le hip-hop, le R&B et le jazz, on remarque que ce sont des rythmes urbains. C’est le retour de la musique noire avec la technique des anciens. C’est à ce mouvement qu’appartient ma musique, c’est une combinaison de tous ces styles (…).
Je décrirai ma musique comme un reflet du feeling des 70’s avec l’approche moderne des 90’s. C’est à partir de la musique des 70’s que j’ai développé la mienne. Tu sais, je jouais déjà de la guitare à 4 ans donc cela fait 30 ans que j’en joue.

BN : Pourquoi le rap anglais a-t-il du mal à se faire entendre ?
R.J. : J’aime le rap anglais mais tu sais que là-bas, si on met en face deux disques rap, l’un américain et l’autre anglais, les gens se tourneront vers le premier car il est tout de même meilleur et c’est l’original, le vrai ; le rap anglais est bon mais différent. Il a une petite consonante reggae qui fait sa spécialité.

Ronny Jordan, Light To Dark (Island)

Ronny Jordan The Quiet Revolution (Island) 1993

L’arrivée, il y a deux ans, de Ronny Jordan, avec l’étonnant « So Whar » et l’album, qui devait suivre, constituait l’antidote parfaite face au marasme dans lequel semblait plongé le monde de la fusion. Pour tous ceux qui auraient pu voir en l’enthousiasme suscité par la sortie de ce premier LP un effet de mode passager, le guitariste britannique prouve, avec cet album, qu’il n’est pas un prétendant parmi tant d’autres, mais bien le détenteur de la couronne dans un genre où sévissent les George Benson, Lee Ritenour et autres Earl Klugh. Un second set au titre approprié, The Quiet Revolution (la révolution tranquille), qui le voit associé au soul master producteur Ray Hayden, avec les participations de Simon Law (« Slam In Jam ») et les guest-starring de Guru, Dana Bryant, Fay Simpson et Truth Anthony. Album hors normes de bout en bout. FM

 

Ronny Jordan The Antidote (Island) 1992

On a rarement entendu un album aussi détonnant tant dans sa forme composite que dans sa mosaïque de singles aux compositions époustouflantes. Et pourtant, c’est le premier thème de ce jeune guitariste, natif du nord de Londres. Sept titres – où cohabitent joyeusement jazz, hip hop, dance et R&B – composé par l’auteur auquel s’ajoute la reprise magistrale de « So What » de Miles Davis. Un « Antidote » qui vous immunisera, pour longtemps, contre les agressions rythmiques intempestives. EH

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