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dimanche, décembre 16, 2018
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Peau Blanche, Musique noire (3/6) : le phénomène Jamiroquai

Par Elia Hoimian

 

En pleine ère acid-jazz, un jeune homme de Manchester aux allures d’indigène, amateur de blunt, débarque sur la scène anglaise et tient un discours anachronique pour l’époque. C’est l’avènement du phénomène Jay Kay alias Jamiroquai, le Space Cowboy… Rencontre du troisième type.

 

Le dernier jocker anglais, Jay Kay alias Jamiroquai, a quelque chose de particulier : il est écologiste pur et dur. Le premier à l’affirmer avant autant de force et de conviction. La preuve, le titre de son premier album, Emergency On The Planet Earth ; et celui du premier single, « Too Young To Die ». Plus encore, il lui arrive de donner de l’argent à Greenpeace, l’organisme écolo qui s’est, à plusieurs reprises, démarquée des autres par ses pratiques extrêmes, toujours pour la bonne cause : sauver l’hu­manité qui détruit la planète. Ecologiste, un engagement qui peut, dans un monde de technologie de pointe (même l’électricité est nucléaire), paraître farfelu. Mais qu’importe Il sera le seul excentrique de la planète qu’il l’assumerait, avec le même aplomb.

« Quand on pense que notre vie dépend de quelques mecs assis derrière leurs tables et qui ont le pouvoir d’appuyer sur les touches capables de tous nous faire sauter », il y a de quoi se faire du mauvais sang.

Jamiroquai est un angoissé, un rebelle qui se veut le prophète de cette noble cause : nous aider à ne pas sombrer dans la léthargie mentale. Cette vision, il l’a puisée dans l’enseignement des anciens, précisément les sages Indiens qui, eux, vivaient en parfaite harmonie avec Ia nature, avant l’arrivée de qui vous savez…

 

« Ma mère m’a fait découvrir Dina Washington, « Lady Sings the blues » et autres chansons du genre. Et tous les différents grands noms de la musique noire. J’ai grandi avec la musique noire, j’ai écouté tous les styles, mais tou­jours de la musique noire ».

 

Entre une street soul et un acid-jazz brouillé, Jamiroquai se fait une petite place en étant les deux à la fois. Sa culture musicale, essentiellement noire, il la tient de sa mère, Karin Kay, chanteuse de jazz qu’il a suivie dans tous ses déplacements professionnels lorsqu’il n’était encore qu’un gosse. « Elle m’a fait découvrir Dina Washington, « Lady Sings the blues » et autres chansons du genre. Et tous les différents grands noms de la musique noire. J’ai grandi avec la musique noire, j’ai écouté tous les styles, mais tou­jours de la musique noire ».

Lire aussi : Peau Blanche, Musique Noire (1/6) : « La Soul Aux Yeux Bleus »

Né à Manchester, Jamiroquai arrive à Londres à l’âge de 13 ans. Il y vit depuis dix ans. Il s’intéresse alors au mouvement hip-hop, et tout ce qui l’entoure (B boys, fly girls…). Et pourtant, avoue-t-il, « Je ne fais pas de rap car il y a plein de choses que je ne peux pas dire parce que je
suis blanc. Je ne vais pas l’utiliser juste pour me rendre intéressant. J’aime tous les styles de musiques. Mais je n’ai, par exemple, plus envie de faire du henry (il mime le son de la guitare hard), juste parce que ça rapporte, ce n’est pas mon truc. Ce que je fais, c’est la musique que j’aime, que j’ai écoutée. Je la fais parce que c’est mon background et je le fais avec beaucoup de respect ».

Ils s’adressent  à d’autres, qui s’en servent comme une manne, la dénaturent, sans accorder la moindre importance aux devanciers.

 

« Il y a beaucoup de Noirs qui viennent me voir et me disent que ma musique est ok. Je me sens vraiment heureux dans un public noir. J’aime ça. J’aime bien cette situation, celle d’être reconnue par le public noir. Oui, j’aime bien cela »

 

« Je suppose que c’est inhabituel vu de l’extérieur, de voir un Blanc faire de la musique noire », continue t-il, « ce n’est pas que j’essaie d’être black ou quoi que ce soit. j’essaie simplement de faire mon truc. Je sais d’où je viens, de tout le milieu hip hop, B-boy.., »

Sa musique est d’influence soul-funk, entre un Gil Scott Heron, et un Stevie Wonder, saupoudré de jazz. « Ma musique est très mélangée. Je crois que c’est un peu le parcours de tous les gosses blancs ». L’album fait appel à la section ryth­mique de The Brand New Heavies (Simon Bartolomew, Andrew Levy) et à la chanteuse street soul Vanessa Simon (la protégée d’Omar).

« Mon public ? Il est également très mélangé. Il y a beaucoup de Noirs qui viennent me voir et me disent que ma musique est ok. Je me sens vraiment heureux dans un public noir. J’aime ça. J’aime bien cette situation, celle d’être reconnue par le public noir. Oui, j’aime bien cela ». Il n’y a pas de souci à se faire, le public noir, amateur de bonne musique, — comme il se doit — le suivra. De plus, le fait que son manager soit le frère de Femi des Young Disciples fera certainement son effet dans une communauté anglaise assez identitaire, comme c’est le cas à un degré beaucoup plus poussé aux Etats-Unis. Normal, ce n’est qu’un juste retour du boomerang. En Angleterre, comme partout ailleurs, la musique noire, à l’exception des grandes pointures américaines se débat encore en underground.

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Voit-il encore des barrières entre les différents styles musi­caux ?

« Je pense que les gens réalisent, que si tu gardes toutes les particularités d’une musique, chanson etc… il n’y aura aucun problème. Le hip-hop n’a pas été pris du jazz. J’aime penser qu’il a été pris dans l’art. Pas dans les lyrics, mais dans le son. Quand tu écoutes l’album, tu entends des beats, des samples (il mime), mais ce sont des samples de sons joués car pour mon album, j’ai travaillé avec des musiciens de sessions. Souviens-toi du temps de la old school, quand tu écoutes leurs scratches (Il mime le son du sax), ce sont tous des fusions de jazz. Le hip hop vient d’une fusion de jazz et nous y reve­nons. Quand tu écoutes les intros et le tempo de Ice Cube, de Dr Dre, c’est très funky. Je pense que les barrières sont en train de tomber. Les gens de la house n’utilisent pas d’instru­ments live et n’essaient pas de le faire. Je pense que la meilleure chose, c’est de tout mixer à la fois, pour garder la musique ».

Jamiroquai, Emergency On The Planet Earth (Squatt).

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