fbpx
lundi, juillet 23, 2018
Accueil > Focus > Paula Abdul : le rythme en mouvement (1991)

Paula Abdul : le rythme en mouvement (1991)

Propos recueillis par Marc Potain

 

Elle dansait, il y a déjà six ans, sur le plancher du Forum de Los Angeles. Aujourd’hui, elle continue de danser… à en donner le tournis à sa principale rivale (Janet Jackson) qu’elle a d’ailleurs fait danser. Paula ne tient plus en place, elle a la bougeotte. Abdul, c’est comme qui dirait une boule de nerfs explosée, semant ses ramifications à tout vent, un fétu de paille dans un tourbillon de sable… le rythme en mouvement. Tous le lui reconnaissent.

 

Cependant, scepticisme et ahurissement accueillent son désir (fou !) de pousser la chansonnette. Mais l’ex-pompom girl des Lakers n’en fait qu’à sa tête. Et c’est aussi la consécration avec Forever Your Girl. Avant la sortie de Spellbound son second album où se côtoient allègrement rock, dance endiablée et soul langoureux parmi lesquels se détache « To You », l’épée de Damocles du plagiat, de la supercherie ou du sampling, tenue par Yvette Marine, une de ses ex-choristes vient semer le doute dans l’esprit de ses fans.

Question : Paula, avez-vous réellement chanté sur « Opposites Attracts » ? « Je ne suis pas Milli Vanilli, nous a-t-elle répondu. Merci de la précision.

Alors cet album…

Black News : Spellbound est presqu’entièrement signé par un certain P. Lord. Est-ce un de vos protégés ?

Paula Abdul : Si l’on veut. C’est surtout un membre des Family Stand : Peter Lord, Jeffrey Smith et Sandra St-Victor. C’est un groupe qui vient de Brooklyn. Ils sont très influencés par Stevie Wonder, Sly and the Family Stone, Prince… Je n’avais pas prévu qu’ils travailleraient sur tout l’album : on parlait plutôt de deux chansons, mais on a commencé à écrire ensemble et l’entente a été extraordi­naire. Ils sont adorables, intelligents, vraiment plein de talent…

 

« A cause du scandale des Milli Vanilli, c’est une manière de dire que j’ai usurpé ma place. Je ne suis pas Milli Vanilli »

 

BN : Prince a aussi participé à l’album en vous signant le titre « U ». Depuis le temps que vous signez ses chorégra­phies, c’était la moindre des choses qu’il vous produise une chanson…

P.A. : Je connais Prince depuis cinq ans. A de nombreuses reprises, en effet, nous avons travaillé ensemble, et c’était toujours si bizarre parce qu’à chaque fois qu’on pouvait avoir l’occasion de véritablement collabo­rer, quelque chose se passait et il devait repousser. Et récemment, alors qu’il tournait Graffiti Bridge, il m’a demandé si je n’avais pas besoin de matériel pour mon second album; je lui ai répondu que je serais honorée s’il m’écrivait quelques mor­ceaux. Deux mois plus tard, il m’a rappelée et m’a dit « Voilà, j’ai ta chanson, j’espère que tu vas l’aimer ». Et il m’a envoyée « U ». Et j’ai adoré… Il a été d’une aide précieuse, est venu en studio pour le play-back gui­tares… C’est quelqu’un de très pro­fessionnel.

BN : Ces diverses collaborations donnent un album franchement différent du précédent…

P.A. : Absolument… Forever Your GirI était pop-hard-funk, alors que celui-ci, avec des titres comme « Rock House », « Vibeology » ou « Spellbound », est plus « humain » : j’y montre plus ma vulnérabilité ; ma voix n’a pas été « retouchée » sur ce disque, on a gardé un timbre natu­rel… Ce disque exprime mon déve­loppement vocal, mais aussi dans les styles de chansons, mon investisse­ment dans l’écriture des morceaux et en ce sens, il est à l’image de ce que je suis. J’aurais pu travailler avec les mêmes compositeurs et producteurs que sur Forever Your GirI et cela aurait été génial… Mais je voulais grandir en tant qu’artiste et ça signi­fiait donc prendre des risques : je ne me suis pas entourée de la même équipe, mais plutôt des Family Stand, un groupe dont certainement personne n’a entendu parler. Et je me suis testée… Le résultat montre ma faculté d’adaptation, ma croissance au niveau artistique, vocal… Il y a aussi des morceaux plus sensibles, des ballades… Un genre absent de mon précédent album… Evolution dans les textes, également : j’en ai co-écrit certains, et il y a de moi-même dans les paroles, des messages subliminaux sur des sujets politiques, éco­logiques…

BN : Comme dans « Promise Of A New Day » qui ouvre l’album, un hymne à l’ère de changement que subit le monde depuis quelques mois.

P.A. : Oui. C’était le genre de chanson que je voulais avoir, un morceau qui trai­te de tout ce qui se passe dans le monde, de la déforestation aux guerres, en passant par les thèmes politiques. En fait, au départ de « Promise Of A New Day », il y a ce projet « Little Green » auquel j’ai par­ticipé. « Little Green » est un pro­gramme destiné à la jeunesse dans le but de les rendre plus conscients des sujets écologiques, de l’environne­ment et plus particulièrement tourné vers la sauvegarde de la forêt amazo­nienne…

BN : Entendre les artistes de dance-music prendre position sur des sujets d’actualité, n’est-ce pas devenu un cliché ?

