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Puffy, Don, Suge, Andre, Russell, Jermaine : Des hommes de pouvoir ?

Par Antoine « Wave » Garnier et Elia Hoimian

 

Alors qu’ils font la musique populaire d’aujourd’hui et collectionnent les titres sur les rings et stades, leur proportion dans le staff de direction des maisons de disques et sur le banc des managers est insignifiante. Depuis la transformation du loisir en un business, et le premier noir champion du monde des poids lourd, Jack Johnson en 1908, il aura fallu attendre l’époque du combat pour les droits civiques pour les voir émerger sur le plan économique. Comme quoi, le pouvoir est indissociable de la liberté. Depuis la Motown, ils ont de plus en plus nombreux à s’affranchir…

 

Aujourd’hui, dans les 90’s , des noms comme Berry Gordy, Oprah Winfrey, Bill Cosby, Don King, Russell Simmons, Suge Knight… sont les plus populaires du show business. Mais ont-ils vraiment le pouvoir de faire et défaire le monde ? Quel est leur véritable poids ?

Don King, The Genius

Celui qui a révolutionné le monde de la boxe est sans doute l’homme le plus haï de ce milieu. « La spécialité de Don est le Back on Black Crime. Je suis noir et il m’a quand même arnaqué », disait le double champion du monde des poids lourds Tim Witherspoon, avant de recevoir le million de dollar qui l’a fait changé d’avis. Only In America : The Life And Crime Of Don King,   titre le livre de Jack Newfield, journaliste au New-York Post. On ne peut être plus précis. Certains l’accusent de voler les boxeurs qu’il manage, d‘autres, d’utiliser la couleur de sa peau pour les enrôler ou le racisme pour se défendre contre toutes les accusations. Et pourtant, toutes les poursuites contre lui devant les tribunaux se sont soldées par des échecs. Sauf une – émanant des déclarations de son ex-comptable à la brigade financière -, toujours en attente d’être rejugée, le jury n’ayant pu se départager. Une inculpation pour fraude qui risque de le sortir définitivement du circuit et le ramener en prison, son point de départ.

En effet, c’est en 1971, après sa libération sur parole suite à quatre années dans une prison de l’Ohio que King a commencé sa carrière. En 1971, Don a 40 ans et vit à Cleveland où il organise son premier combat au bénéfice d’un hôpital noir de la ville. L’idée qui a changé les données et pratiques dans l’organisation des combats à été d’introduire des chanteurs en ouverture de ceux-ci. Ainsi, King a fait défiler, grâce a Lloyd Price, un ami chanteur, le gotha de la soul (Marvin Gaye, Wilson Pickett, Johnny Nash et Lou Rawls) à son premier grand combat. C’était le plus grand concept pugilistique jamais vu. Le monde de la boxe, médusé, lui a fait un triomphe.

 

« J’exige des sommes colossales et si tu refuses de me les donner, je les trouve ailleurs car je sais qu’elles existent. En fait, je suis toujours surpris car il y a toujours eu beaucoup plus ailleurs que je ne l’aurais pensé »

 

En 1973, un producteur de vidéo new-yorkais, Hank Schwarz, impressionné par King au championnat du monde Foreman-Frazier, soldé par la défaite de Frazier à la deuxième reprise, en Jamaïque l’engage. Foreman était devenu champion du monde. Alors qu’un concurrent propose à Herbert Muhammad, fils d’Elijah Muhammad, alors manager d’Ali, 850 000 dollars pour un autre combat, Don King lui en assure 5 millions pour le titre Ali- Foreman. Un record !!!

Mobutu assure le cachet. Et le combat a lieu le 30 octobre 1974 à Kinshasa L’enfant du ghetto a réussit à conquérir le monde avec « The Rumble In The Jungle », retransmis par toutes les grandes chaînes de la planète. Et l’ancien employé de Hank Schwarz est devenu son boss. Et manage aujourd’hui le plus gros coup médiatique et le plus grand champion de ses dix dernières années, Myke Tyson.

