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lundi, novembre 19, 2018
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Olu Dara : tel père, tel fils (1999)

Popos recueillis par Leonard Silva

 

Olu Dara, artiste aux multiples facettes est le père de Nas, rappeur de Brooklynn, en tête de file du collectif The Firm. Père et fils ont d’ailleurs récemment fait un duo sur « Bridging the Gap » du fils. A 57 ans, il sortait son premier album en tant que leader.

 

Olu  Dara, multi-instrumentiste, est aussi un artis­te pluridisciplinaire (scénariste, musicien, dan­seur… ). On ne saurait comprendre  sa  musique qui se nourrit de cet intérêt pluriel et d’une myria­de d’expériences,  sans  saisir sa  démarche culturelle et ses racines. Une  sorte  de « gumbo music », venue  d’Afrique passée par la New Orleans et le Delta du Mississippi, après s’être forgée une identité à la rencontre du « global mix » new-yorkais. Ce musicien d’exception, doublé d’un compositeur de talent, s’inscrit dans le courant d’une musique d’ouverture qui privilégie improvisation, simplicité, rigueur et esthétique. Olu Dara, l’homme au remarquable curriculum artistique est un pourfendeur  des genres et des « labels ».  « Pourquoi m’enfermerais-je dans un style de musique ou un format culturel  ? », demande-t-il.  Restreindre  son  art à la seule étiquette jazz, serait réducteur car contraire à l’identité du per­sonnage.  Olu revendique en effet ses racines culturelles –  cela  s’entend dans sa  musique – tout en les insérant dans un espace de liberté et de mouvement créatif.

 

« Les Africains-Américains se  sont éloignés du jazz car il a perdu ses racines blues, en devenant une musique d’élite, fortement influencée par la musique classique. Ce n’est pas un hasard si aux  Etats-Unis, on appelle le jazz « American classical music ». »

 

« L’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas enregistré en tant que soliste bien avant est justement du au fait que je ne voulais pas m’enfermer dans un système, une sorte de contrat-prison avec la musique et l’industrie du disque. Ceci est contraire à ma personnalité.  Je  n’ai jamais voulu envisager ma carrière de la même façon que la plupart des musiciens que j’ai rencontrés. D’ailleurs, à mes débuts à New-York, les  gens avec lesquels j’ai collaboré trouvaient ma démarche un peu  « exotique ». Pour eux, j’étais un peu un extraterrestre. Cela va  sans  dire que j’ai eu un certain mal à imposer ma façon de jouer. Car je voulais à  la fois préserver une cer­taine liberté en matière de  créativité tout en l’as­sociant à mes racines culturelles. Il y a à l’évi­dence entre le musicien du sud rural des Etats­-Unis et celui du nord,  industrialisé, deux univers d’expression. Bien que le dernier soit ouvert à d’autres influences, nous n’envisageons pas du tout de la même  façon la créativité artistique. Mon premier album reflète en quelque sorte ma manière d’être dans la  vie. »

S’exprimant à travers une large palette de formats rythmiques (blues,  bop,  afro-caraïbes, africain),  la  musique d’Olu Dara célèbre  indéniablement cette tradition de « Story telling » spécifique à l’Afrique, qui est restée vivante surtout dans les zones rurales du sud de  l’Amérique et dans les îles Caraïbes. « C’est cette musique qui sonne dans ma tête, et je n’y vois pas de contradiction entre rester proche  de mes racines et la modernité. Car l’apparente simplicité des morceaux de mon album est le fruit d’une recherche sophistiquée pour trouver les sons, les nuances et le « mood » (état d’esprit) de cette même culture qui puise ses racines en Afrique », précise-t-il.

A cet égard, il nous rappelle que ce n’est pas tant la musique qui l’intéresse, bien qu’elle soit son expression, mais la parole, car cette dernière lui permet d’aboutir à une forme directe de communication… Si je fais du théâtre, c’est parce qu’il rend accep­table une certaine  forme d’expression. Il en va de même pour ma musique. Je ne suis pas chanteur, mais les paroles mettent les gens en prise directe avec  ce que je souhaite communiquer, au contraire de la  musique et notamment le jazz d’aujourd’hui lui, ne se prête plus à ce genre d’exercice.  Les Africains-Américains s’en sont éloignés car il a perdu ses racines blues, en deve­nant une musique d’élite, fortement  influencée par la  musique classique, européenne. Ce n’est pas un hasard si aux  Etats-Unis, on appelle le jazz « American classical music ».

 

Olu  Dara, ln The World : From Natchez To New-York (Atlantic/WEA)

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