fbpx
jeudi, octobre 18, 2018
Accueil > A La Une > Oleta Adams : l’autre face de la soul

Oleta Adams : l’autre face de la soul

Propos recueillis par Leonard Silva

 

Elle a aujourd’hui douze albums à son actif (le dernier Third Set en 2017). Chanteuse, Claviériste et pianiste, Oleta Adams renouait ici, à l’instar de ses aînées Anita Baker, Roberta Flack, avec la tradition des grandes cantatrices gospel, sur fond de compositions jazzy. Nous l’avons rencontrée à l’occasion de son cinquième album. Voici l’histoire de Oleta Adams, l’autre face de la soul.

 

Au début des années 80, le Britannique Billy Ocean devenait l’un des premiers artistes de soul à caracoler au sommet des « pop-charts » américains. Depuis, d’autres parmi lesquels Janet Jackson (avec l’album Control), Patti Labelle (avec Winner In You), Whitney Houston (avec l’eponyme Whitney Houston) l’ont suivi. Ceci pour rappeler à ceux qui ont le sens de l’étiquet­te facile, qu’entrer dans lesdits « pop-charts » ne signifie nulle­ment devenir ou être un « pop-artist » en matière de créativité. Ne mélangeons pas les besoins « soap-opera » du « Marketing » avec l’expression artistique.

Il est vrai qu’Oleta Adams, avec Circle Of One, son premier opus, a pu goûter aux plaisirs des « pop-charts » à la fois aux Etats-Unis et en Europe. Toutefois, opposons une fin de non-recevoir aux artisans de la redondance pop. Miss Adams, vient de le confirmer, avec Evolution (son dernier album), en allant à ses racines. A la tradition vocale et musicale, qui puise son expression dans le gospel, le jazz et le rhythm’n’blues. Histoire d’enterrer le « spleen » et la « théorie des ténèbres » qui entouraient le monde du jazz, avant l’apport de la soul et du funk, au début des années 50.

Donny Hathaway (qui se donna la mort à New York, a la fin des années 70) fut une des figures essentielles de ce mouvement, en écrivant avec Roberta Flack un des chapitres les plus créatifs de l’a musique noire-américaine. Souvenez-vous de « Where Is Love » et « The Closer I Get To You? » ! Des classiques, qui traverseront la nuit des temps. Ce « pop-jazz » réactualisé à la sauce soul-funk-gospel est aujourd’hui le propre d’artistes tels que Anita Baker, Regina Belle, Diane Reeves, George Benson (sacrifié sur l’autel des traditionalistes pour outrage public au classic jazz), et bien sûr Oleta Adams, dont Evolution, la séquelle de Circle of One (1990 Fontana-Phonogram) a été concocté sous la direction de Stewart Levine, en d’autres temps gourou artistique des (jazz) Crusaders. Option jazzy, quelques prises en direct, sobriété instrumentale, sophistication en matière d’arrangements vocaux à la croisée du cristallin et de la puissance, profondeur soul-jazz, écriture maîtrisée, tech­nique de piano sui generis, un clin d’oeil au Vieux Continent avec l’hymne « La fenêtre de l’espoir », aux accents pop-rock et format gospelisant, (yes! what we need is a « Window Of Hope »-shining the light on every problem) accès de romantisme fébrile (ou comment sauver le couple et la famille). Telle est l’Evolution de cette fille de pasteur baptiste, née a Yakima, dans l’Etat de Washington, aux allures d’étudiante en seconde année, sortie tout droit de la très respectée Howard University of Washington, qui, a 12 ans, dirigeait déjà quatre chœurs dans les églises. Malgré l’apprentissage du classique, elle a finalement opté pour une carrière pop.

Nous l’avons rencontree dans un hotel parisien, afin de scruter pour vous l’etat d’esprit derriere Evolution.

« Evolution est le reflet de ce que je suis réellement. Je voulais faire un album plus romantique. J’y joue du piano, j’ai écrit la plupart des morceaux et je chante. Par conséquent, j’ai une grande responsabilité en ce qui concerne le choix musical de l’album. Je pense qu’il y a une plus grande personnification„sur le plan musical en matière d’arrangements et de la recherche d’un son plus sophistiqué… sans toutefois se laissez aller à une sorte de surproduction. C’était cela mon but initial », commente-t-elle.

Black News : A l’écoute de l’album, on a, par moment, l’impression de pénétrer l’univers de chanteuses de la aliquante d’Anita Baker. A quel point avez-vous été influencée par ces divas de ce que l’on appelle aujourd’hui le « pop-jazz » ?

Oleta Adams : Avant tout, je remercie des gens comme Anita Baker, Mariah Carey, Al Jarreau, Luther Vandross, qui, pour avoir vendu des millions de disques ont ouvert les portes à d’autres chanteurs sérieux et de talents.