Marion « Suge » Knight Jr*, le chevalier sans peur

Très peu d’infos circulent sur le « Muscle » ou plutôt tant de rumeurs que c’en est effrayant ! Suge, bientôt 31 ans, est l’homme à ne pas approcher. La prononciation de son sel nom arrive à faire changer de conversation. Dernier de trois fils d’un routier, il joue au football américain et devient une petite star de la balle ronde pour le compte de l’université du Nevada. Il abandonne le sport pour être garde du corps de Bobby Brown à D.O.C et joue aussi au promoteur de spectacles. Il monte sa propre entreprise de droits d’auteurs en 1990. Dans son giron de sept titres, « Ice Ice Baby » avec lequel Vanilla Ice touche le jackpot. Mais Suge ne touchera que très peu d’argent. La rumeur prétend qu’il aurait tenu Vanilla Ice par les pieds depuis un balcon pour lui faire cracher l’argent qui aurait du lui revenir.

En 1991, il démarre Death Row avec Dr Dre, transfuge de Ruthless Records, le label d’Eazy-E. Il attend un an avant de signer avec Interscope. Le concept de Marion, c’est « une entreprise noire contrôlée par des Noirs » pour une musique destinée aux Noirs, mais que le monde s’arrache. The chronic de Dre, le premier album du label et Doggy Style de Snoop ont fini d’imposer Death Row comme le label rap le plus prometteur. Depuis, il s’est séparé de Dre et les parts du label, estimées à 100 millions de dollars ont été partagées. Dre a formé THhe Aftermath Recording, Death Row est devenu « The Untouchable » et Suge knight a été classé par The Source en tête des 30 personnalités les plus influentes du rap ! Comme Sean « Puffy » Combs, « Suge » est un expert en marketing et en droit. Death Row sera-t-il le Motown des 90’s comme le planifie Suge ?

Russel « Rush » Simmons

Russel Simmons, fils d’un professeur d’histoire noire à Pace University, et d’une mère employée administrative, est originaire de Hollis, dans le Queens.

Plus jeune, Russell fait partie d’un gang de quartier, les Seven Immortals dont l’activité principale se résumait à la vente de joints. A 18 ans, en 1977, Russel, étudiant en Sociologie au City University Of New York, organise des spectacles sur le comcept « Rush, The Force In College Parties ». Deux ans plus tard, il manage Kurtis Blow puis Whodini et Run D.M.C., groupe de son frère Joey avec qui il collait les autos-collants de ses soirées dans le métro.

1983, il rencontre Rick Rubin, un autre étudiant de NYU, un jeune et riche blanc originaire de Long Island avec qui il monte Def Jam, le dortoir de Rick leur sert de siège social. Def jam démarre avec 5000 dollars d’investissement, signe LL Cool J en 1984 qui devient disque d’or avec « I Nead A Beat ». Après sept autres maxis aux ventes impressionnantes dans la même année, ils passent un deal avec Al Teller, responsable du département musique de CBS pour un chèque d’un motant de 600.000 dollars. Le reste, c’est de l’histoire connue.

Séparé de Rubin, Russel Simmons demeure le noir le plus puissant de l’industrie de l’empire du disque. A 36 ans, Russel Simmons a déjà construit l’empire Rush Communication, la plus grosse compagnie de l’industrie musicale appartenant à un Afro-Américain, et la seconde compagnie de spectacles après BET (Black Entertainment Television). Rush est la compagnie mère de toutes les entreprises fondées par Simmons : Rush Artist Management, RAL (Rush Associated Labels), Def Jam Recordings, Rush Producers Management, RSTV (Russel Simmons Television), SLBG Entertainment, Rush Broadcasting, Phat Fashion (sa ligne de vêtements), et WDEF, un show radio diffusé par satellite 24 heures sur 24.

En 1993, Rush gagne près de 50 millions de dollars de revenus tandis que Russell fixe son revenus annuel à 5millions de dollars et envisage d’ouvrir sa compagnie au public en la plaçant à la prestigieuse bourse de Wall Street. Russell envisage de gérer également les carrières de célébrités de sport via Rush Athletic Management. Rush Model Management serait son équivalent pour des mannequins débutants et professionnels.

Mais Def Jam Recording n’est plus la seule propriété de Russel. C’est désormais une association avec Polygram qui détient la moitié de la compagnie. Si Russel Simmons est l’image de Def Jam, Lyor cohen est l’homme de l’ombre. Serait-t-il mis là pour contrôler les faits et gestes de Russell ? Car on ne s’associe pas sans risque avec une Major. Andre Harrell avec qui il partageait un appartement dans le Queens, en 1983, est bien placé pour en juger.

