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Redman, vrai-faux paranoïaque (?) (1997)

Propos recueillis par Elia Hoimian

En seulement deux albums, s’est forgé une carrure de funkster rap aux lyrics détonants. Si beaucoup de groupes jouent sur le côté « real », Redman, lui, fait de la paranoïa et de la démence lyrique, son credo. Sa réputation d’artiste hargneux à l’esprit vaporeux lui colle à la peau comme une entaille ciselé sur la joue. On dit l’homme schizophrène. Peut-être…

 

Red Man semble être le genre de mec qu’on n’aimerait surtout pas rencontrer dans une impasse sordide. Mais celui que j’ai au bout du fil, est extrêmement relax. L’homme parle sans ambages, et ponctue ses interventions d’un rire caverneux, sans agressivité. Il est vrai, Redman a changé. Il a évolué, tout comme sa musique.

Reginald « Reggie » Nobble, l’enfant de Newark (New jersey), né en 1970, est membre du Def Squad (avec K-Solo) du légendaire duo EPMD (Erick Sermon et Parish Smith), sort son premier opus en 1992, Whut ? thee Album. Si beaucoup de groupes jouent sur le côté « real », Redman, lui, fait de la paranoïa, de la démence lyrique, son credo et secoue de son funk clintonien les fondements d’un hip-hop East Coast trop sage à son goût. La flamme funkadelik rougit de tous ces feux sous l’effet des vapeurs sirupeuses du blunt. Puis, l’homme rouge pète les plombs. Son second effort, Dare Iz A Darkside, laisse ses supporteurs dubitatifs. Le délire embué de Redman en déroute plus d’un. Même si ce dernier s’est vendu à 500 000 exemplaires aux Etats-Unis, comme le précédent, Redman semblait sur une pente déclinante, heureusement ponctuée par le fameux « How High », unduo avec l’autre forte tête du Wu Tang, Method Man, « ‘Insomnia » et « Funkorama » avec son nouveau mentor Erick Sermon et Keith Murray.

 

« Le hip-hop est devenu une industrie si florissante qu’on ne peut plus l’ignorer. Chaque événement est traité comme un sitcom (…) Les maisons de disques n’ont plus qu’à se baisser pour ramasser la recette du spectacle. C’est si simple. Malheureusement, ça conforte l’idée que les Noirs s’entre-tuent toujours entre eux. »

 

Aujourd’hui, Redman tourne la page avec Muddy Waters (eaux boueuses), son troisième album. Les délires funkadeliques font place nette à des samples plus sages et même à ceux de ses compères.

« Mon but, maintenant, est de toucher tous les publics. Les gens savent qui je suis et je n’ai pas à prouver mes origines. » L’appel du cash serait-il plus fort que celui de l’intégrité artistique ? « Il ne faut pas se voiler la face : on fait des albums pour qu’ils se vendent. Mais le plus important, c’est de ne pas chercher à faire des tubes à tout prix en se vautrant dans le commercial. L’essentiel, c’est d’être sincère dans tout ce que l’on fait et de faire ce qu’on ressent au moment où on le sent. Tu dis que cet album est plus commercial, moi, je dis qu’il est plus ouvert, plus accessible. Il est toujours aussi funk, mais simplement différent. J’ai mûri et ma musique a évolué, voilà tout. »

Différent, il n’y a pas de doute. L’énergie débridée des débuts s’est muée en force intérieure contenue avec une puissance des lyrics fumeux. Et Redman semble être entré dans les rangs en suivant la vague des duos en cours aujourd’hui dans le mouvement. Muddy Waters fait en effet appel à quelques invités dont Keith Murray & Jamal (« Da III out ») et Method Man sous la direction de Pras des Fugees (« Do What Ya Feel »).

« C’est vrai que les duos sont à la mode. Tout le monde en fait, on met deux artistes qui cartonnent ensemble et on fait un tube. Ce n’était pas ma démarche. Si je voulais vraiment suivre la tendance, je n’aurais pas choisi les artistes qui sont sur l’album. Il n’y a aucune nouveauté à rapper avec les gens avec qui j’ai déjà fait des titres tels que Method Man et Keith Murray. J’aurais fait appel à d’autres, justement pour créer l’événement. Je me refuse à ce genre d’exercice. »

Quant à la guerre East Coast/ West Coast, « C’est une question de cash et d’ego. Chaque camp veut affirmer sa domination sur l’autre. Et il faut bien que les journaux aient quelque chose à raconter. Alors, on a monté en épingle toute l’histoire pour vendre plus de papiers, faire l’actualité. Le hip-hop est devenu une industrie si florissante qu’on ne peut plus l’ignorer chaque événement est traité comme un sitcom, avec les épisodes. C’est un gros filon pour les journalistes. (…) Les maisons de disques n’ont plus qu’à se baisser pour ramasser la recette du spectacle. C’est si simple. Malheureusement, ça conforte l’idée que les Noirs s’entre-tuent toujours entre eux. C’est le revers de la médaille. »

Mais au fait, c’est quoi ce « Buddah » ? « C’est une manière détournée de nommer le blunt, yes man ! » Suis-je bête !

 

Redman Muddy Waters (Def Jam/Island)

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