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dimanche, décembre 16, 2018
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Push de Sapphire, Le livre qui secoua l’Amérique ! (1996)

Par Jean Bernard Gervais

 

Le premier roman de la poétesse Sapphire a secoué l’Amérique. A la suite de sa publication, deux camps  opposés se sont formés : ceux qui défendaient Push et ceux qui voulaient tout simplement le censurer. Depuis, la nouvelle a fait l’objet d’une adaptation au cinéma sous le titre de Precious, produit par Oprah Winfrey, avec Gabourey Sidibe en actrice principale. Pourquoi ce livre a-t-il fait couler autant d’encre ?

 

Pourquoi un tel engouement ? Tout simplement parce que Sapphire a choisi comme sujet la condition misérable d’une jeune noire-américaine, Precious Jones, violée par son père, sidéenne et illettrée. En pleine ère politiquement correcte, ce roman ne pouvait que choquer. Dont acte.

Au-delà de la controverse médiatique, Push s’inscrit dans la tradition de la littérature noire-américaine et féminine. Mais, là où Toni Morisson se réclame du jazz, Sapphire préfère puiser dans le rythme cut-up des rappeurs, pour retranscrire une tranche de vie d’une adolescente noire-américaine des bas-fond de New York.

Première gageure : retranscrire le long monologue de Precious tel qu’elle aurait pu l’écrire. Pour ce faire, Sapphire emploie une écriture quasi-phonétique que l’on situe entre l’Ebonics et le verlan.

Armé de cette nouvelle langue, Sapphire laisse parler Precious, seize ans, mère de deux enfants, battue par sa mère, violée par son père, renvoyée de l’école, sidéenne et analphabète. Pour ne pas sombrer, Precious se raccroche à trois personnes : son fils Abdul, Mrs Avers, l’institutrice de « l’école parallèle » qui lui apprend l’écriture et la lecture, et Louis Farrakhan, figure virile et protectrice par excellence. Au fil du roman, Precious, en découvrant la culture, apprend aussi à aimer. Plus elle progresse dans l’étude, plus son expression est juste et plus l’espoir apparaît. L’apprentissage de la lecture et la naissance de son fils sont deux accouchements douloureux qui lui permettent de renaître à la vie. D’où le titre, Push : « pousse », lui dit Mrs Avers, l’institutrice ; « pousse », lui répète la sage-femme qui met au monde son enfant.

Loin d’être sombre et tragique, le roman de Sapphire est gouailleur et bourré d’humour. Precious, de par sa verve, n’est pas sans nous rappeler la Zazie de Raymond Queneau. En somme, Sapphire signe là un premier roman agréable, un peu léger par moment, mais terriblement moderne.

 

Sapphie, Push (Editions de l’Olivier)

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