 

 » Aux Etat-unis, on vous oblige à faire un passage par le public noir avant d’être promu à une plus grande échelle (…) Nous avons Whitney Houston qui tente laborieusement de regagner un public noir qu’elle a perdu. Elle a été reconnue par un vaste public mais elle a perdu le contrôle de sa musique qu’elle a voulu récupérer avec son dernier album »

 

BN : Et vous-même ! Etes-vous une chanteuse sérieuse ?

O.A. : (Silence, puis rires) Oh, oui, je pense ! (pause) Pour revenir à votre question, j’ai été inspirée musicalement par Aretha Franklin, Donny Hathaway et Roberta Flack. C’est le genre de musique que je fais depuis toujours. D’ailleurs, je fais certaines reprises comme « New York State Of Mind » ou « Don’t Let Me Be Lonely Tonight » depuis quelques années. Et le fait de pouvoir les enregistrer me comble. Je sais qu’une telle option est risquée, car il n’y a pas beaucoup de monde qui le fait à l’heure actuelle… Mais le fait que ma musique soit différente de ce qui est en vogue est aussi risqué. Et alors ? Si je faisais la même musique que les autres, je ne serais probablement pas là aujourd’hui.

BN : Vous avez récemment souligné que le fait d’avoir rencontré le groupe britannique Tears For Fears vous a ouvert les portes en Europe, dont vous dites que le public semble apprécier davantage votre genre de musique car la scène pop y est plus ouverte. Est-ce que la catégorisation de la musique populaire continue d’être forte aux Etats-Unis, ainsi que l’affirment des artistes tels Lenny Kravitz ?

O.A. : C’est vrai qu’aux USA, il y a toute une multitude de charts. Mon album Circle Of One, par exemple, s’est classé dans cinq charts différents… J’apprécie cela, car cela signifie que je suis crossover (artiste qui touche à la fois les publics pop et soul. Ndlr). On vend beaucoup plus de disques lorsqu’on fait le crossover que si on entre dans un classement spécifique : jazz, R&B ou encore N.AC Charts. je préfère être dans plusieurs charts, car je n’aime pas être rangée dans une catégorie.

BN : Néanmoins, tout cela n’empêche pas que la grande majorité des majors continuent d’orienter la promotion de leurs artistes noirs vers un public essentiellement blanc. Le cas de Whitney Houston est le plus flagrant…

O.A. : Ça ne marche pas tout à fait de cette manière. En fait, lorsqu’il s’agit d’un artiste noir, les maisons de disques, aux Etats-Unis, essaient d’abord de le placer dans les charts R&B et sur les stations de radios noires. Autrement dit, on essaie en premier lieu de vendre l’artiste à un public noir. On vous dit en quelque sorte d’être reconnu d’abord au sein de votre public, celui qui a la même couleur que vous. Revenant d’Angleterre, cela a été un grand choc pour moi car là-bas, les radios passaient ma musique sans se poser des questions sur ma couleur de peau. Mais aux Etat-unis, on vous oblige à faire un passage par le public noir avant d’être promu à une plus grande échelle, sinon vous risquez d’avoir des problèmes par la suite. Dans ce dernier précis, nous avons Whitney Houston qui tente laborieusement de regagner un public noir qu’elle a perdu. Elle a été reconnue par un vaste public mais elle a perdu le contrôle de sa musique qu’elle a voulu récupérer avec son dernier album : je ne parle pas de la bande originale de Body Guard. Quoi qu’il en soit, toutes ces histoires de Noir, Blanc, Jaune, etc ne devraient pas exister. La musique devrait passer sur les radios à partir du moment qu’elle est bonne, et permettre ainsi au public d’acheter les disques librement, en connaissance de cause. Lorsque j’écris un morceau, je parle d’amour, de la vie, je ne pense pas à l’amour d’un Noir ou à la vie d’un Blanc. je pense à l’amour et à la vie tout simplement.

BN : Vous chantez l’amour, mais aux Etats-Unis, la vie n’est pas faite que d’amour, spécialement pour la population africaine-américaine…

O.A. : C’est vrai ! Mais, je ne suis pas une politicienne, je suis une artiste, je fais de la musique. Si j’arrive à informer ou à éclairer les gens sur leurs problèmes, tant mieux ; ce sera une fonction supplémentaire. Mais en aucun cas, je n’agresserai les gens avec des idées politiques, ce n’est pas mon but. je suis avant tout une artiste. Il y a eu dans le passé des gens qui l’ont fait, mais ce n’est pas mon idéal. cela dit, je chante des morceaux comme par exemple « Evolution » qui interpelle tout le monde, indépendamment de leur race ou couleur : les paroles disent notamment « Nous pouvons traverser la planète/Conduire des kilomètres sur un solide granit/….mais nous ne pouvons pas vivre ensemble… » cette chanson parle d’évolution en tant qu’état d’esprit. malgré tout le progrès et le confort technologique, notre société continue d’être inhumaine.

 

Oleta Adams, Evolution.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *