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jeudi, octobre 18, 2018
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Passi : Secteur rimes

Propos recueillis par Elia Hoimian

 

Passi n’est pas qu’un rappeur. Il fait partie de cette race d’auteurs inspirés qui fait tant défaut au rap français. C’est la principale raison de son succès.

 

A l’opposé d’Oxmo, Passi a un passé et un passif. Une même génération civique et pour­tant deux générations de  rappeurs, deux styles et deux univers, différents, qui se complètent à merveille.  Passi a commencé en 1991, le premier, lui, vient d’arriver. Si Oxmo se joue  des métaphores comme d’une guigne pour mieux fixer son regard vicieux sur son environnement, Passi, lui, a une vision microscopique du parcours parfois inévitable d’une bonne partie de sa  génération. En effet, avant Passi, personne n’avait décrit avec une telle acuité le chemin tortueux qui mène immanquablement dans le gouffre, puis la vie qui en découle.

Florilège.

« Années 90, entre fonce-dé, zetla et 16/Les histoires de pèze en dansant sur des braises/Beaucoup trop de foutaises, j’ai souvent vu le chiffre 13/Tout en évitant le Père Lachaise … // Certains ont pris la  « meumeu » comme thérapeute/D’autres galèrent aller-retour, derrière les barreaux se pieutent (c’est la merde)/J’ai commencé avec plein de tigres dans la meute/De jeunes prédateurs ayant le goût pour l’émeute …  » (« 79 à 97 »)

« Comme à Beyrouth, la déroute/Un meneur envoûte ses troupes/Ça s’attroupe, se shoote, se découpe en groupe/Il suffit d’un « Clic Boum », un clamse et tout part en couilles/Tragique embrouille/Une vie s’envole, au sol une mare et une douille » (« Le sang de la Vendetta »)

« Mon corps est enfermé, seule mon âme peut voguer/Barreaux, porte bloquée, ma vie est bloquée/Un œil dans l’œillet, j’entends le bruit des clés/Les jours se répètent/Et le maton te guette » (« Le maton me guette »).

Autant d’arguments qui ont contribué à le confirmer dans sa position d’auteur, et à boos­ter son premier album solo. Le succès de Passi, déjà en route pour le disque de platine (300 0000 albums), a surpris tout le monde, lui en premier. Et pourtant, il contient tous les ingrédients qui font depuis l’année dernière, le succès d’un album.

« On a fait appel à IAM, j’ai pris des samples reconnaissables de tous, les beats sont assez accessibles », avoue-t-il.

Et c’est vrai. Depuis L’école du micro d’argent, le nom d’IAM est une assurance de carrière pour un album. Mais voir là, la raison principale de la présence de Passi dans les charts est une vue assez simpliste. Car l’objet le plus important dans cet album, c’est la sincérité de l’artiste.

 

« Je suis allé démarcher les maisons de disques qui, ne m’ont pas toutes réservé un bon accueil. »

 

Un succès qui se justifie quand on connaît le bonhomme. Calme, impassible et réservé, Passi a le regard et la réflexion posés, le pro­pos assuré. Le grand tournant dans la carrière du rappeur qui a fait ses armes dans les sphères nébuleuses de l’underground, a justement été de faire table rase du passé, pour mieux exprimer ses sentiments.

« Sur cet album, je voulais juste exprimer ce que je ressentais au moment où je l’ai fait », confie-t-il. Pourtant, Passi a un passé sulfureux et un lourd passif. Son par­cours avec le Ministère A.M.E.R, à l’époque, la bête noire, et le mot est choisi, de bon nombre de gens, les tourneurs et les médias qui, aujourd’hui, ne jurent plus que par ce turbulent combo, y compris, n’a pas été de tout repos.

Passi a donc réussi à s’affranchir de son passé, et à régler son lourd passif d’auteur à scandales au sein du posse, pour revêtir la tunique du biographe et laisser sa plume courir sur un thème majeur : ses expériences personnelles. Ce qui peut paraître comme un déni d’engagement au regard justement de ses écrits précédents.

« Je suis en solo, mais je ne renie en rien, à l’exception de certaines maladresses de jeunesse, tout ce qui a façonné ma pensée. »

 

Que neni. « Tu sais, avec cet  album, je suis en solo, mais je ne renie en rien, à l’exception de certaines mal­adresses de jeunesse, tout ce qui a façonné ma pensée. On reviendra avec des textes plus engagés plus tard, peut-être avec le  Ministère A.M.E.R si tout va bien, parce que là je parle en mon nom propre et non au nom du  groupe. Mais je n’exclue rien du tout. » C’est dit avec calme, et une esquisse de sourire aux lèvres.

On peut sans aucun doute le croire. Son passé, est un gage assez sérieux, et le concept de Bisso Na Bisso, « Un groupe de rappeurs et chanteurs et chanteuses R&B congolais dont le but est d’inclure de la musique africaine dans le rap » parlent de lui-même.

Passi, Les tentations (V2 Music)­

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