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samedi, septembre 22, 2018
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New Edition : Boys Band avant l’heure

Propos recueillis par Leonard Silva

 

Obsédé par la « success Story » des Jackcson 5 dans les 70’s, Maurice Starr décide en 1983 de faire enregistrer « Candy Girl » aux adolescents Ralph, Ronnie, Bobby et Mike, qu’il a repérés dans des shows locaux. C’est un tube, et le début de l’aventure New Edition…

 

Le succès fulgurant du single nous rappelle étrangement celui de « I Want You back » qui a propulsé en 1970 les Jackson à la tête des charts mondiaux, grâce notamment à la terrible efficacité de The Corporation, le groupe de réflexion du service marketing de la Tamla Motown. Dans la même veine, New Edition a servi de laboratoire pour expérimenter la formule New Kids On The Block – qui a également fait le bonheur des charts -, par le même Maurice Starr, éminent producteur et dénicheur de talents.

 

Pour revenir à New Edition, d’autres hits, dans la veine de ‘’Candy Girl’’ tels « Popcorn Love » et « Is This The End » ont contribué à imposer le groupe. Puis changement de label. Les New Edition quittent l’indépendant Streetwise Record pour MCA en 1984 et enchaînent les tubes : « Cool It Know », « Mr Telephone Man » (1984), « Lost In Love », ‘ »Count Me Out » (1985), « A Little Bit Love » (1986) et « With You All The Way ».

En 1986, Bobby Brown opte pour une carrière solo dont « Girlfriend » (1986) deviendra le premier succès. Mais Bobby n’atteindra le statut de star qu’avec la sortie de l’album Don’t Be Cruel avec lequel il se taille une réputation de showman sulfureux et d’enfant terrible du new jack swing. Mais le départ de Bobby n’achève pour autant pas NE. Il est remplacé par Johnny Gill, un jeune chanteur de soul originaire de Washington DC, doté d’une carrière solo déjà couronnée par quelques hits. La nouvelle mouture des NE enregistre sur MCA l’opus Heartbreak (1988) qui réunit derrière la console les producteurs Jimmy Jam et Terry Lewis. De cette collaboration naîtront trois hits (« If It Isn’t Love », « You’re Not My Kind O’ Girl » et « Can You Stand The Rain ») qui sonneront malheureusement la fin du groupe.

 

« Il était plus qu’évident pour nous. Déjà à la fin de notre dernière tournée en 1986, que nous enregistrons à nouveau ensemble. L’esprit New Edition était bien ancré en chacun de nous. Nous ne savions pas quand cela se passerait exactement, mais nous avions la certitude qu’un moment ou l’autre cela prendrait forme… »

 

Ricky Bell, Michael Bivins et Ronald DeVoe forment le trio Bell Biv DeVoe et s’illustrent avec des titres tels « Do Me », « B.B.D » et « When Will I See You Smile ». Dans le même temps Michael crée son propre label, Biv 10, et découvre Boyz II Men. Johnny Gill reprend sa carrière solo avec une signature chez Motown, et jamme avec Sabba Ranks sur « Slow And Sexy ». Ralph Tresvant sort également un album et produit le tube « Sensibility » ; quand à Bobby, il ajoute à sa carrière des prestations cinématographiques dont celle dans Panther Pump Ya Fist (le film sur les Black Panthers) » de Mario Van Peebles (New Jack City et Posse, la revanche de Jessie Lee).

Home Again, sorti en septembre dernier, reflète la maturité et l’honnêteté artistique, à l’opposé des come-back auxquels nous ont habitués certains dinosaures. Si Home Again, multiplatine aux Etats-Unis, avait évité certains clichés en vogue dans la musique africaine-américaine actuelle, NE aurait survolé la « Million Soul March » des années 90, caractérisée par une création uniforme. Ceci n’enlève pourtant rien à la magie des voix, des beats (certains très compacts) et des mélodies de cet album qui flirte avec le rhythm & blues, le hip-hop, le gospel et le swing beat. A la production, Jam & Lewis, Jermaine Dupri, Sean ‘’Puffy’’ combs , et Chuky Thompson, Gerald Levert et Edwin Nicholas, Silky et Dinky Bingham.

« C’est en 1994 que notre projet d’enregistrer un nouvel album s’est précisé, malgré les obligations de nos carrières solo. Après avoir eu la possibilité de nous développer individuellement, nous avons senti le besoin de nous réunir pour créer un nouvel ensemble », explique Johnny Gill, accompagné de Michael Bivins et Ronnie DeVoe, assis autour d’une table d’un luxueux hôtel parisien. Ralph Tresvant, Ricky Bell et Bobby Brown s’étaient retirés dans une autre salle, pour une interview. Mais C’est en fait depuis fin1988 que le projet de Home Again des Wonder boys de Roxbury District (Boston) a germé dans leur esprit.

Classer Home Again parmi les meilleurs albums R&B de cette année n’est que justice pour marquer cette re-formation passée presqu’inaperçue ici. Et cela valait bien une mise au point sur les motivations qui ont poussé les ex-ados de Roxbury et Washington DC à revenir. Car cela va sans dire qu’un projet de cette importance a son lot de pression et tensions, au regard des fortes personnalités qui composent ce groupe.

Ronnie : La pression ? Non, non ! En réalité, nous étions très heureux de nous retrouver. N’oublie pas que chacun de nous a derrière lui quatorze ans de carrière. Il est évident que cette dernière a été marquée par des hauts et des bas, que nos albums, nos options ont connu des fortunes diverses, mais cela fait partie du jeu. Aujourd’hui, nous nous sentons plutôt comme des professionnels de la musique à plein temps. Pour être franc, Home Again a été un prétexte pour nous retrouver. Nous voulions nous amuser en créant quelque chose ensemble.

Black News : Mais au-delà du « fun », il y avait certainement une méthode de travail, pour la cohérence de l’album…

Michael : (souriant) Je m’y attendais, Guy ! Nos vies, nos parcours respectifs ont forgé une maturité acquise tout au long de ces années, tant sur le plan musical que de notre environnement. Aujourd’hui, on se connaît beaucoup mieux et notre travail de groupe s’en ressent. Chacun connaît ses possibilités et ses limites. Autrement dit, ce que vous entendez est le résultat de nos évolutions individuelles. Pour y aboutir, nous avons dû, naturellement, nous écouter et faire des compromis. C’est cela la maturité …

Johnny : …d’autre part, il y a tout le côté émotionnel, car c’est avec NE que tout s’est déclenché. C’est là que chacun a fait son apprentissage et développé son sens artistique.

Aujourd’hui, NE, ce sont les retrouvailles d’une famille dans laquelle chaque membre apporte son savoir-faire.

BN : Les rapports au sein du groupe ont donc évolué…

Ronnie : Absolument ! Nous avons tous mûri. A nos débuts, nous ne comprenions pas beaucoup de choses, notamment en ce qui concerne l’espace de liberté personnelle. Nous avons grandi ensemble et comme n’importe qu’elle autre famille, il y a eu des hauts et des bas. Mais aujourd’hui, la maturité de chacun permet un plus grand respect mutuel.

 

« Lorsqu’on vient de famille à problèmes, on a besoin d’entendre parler d’amour. Cela soulage et aide à faire face aux déchirements personnels… »

 

BN : Sur le plan strictement musical, qu’est ce qui a changé ?

Michael : C’est vrai que nos évolutions respectives nous poussent à avoir une autre approche, à la fois sur la musique et les textes. Nous sommes pour la plupart dans la vingtaine, voire la trentaine ; nos préoccupations ont donc forcément changé. Aujourd’hui, on connaît mieux la complexité des rapports humains, les situations de joie, le poids des déceptions. Et notre musique en est le reflet. Ce sont toutes ces questions que nous traitons, à partir d’expérience personnelles. C’est une démarche plus naturelle, contrairement au passé, où nous chantions ce qu’on nous proposait. Il fallait se mettre au diapason de la société actuelle. Les gens ont aujourd’hui besoin de références, de parler d’amour, de relations humaines, de sentir qu’on dialogue avec eux.

BN : Vous parler d’amour et du besoin de communiquer, mais ce n’est pas ce qu’on ressent aux USA …

Michael : Tu as raison, mais tu dois comprendre que lorsqu’on vient de famille à problèmes, on a besoin d’entendre parler d’amour. Cela soulage et aide à faire face aux déchirements personnels…

BN : Avez-vous une marge de manœuvre suffisante dans le showbiz, contrairement à vos aînés ?

Ronnie : Parler de perfection dans nos rapports avec le showbiz serait mentir. Mais grâce à des figures comme James Brown, The Temptations et beaucoup d’autres, notre situation s’est améliorée. Même s’il reste encore un long chemin à parcourir. Nous avons beaucoup appris de nos aînés, surtout à ne pas commettre les mêmes erreurs… mais tu sais qu’il y a beaucoup d’argent en jeu et on est loin de profiter d’une répartition équitable. Disons que maintenant, nous sommes mieux traités, mais que par ailleurs, il y a le fait que des maisons comme par exemple Motown à ses débuts, n’existent plus. A la Tamla, les artistes avaient la possibilité de se développer, de parfaire leur art, sur les plans scéniques et des enregistrements. Aujourd’hui, les majors veulent tout de suite le hit qui génère les millions de dollars. La longévité des artistes est reléguée au second plan.

 

« Souvent, les majors signent un artiste sans savoir ce qu’elles vont en faire, voire sans y croire. (…) Pour elles, il s’agit surtout de vendre des disques. C’est de là que vient le choc de mentalités qui se traduit par un dialogue de sourds entre elles et les artistes. »

 

BN : Justement, ne pensez-vous pas que cette absence de projet à long terme est entrain de miner la création au sein de la musique noire ?

Johnny : Sans aucun doute ! Ce qui se passe, c’est qu’aujourd’hui, tout le monde vit au présent sans penser au futur. Mais une grande partie des responsabilités incombe aux majors qui souvent, signent un artiste sans savoir ce qu’elles vont en faire, voire sans y croire. Car la plupart des jeunes artistes possèdent un talent naturel qui nécessite encore beaucoup de travail. Malheureusement, les majors s’affranchissent de leurs responsabilités ; pour elles, il s’agit surtout de vendre des disques. C’est de là que vient le choc de mentalités qui se traduit par un dialogue de sourds entre elles et les artistes.

New Edition, Home Again (MCA)

 

 

 

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