Lire aussi : La légende Russel « Def Jam » Simmons

Sean « Puffy » Combs, l’enfant prodige

A 23 ans à peine, « Puffy » gagnait plus de 100 000 dollars annuel, devenant ainsi le plus jeune directeur artistique de l’histoire de la musique à gagner autant. Manager de The Notorious B.I.G. après avoir contribué à gérer les carrières de Mary J. Blige, Total, Usher, Jodeci, LL cool j, Faith, Rampage, Craig Mack .

Sean débute comme distributeur de courriers chez Andre Harrell pendant qu’il suit des cours à l’université noire d’Howard. Sa carrière de promoteur à réellement commencé dans les murs de son université où il organise déjà de nombreuses soirées. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, les relations entre lui et son mentor Andre Harrell se sont détériorées, et il à été remercié. Le prodige n’est pas resté bien longtemps à la rue puisqu’il négocie la création de son label, Bad Boy Entertainment, sous les bons auspices du label Arista. Maître de la manipulation médiatique (il lancera une superbe campagne de promotion de détournement de concept basée sur le fameux Big Mac qui deviendra B.I.G/MACK) ; son style de management combine son sens de l’image, son égo, et de solides références marketing : une politique encore jamais exploitée. Le premier single de son artiste Craig Mack, « Flava In Ya Ear s’arrachera à plus 500 000 exemplaires en quelques mois, un record dans une industrie du rap au ralenti. Près d’un million et demi de dollars seront investis dans la production de son fer de lance, The Notorious B.I.G.qui alignera les disque d’or et de platine (plus d’un million d’exemplaires vendus). « Puffy » incarne la flamboyance des buppies (Noirs aisés) des années 90. Jalousé tout autant que reconnu par ses pairs de la profession, il a incontestablement influencé une génération de managers noirs et blancs qui cherchent tous à imiter sa performance. Mais n’est pas Puffy qui veut.

 

Andre Harrell* : Le rêve brisé

Andre est issu de la classe ouvrière, d’un père contre-maitre et d’une mère assistante-infirmière, originaire de Lyncburg en Caroline du sud. Membre du duo de rap Dr Jeckyll et Mister Hyde avec Alonzo Brown, Andre Harrell étudie à l’Université Lehman dans le Bronx qu’il quitte après trois ans pour un emploi de vendeur d’espaces sur Wins Radio. En 1984, le duo sort « Champagne Of Rap ». En 1986, il quitte Def Jam qu’il avait intégré trois ans plus tôt pour créer Uptown, un des labels les plus influents des années 80. La même année, il décroche le gros lot avec Living Large, le premier album d’Heavy D. Suivent Al B.Sure, Guy de Teddy Riley qui vendent respectivement 1,6 million et 1,8 million d’albums. A 28ans, sa fortune s’accroît avec les réussites de Jodeci et Mary J. Blige. En 1992, Al Teller, Président de MCA Entertainment Group, lui signe un chèque de 50 millions de dollars pour développer des départements télé et cinéma. Uptown Entertainment devient une joint-venture avec MCA.

Celui qui a introduit le New Jack Swing de Teddy Riley, redonné vie au R&B grâce à Mary J. Blige et Jodeci, fait éclater le crooner AL B.Sure, Father MC, Horace Brown, et Christopher Williams, de vient producteur exécutif d’une série policière à succès, New York Undercover, sur Fox TV. Durant l’été 95, la rumeur circule dans les milieux autorisés, puis s’étend à la rue : André Harrell a perdu son entreprise Uptown Entertainment pour mauvaise gestion. La maison de disques aurait dépensé trop d’argent sur les artistes de son catalogue et ne gagnerait de l’argent que sur peu d’entre eux dont Jodeci, Heavy D et Mary J. Blige. Les derniers artistes signés comme Soul For Real mais surtout The Lost Boyz devraient, soit perdre leur contrats, soit être repris par MCA. Si la mauvaise gestion est la raison officielle, la rumeur voudrait que MCA ne lui aurait pas vraiment laissé la liberté de réaliser son projet.

