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vendredi, octobre 19, 2018
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Peau blanche, Musique noire (2/6) : White men can’t rap (!)

Par Olivier N’Guessan

 

Comment réussir dans l’univers impitoyable du rap, quand on est blanc ? De nombreux Blancs recherchent depuis de longues années la formule sécrète, s’il y en a une. Sujets à de nombreuses controverses, les artistes blancs respectés et reconnus dans le monde du bizz hip hop se font plutôt rares.

 

The Beastie Boys

Un trio qui défraya la chronique en 1987 avec l’album Licensed To III, une fusion de rap et de métal. «C’est du Run DMC contre du Led Zeppelin», dira le magazine anglais Hip Hop Connection. Jamais un groupe de rap n’avait autant vendu d’albums pour un premier LP. Rick Rubin, alors PDG de Def Jam, ne s’était pas trompé : le rap associé au rock, de plus joué par des Blancs, est un gage de succès.

 

Third (3rd) Bass

Groupe aujourd’hui dissou, composé d’un Noir (Daddy Rich) et de deux blancs juifs (MC Serch et Pete Nice). Leur second album,  Derelicts Of Dialect, fut disque d’or sur Def Jam. MC Serch poursuit, depuis, une carrière solo et est maintenant vice-président chargé du mar­keting chez Wild Pitch. Il n’a pas hésité à éjecter l’un des groupes majeurs de la scène, les Main Source. Daddy Rich et le Prime Minister à Pète Nice poursuivent leur carrière. Ensemble, ils ont sorti, l’année dernière, l’album Dust To Dust (Def Jam).

Young Black Teenagers

Avec un nom aussi trompeur, est en réalité un groupe composé de quatre Blancs new yorkais. Depuis leur premier LP éponyme, ils sont produits par le Bomb Squad, la team derrière Public Enemy. En 1993, la consécration est venue avec le titre «Tap The Bottle» qui a fait jumper aussi bien les Blancs que les Noirs. Alidee, un autre new yorkais, qui a également travaillé avec le Bomb Squad, et collaboré avec les Young Black Teenagers, Big Daddy Kane, Eric B & Rakim. Il poursuit maintenant une carrière solo qui n’a pas encore décollé.

Toujours sur la Côte Est, un émule des Beastie Boys, Kid Rock, a déjà sorti deux albums dont le premier, s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires sans grande publicité. Il a aussi tourné avec Ice Cube et Too Short.

Sur la Côte Ouest, le Soul Assassins posse dont la devise est : joint, liqueur et femmes. Dans ses rangs, trois groupes : les Chicanos de Funkdoobiest, un trio qui perce doucement mais sûrement ; House Of Pain, avec l’ex-membre du Rhyme Syndicate d’Ice-T, Everlast, un groupe qui tient à ses origines irlandaises ;

Cypress Hill

Certainement le groupe le plus connu de cette tendance, composé de deux Blancs (B. Real et sa voix nasillarde, et DJ Muggs) et d’un Noir (Sen Dog). Leur tube planétaire, «How I Could Just Kill A Man» (comment pourrais-je simplement tuer un homme ?), est un classique de l’histoire rap, au même titre qu’un «Don’t Believe The Hype» de Public Enemy ou un «Fuck Tha Police» de NWA.


D’autres Chicanos ont également réussi plus ou moins à se faire un nom dans le milieu : Kid Frost, Mellow Man Ace, Brown Side (les Dj Jazzy Jeff et Fresh Prince hispaniques), et autres A Lighter Shade Of Brown.  


N 2 Deep,
un trio blanc, a bossé avec Run DMC. Ceux qui ont écouté leur single «Back To The Hôtel» ont pensé que c’était des Noirs qui rappaient.

Quelques nouveaux de la Côte Est à suivre de très près : Kurious alias Kurious Jorge qui a réussi à s’imposer avec son premier album, A Constipated Monkey. Il a collaboré avec Pete Nice & Daddy Rich et les Beatnuts. La surprise sur un des titres dudit LP est la présence en guest du rappeur de Lucien, le «Français».

*
Les producteurs-remixeurs que tout le monde s’arrache sont les Beatnuts. De la trempe d’un Pète Rock (une gamme en dessous quand même) ou d’un Marley Marl.

Les rappeurs produits par de grosses cylindrées du rap : Chilly Tee (Bomb Squad), le fils du PDG de Nike, Phil Knight. Voudrait-il se rebeller contre l’autorité paternelle (même si Nike fait un chiffre d’affaires monstre avec les black kids) ?

Les Blood Of Abraham, un duo juif (Benyad et Mazik), signé sur Ruthless, le label de l’ex-NWA, Eazie E.

Le seul producteur blanc qui fait fureur dans le milieu ragga-hip hop new yorkais et aujourd’hui mondial est Bobby Konders, Dj rue WBLS, l’une des radios noires les plus célèbres de NY, déjà cité par Marley Marl sur son album Marley Marl In Confrol Vol.1  (1988). Sa compilation New York Rude Boys, avec la même crème de toasters, a connu un bon succès dans le milieu hip-hop. Il a de plus créé son label, Massive B, bien connu des Dj’s.

Lire aussi : Peau blanche, Musique noire : « La soul aux yeux bleus

 

Les rappers blancs éphémères et pas crédibles. Ils ont fait un titre ou un tube et ont disparu.

Le groupe anglais King Bee, avec un énorme tube en 1990, «Back By Dope demand», leur album Royal Jelly fut un désastre. Vanilla Ice, le Benny B américain. Celui par qui le scandale arriva avec son tube planétaire vendu à plus de quinze millions d’exemplaires, «Ice, Ice baby». Gros coup commercial, mais à croire qu’il y a un bon Dieu dans l’univers du rap, Vanilla Ice ne se remettra jamais de ce succès. Son deuxième album a été un bide total.

Les femmes

Un autre point obscur : les femmes. Etre blanc est un handicap (pour une fois que les choses changent, on ne va pas s’en plaindre), mais si en plus on est blanche, on est encore moins crédible (je ne suis pas macho, mais c’est la réalité, ok les ligues féministes ?).

Bien que l’historique soit quasi inexistant, j’ai le vague souvenir d’une certaine Tairrie B, dont on avait fait à l’époque un tapage monstre dans une émission rap sur une chaîne qui montait. Cette «rappeuse» était aidée par Eazy-E, alors membre de NWA. Elle se révéla d’un goût douteux pour les amateurs de rap, toutes origines confondues. Le bon Dieu du rap frappa une fois de plus, et ce fut un échec cuisant. Les rappeurs blancs, au début marginalisés, commencent, pour les plus crédibles, à avoir le même statut que certains rappeurs noirs. On peut être noir ou blanc, mais le plus important est d’être authentique. C’est le seul sentiment que le public retient. Dans ce milieu, il n’y a pas de place pour les suckers et autres gros coups commerciaux.

En France, du fait de la promiscuité, la rivalité Noirs/Blancs est quasi « inexistante ». Les groupes sont pour la plupart mixte : IAM (Noir, Blanc, Beurs), Assassins (Noir, Blancs), Alliance Ethnik (Blanc, Beur), NTM (Noir, Blanc).

En suisse, Sens Unik , digne représentant de son pays à l’extérieur, et Silent Majority (Noirs, Blancs), est très prometteur.

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