P.A. : Je ne pense pas, je ne suis pas d’accord. Pourquoi cette tendance serait-elle suspecte dès lors qu’il s’agirait d’un artiste de dance ? Même quand je ne travaillais que sur les chorégraphies, j’étais déjà enga­gée dans des causes pour l’environ­nement. Et cela a toujours été ainsi… Mais vous savez, certains artistes mettent ces messages bien en avant dans leurs chansons, alors que j’ai choisi de ne pas les poser au premier plan : j’ai préféré parler de tout cela de façon subliminale.

BN : Subliminal ? Comment ça ?

P.A. : Je veux dire que ce n’est pas sous votre nez : « Sauvez le monde, sau­vez la forêt ». Mais si vous lisez les paroles, si vous vous concentrez dessus, il est possible que vous y trouviez un message. Et c’est ce que je voulais. Je ne me vois pas comme une artiste qui réussirait en prêchant ouvertement la bonne parole; je serais mal dans ce rôle.

 

« J’ai appris qu’en réussissant, on deve­nait une cible majeure pour la controverse, pour tous ces gens qui vous poignardent… »

 

BN : Ah oui… De manière allusive, donc… Au second degré, en quelque sorte… Et vous ne croyez vraiment pas qu’actuellement c’est la direction quasi-systémati­quement empruntée par les artistes de dance afin d’acquérir une dimension que leur style musical ne leur apporte pas ?

P.A. : Vous savez, en ce qui me concerne, je ne crée pas de la musique dans le but de me faire aimer des médias. Parce que je suis une artis­te de pop-dance, je n’aurais proba­blement jamais la chance d’être res­pectée par les critiques comme le sont des gens comme Tracy Chapman ou Neil Young. Cela n’arrivera pas. Et je ne l’espère pas. J’interprète une musique qui corres­pond à mon coeur et dont j’espère qu’elle saura plaire aux gens… C’est très étrange : on m’observe toujours avec insistance à cause du style de musique que je défends et dont cer­tains disent qu’il n’est pas très sérieux par rapport à d’autres… C’est frustrant, mais c’est ainsi…

BN : On vous compare extrêmement souvent à Janet Jackson. Qui vient d’ailleurs de signer avec Virgin. Vous appartenez donc dorénavant à la même compagnie de disques. Qu’en pensez-vous ?

P.A. : Je pense en vérité qu’un équilibre va rapidement s’installer entre nous. Cela ne fera que renforcer l’idée selon laquelle nous ne serons jamais en compétition directe l’une contre l’autre à cause de nos emplois du temps et des plannings de sorties. Ce qui est génial… Mais le succès engendre la compétition et je pense que c’est sain.

BN Quel est votre regard sur le music-business, dont vous êtes l’une des plus précieuses valeurs du moment ?

P.A. :  La chose géniale, c’est qu’on vous donne la liberté artistique d’agir comme vous l’entendez, et c’est merveilleux… Mais bien entendu, il y a aussi un côté plus mauvais : comme dans tous les business, il y a ce qu’on appelle « les serpents ». Il faut donc être attentif, ne jamais rien prendre pour acquis; pour moi, ma carrière n’est pas un fait acquis… Je suis aussi très attentive aux gens que je laisse entrer dans ma vie…

BN : Et quand vous parlez de « ser­pents », vous pensez peut-être à Yvette Marine, cette choriste sur quelques titres de Forever Your Girl qui, trois semaines avant la sortie de Spellbound, lance une campagne de presse vous accusant de ne pas chanter sur certains mor­ceaux de votre premier album, dont le tube « Opposite Attracts ». Considérez-vous ce genre de mésa­venture diffamatoire comme appar­tenant à la réussite ?

P.A. : Absolument. Je pense que oui… J’ai appris qu’en réussissant, on deve­nait une cible majeure pour la controverse, pour tous ces gens qui vous poignardent… Et ce qui s’est passé ici est évidemment à mettre en corrélation avec mon succès par l’intermédiaire d’un procès contre la maison de disques Virgin. L’his­toire, c’est cette choriste qui, il y a trois ans, a chanté sur quelques titres et veut aujourd’hui plus de reconnaissance et certainement un contrat   avec   une   maison   de disques. C’est frustrant, mais la vie continue… La seule chose qui m’ait irritée et que je ne pouvais pas sup­porter, c’est que j’ai vraiment tra­vaillé dur sur l’album Forvever Your Girl, j’ai interprété toutes les voix sur toutes les chansons… Et apparemment, c’est quelqu’un qui veut du succès sur le dos de MON succès, et je ne peux supporter ça. En plus, à cause du scandale des Milli Vanilli, c’est une manière de dire que j’ai usurpé ma place. Je ne suis pas Milli Vanilli, je travaille très dur pour réussir, je travaille dur avec ma voix, et je n’allais pas lais­ser dire cela, laisser mes fans penser que je les avais trompés.

BN : Vous préparez actuellement une tournée qu’on annonce géantissime…

P.A. : Oui. Je vais lancer une tournée gigantesque, un énorme show visuellement extravagant, théâ­tral… De septembre à décembre, je serai aux Etats-Unis, et j’irai ensui­te quelques mois en Europe, à par­tir de la fin janvier.

BN : De pom-pom girl, vous êtes deve­nue une star internationale. On s’arrache vos services, votre second album est déjà classé au Billboard, tout roule quoi… N’avez-vous jamais l’impression de vivre un conte de fées ?

P.A. : Eh bien, si je vis un conte de fées, sachez que je m’y éclate vraiment et j’espère bien que ça ne s’arrêtera jamais…

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *