fbpx
dimanche, décembre 16, 2018
Accueil > Dossier 2 > Peau blanche, Musique noire (1/6) : « La soul aux yeux bleus »

Peau blanche, Musique noire (1/6) : « La soul aux yeux bleus »

Par Elia Hoimian & Leonard Silva

 

«Soul Blanche», «Reggae blanc». Autant de foutaises que certains médias, en mal de modèles, s’échinent à imposer. Ou par ces termes, on précise qu’il y a deux sortes de soul et de reggae, et on reconnaît donc, certes involontairement, la qualité intrinsèque de la soul et du reggae, noirs. Mais on fait par là même insultes à certains artistes blancs sincères qui ont été élevés à ses sons. Ou on essaie délibérément de créer un phénomène, pour supplanter une culture, originelle.
Comment contester à un Stan Getz et à un Michel Petrucciani leur légitimité ? Il n’existe que deux sortes de musique : la bonne et la mauvaise. Jouées par des individus de races différentes, mais elles sont généralement d’inspiration noire. Il est vrai que cette même musique reprise par un Blanc a plus de chance d’être un succès que par son géniteur qui, lui croupit dans le dénuement le plus total. Une réalité qu’on ne peut nier. Mais c’est une autre affaire. A chacun sa conscience.

Elia Hoimian

La soul aux yeux bleus

«La musique noire a toujours été radicale dans le contexte de la culture américaine conventionnelle. En réalité, ce qui se passe de nos jours, c’est qu’il y a de plus en plus de musiciens noirs qui ont réussi à se faire pié­ger par l’anonymat de cette même culture, aujourd’hui incapable de rendre à la musique afro-américaine la quintessence sociale et la philosophie de son émotivité, qui sont depuis toujours ses caractéristiques majeures», écrit Leroi Jones, dans son livre Blues People, consacré à l’histoire de la musique noire. Ceci nous renvoie à ce que certains théoriciens ont nommé, à tort ou à raison, le «Black capitalism». La soul music est avant tout un mode de vie, une conséquence culturelle résultant d’un rejet social et d’une fascination de l’establishment américain envers les Africains-Américains. La fascination exercée par la cultu­re noire en générale, et la musique, en particulier, sur une certaine partie de l’«Amérique blanche», date de très longtemps, bien avant l’émergence du phénomène «blue-eyed soul» (la soul aux yeux bleux) du début des années 60.

Les disques produits par Don Robey (fondateur de Peacock Records en 1949) avaient déjà les faveurs d’un public d' »Europeans-Americans ». A leur tour, Herb Abramson et Ahmet Etergun, avec la création de Atlantic Records, et les frères Chess avec Chess Records, en 1947, vouaient déjà un culte sans pareil aux voix noires. Plus tard, vers 1957, un certain Norman Mailer, écrivain et chef de file d’une cohorte de d' »intellectuels blancs » aux accents libéraux, va sublimer son attrait du «style noir» dans un essai, The White Negro. Mailer, à travers ce livre, provoquait l’establishment en mettant en avant le fait que la sexualité et la musique noires étaient devenues les principales sources d’inspiration d’un nouveau type d’intellectuel blanc.

A la fin des années 50, à Détroit, un jeune et ambitieux musicien noir, Berry Gordy Jr., crée la Tamla Motown et lance le label «The Sound Of Young America», les fondements du «cross-over», ou comment faire une musique noire qui intéresse un public blanc. Gordy met de l’eau dans son vin, en allant jusqu’à vendre ses disques avec des blondes pulpeuses aux yeux bleus dans les pochettes. Le son Motown devenait ainsi acceptable pour un public blanc d’un côté, et de l’autre, il donnait des idées à un grand nombre d’artistes blancs. Moins en Amérique qu’en Grande Bretagne, où un ancien plombier de Sheffield (nord de l’Angleterre), nommé Joe Cocker, épate l’Amérique noire avec sa voix soul et rauque. Ray Charles dira de lui qu’il « a des larmes dans sa voix». En Ecosse, le Average White Band, formé en 1972, par cinq musiciens obsédés par la soûl et le funk.

Dans ces années 70, d’autres «White Negros», dont les plus célèbres sont les frères Gibbs, qui ont formé les Bee Gees, illustrés par «Saturday Night Fever’s Fame».

Toutefois, ce sont les années 80 qui vont consacrer la «blue-eyed soûl», avec le succès commercial de l’Américain Robbie Nevil (qui se sou­vient de «C’est la vie» ?), Peter Gabriel («Sledgehammer»), Phil Collins, Stevie Winwood («Higher Love»), Paul Young, George Michael, Rick «si j’étais Noir ma musique serait respectée» Astley, Madonna, Cerrone, Level 42, Michael Bolton (maintes fois accusé de faire de la soûl indigeste), Lisa Stansfield, et autres. Dans les années 90, Swing Out Sisters, Jamiroquai…

Inutile de dire que l’émergence de ce courant a, en partie, contribué à éclipser «la black soûl», traitée clans les maisons de disques françaises du terme méprisant de «blackerie».

Léonard Silva

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *