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mercredi, décembre 12, 2018
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Maryam Mursal : Leçon de survie (1998)

Par Léonard Silva

Maryam Mursal est une miraculée ! Après avoir survécu à la guerre civile en Somalie, et traversé les camps de réfugiés, elle embrasse une carrière et commence une nouvelle vie…

 

Sa musique véhicule l’énergie, la conviction et l’espoir contagieux de ces rescapés des guerres ethniques et civiles auxquelles nous a habitués notre planète trouble. Maryam Mursal, femme robuste et généreuse, nous accueille chaleureu­sement  dans le salon d’un hôtel   parisien, quelque heures avant d’aller prêter sa voix à la célébration du vingt cinquième   anniversaire du Guide du Routard.
La chanteuse et son art sont indissociables de ce puzzle déchirant qui a caractérisé la Corne de l’Afrique au cours de ces dernières années.

« Bien sûr, « The Journey », raconte des événements qui se sont passés dans ma vie », commence Maryam. « Ma musique puisent ses racines dans les danses traditionnelles de la région frontalière entre la Somalie et l’Ethiopie. D’ailleurs, ce sont les mêmes danses qu’on trouve en Ethiopie. Je ne fais que les adapter en musique et paroles. Le barambu vient de la région de Moduq, on l’écoute surtout dans les mariages. Sinon, j’y ai aussi introduit d’autres tra­ditions du sud de la Somalie qui sont un prolonge­ ment de celles de l’Afrique centrale. Mon souci a toujours été de faire une synthèse de plusieurs tra­ditions somaliennes, de façon à faire une musique qui puisse refléter les différents versants de la cul­ ture de mon pays. li y a bien sûr des influences arabes, parce que historiquement la Somalie fut un important point de passage pour le commerce arabe et aussi parce qu’elle se trouve dans une zone géographique de prédominance arabe. »

 

« Si je chante encore aujourd’hui, c’est pour que demain, tous les jeunes Somaliens qui se trouvent partout dans le monde, puissent découvrir la culture de leur pays et cultiver la tolérance entre eux… »

 

Au delà de ses racines culturelles, la chanteuse traduit dans ses chansons puissantes, le blues de son exil, et le choc culturel brutal qui en a découlé. « En arrivant au Danemark, je me suis sentie seule, dépossédée, dépendante de l’aide pour survivre, dans un environnement très différent de celui auquel j’étais habituée. J’avais laissé tout derrière moi : mon travail, mon public, mes amis, ma maison. Mes enfants une fois couchés, la seule fenêtre que j’avais vers le monde extérieur était la télévision…  Et puis la neige renforçait en moi cette sensation d’abandon. »

Celle  qui  a donné   ses  premiers   concerts  européens pendant l’été 1997, dans le cadre du Womad de Reading, n’a nullement envie de recourir à sa musique en tant qu’arme politique pour aider à réconcilier son pays désintégré entre le  Somaliland  (ancienne  colonie  britannique)  et la  Somalia  (celle  colonisée  par  l’Italie).   »Je  n’ai jamais  voulu  me  substituer  aux  politiques,  car  je pense  que  mon  combat  doit  être  mené  dans  le champs  artistique.  Mais  il  y  a  néanmoins  des choses  que  je  ne  peux  ignorer  comme  l’injustice et  la  souffrance  dans  mon  pays ».  Elle  s’était d’ailleurs  déjà  illustrée  au  moment  de  la  dictatu­ re  de  Siad  Barré,  en  écrivant  la  chanson « Ulimada »  (Les  Professeurs),  une  féroce  critique du  régime.  Son  hardiesse  lui  a valu  deux  ans  de bannissement  pendant  lesquels,  Maryam,  pour gagner  sa  vie,  est  devenue  taxiwoman  à Mogadiscio. Redécouverte  pendant  qu’elle  chantait  dans  un camp  de  réfugiés  au  Danemark  par  le  musicien­ producteur  local  Sren  Kjaer  Jensen,  la  chanteuse croit  à  sa  musique  en  tant  que  force  unificatrice des  futures  générations.

« Si  je  chante  encore aujourd’hui,  précise-t-elle,  c’est pour que demain, tous  les  jeunes  Somaliens  qui  se  trouvent partout dans  Je  monde,  puissent  découvrir  la  culture  de leur  pays  et  cultiver  la  tolérance  entre  eux.  Pour que  le  tribalisme  et  d’autres  formes  de  racisme qui  déchirent  à l’heure  actuelle  le  pays,  ne soient plus  qu’un  mauvais  rêve.  En  tant  qu’artiste,  au delà  de  mon  besoin  de  survivre,  ce  sera  mon combat  prioritaire. » 

Objectif  qu’elle  compte atteindre  en  utilisant  sa  popularité  parmi  les siens,  et  son  expérience  de  la  vie,  pour  que  son pays  retrouve  la  paix  dans  la  dignité  et  l’amour.


Maryam  Mursal,  The  Journey  (Realworld). / Waaberi, New Dawn (Realworld)
Deux albums, deux facettes de la musique somalienne, qui marquent les différentes étapes de Maryam Mursal. En effet, elle a officié en tant que chanteuse sur New Dawn, l’album de son groupe dont elle s’est émancipée pour réaliser, en solo, The Journey. Le premier est un foisonnement de chants restitués avec conviction d’une voix limpide soutenue par des flûtes traversières, des perçus minimalistes, comme si le temps n’avait pas eu de prise sur cette musique encore inconnue ici. The Journey retrace une évolution dans le style. Maryam y a introduit, avec parcimonie, l’électricité du funk, préservant ainsi la richesse des rythmes somaliens. EH

 


Biographie
Maryam  Mursal  commence  sa  carrière  en  1966.  La  chanteuse  la plus populaire  de  son  pays  écrit  « Ulimada »  (Les  Professeurs),   une  féroce  du  régime  de  Muhammad  Siad  Barré,  qui  lui  vaut  deux  ans  de bannissement  pendant  lesquels  pour  gagner  sa  vie  Maryam  devient taxiwoman  à Mogadiscio.
Victime de  la  guerre  civile  qui  a  succédé  à la  chute  du  dictateur Barré  en  Somalie  en  1991. Maryam Mursal  s’exile  au  Danemark  où elle sera  découverte,  dans un  camp  de  réfugiés.  Certains  de  ses  amis sont morts dans cette guerre sanglante ; d’autres furent obligés de trouver un port de salut, quelque part dans le monde, là où on voulait bien les accueillir.
Ainsi, quelques uns des membres de Waaberi (le groupe avec lequel elle a fait carrière dans son pays) se retrouvent aujourd’hui dispersés entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Ces derniers ont enregistré « New Dawn » (Real World), premier opus qui a révélé Maryam en Occident. LS

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