Andre Harrell officiel aujourd’hui chez Motown.

Jermaine Dupri Mauldin, the hit maker

Dernier arrivé dans le carré des grand, Germaine a toujours baigné dans le biz grâce à son frère, road-manager de Cameo et de The SOS Band, et aujourd’hui vice-président de la branche musique noire de Columbia. Tout ce que Germaine, bientôt 25ans, touche se transforme en platine. Du Totally krossed Out (1992) à MC Lyte en passant par Xscape, Da Brat et des titres pour TLC, Biggie, Maria Carey, Aaliyah et New Edition, le patron de So So Def Records enchaîne hit après hit.

Dupri n’est pourtant pas le premier venu. En 1987, la maison de disques Geffen fait appel à lui, alors quel n’avait que 14 ans, et à Joe Nicolo pour produire le premier album d’un trio féminin, Silk Tymes Leather qui sort finalement en 1990. Trois années auparavant, il ouvrait les tournées organisées par son père en tant que danseur notamment la « Fresh Fest » qui réunissait Run DMC, Kurtis Blow, The Fat Boys et Whodini.

Sylvia Rhone : The Woman

Elle est la seule femme à avoir atteint ce niveau dans l’univers machiste et sexiste de l’industrie du disque. C’est aussi la première Noire-Américaine présente à ce stade.

 

Qui a vraiment le pouvoir ?

Même s’il est très difficile d’obtenir des chiffres, les experts de l’industrie du disque évalue à 5% les ventes de rap dans un marché annuel de 400 millions de dollars, et à 1,37 milliards les dépenses relatives à ce monde « underground ». Quelle est la part de ces lions ?

Il faudrait pour cela plonger dans les chiffres de vente et les deals entre les labels et leurs distributeurs. Mais plus important encore, sont-ils complètement indépendants ? Si on peut facilement répondre pour Suge Knight qui n’a de compte à rendre à aucun actionnaire, ce n’est pas le cas des autres. Artistiquement autonomes, ils le sont tous. Financièrement libre libre de tous mouvements, non. Russel Simmons ne signerait pas lui-même les artistes, la tâche étant désormais réservée à Lyor Cohen, l’homme de l’ombre. Quant à « Puffy », son affiliation avec Arista est plus qu’évidente. Dupri semble être son propre maître. Dans le fond, les distributeurs restent les seuls vrais maîtres du jeu.

Le vrai pouvoir serait une grosse compagnie de distribution créée à la fois Russel, Suge, Puffy, Jermaine, Dre. Par son importance, la connaissance du marché de leurs acteurs, vrais créateurs de cette industrie, leur indéniable talent de manipulation médiatique, et sa puissance financière, elle serait capable de supplanter tous les grands. Il n’y a pas à douter que tous les artistes du milieu se retrouveraient chez eux. Ainsi, on aurait la première société de Noirs capable d’imposer les règles. Il est toujours permis de rêver à cette coalition. « If I Ruled The World, Imagine That », dixit Nas featuring Laureen Hill…

Quant à Don King, il est le seul maître. Les autres sont obligés de suivre. Lorsque le Madison Square Garden voulait lui imposer ses vues, il s’est simplement établi à Las Vegas. Face à l’intransigeance du Ceasar’s Palace, lieu culte de la boxe, il a dealé avec MGM Grand où a eu lieu le premier combat de retour de Mike Tyson contre Peter McNeely. Ce jour-là Don a, une fois de plus, établi un nouveau record de vente de billets au guichet : 14 millions de dollars. HBO aussi a fait les frais de la liberté de King au profit de Showtime où il a créé le système de péage pour les combats. « J’exige des sommes colossales et si tu refuses de me les donner, je les trouve ailleurs car je sais qu’elles existent. En fait, je suis toujours surpris car il y a toujours eu beaucoup plus ailleurs que je ne l’aurais pensé ». Ainsi marche Don King, le guerrier à la coupe rebelle.

D’atlanta (Jermaine) à Las Vegas (Don) en passant par Los Angeles (Suge) et New-York (Sean, Harrell, Rhone), chaque ville a aujourd’hui sa part de rêve américain.

 

*Portrait tirés de « New-York, aux sources du hip-hop/L’amérique aliénée d’Antoine Garnier (Editions Alias)

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