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jeudi, novembre 22, 2018
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Mary J. Blige : Queen of Hip Hop soul

Par Antoine « Wave » Garnier

 

Avec treize albums aujourd’hui à son actif, Mary J. Blige demeure toujours la « Queen Of Hip-Hop/Soul », une couronne obtenue depuis son premier album en 1992. Nous l’avions rencontré lors du second, chapeautée par Andre Harell, le boss de Uptown.

 

Tout second album constitue invariablement une étape déterminante dans l’orientation de la carrière d’un artiste… Et plus encore, quand celui-çi a eu des débuts remarqués, comme cela a été le cas de Mary J Blige avec What’s The 411? en 1992. Un 30 cm dont les deux extraits majeurs, «You Remind Me» et «Real Love» ont incontestablement contribué à la réhabilitation du R&B auprès des jeunes Américains…

Les années 90 ont définitivement sonné le glas des divas endimanchées dans leurs robes de strass et de paillettes, et ce n’est pas la multitude de remixes et best of en tous genres des Diana Ross et Donna Summer qui y changera quoi que ce soit. La mode s’est transportée dans la rue, et ses héros portent des Timberlands, jeans et autres casquettes de baseball de rigueur, relisant la soul d’hier pour la mêler aux rythmes d’aujourd’hui, à travers une approche qui n’est pas sans rappeler le concept originel du rap. Tant et si bien que Mary J Blige se voit officiellement « estampillée » — par sa maison de disques en tête — sous les traits de la «Queen of hip-hop/soul». Prête à prendre le relais d’une certaine Aretha Franklin que d’aucuns considèrent comme la reine de la soul…

«Je crois que nous sommes dans une toute autre dimension de musique… et de génération», enta­me-telle, accompagnée de son mentor/directeur de label, Andre Harrell, le patron d’Uptown Records. «C’est à priori une question d’héritage, du fait de mon appartenance à la génération hip-hop. Le parfum hip-hop caractérise ce type de morceaux que l’on veut écouter dans les clubs, et que les rappeurs n’ont pas de problème à assimiler. Je délivre mes textes à la manière des rappeurs ; ce qui n’est pas nécessairement évident. »

«The queen of hip-hop/soul», une appellation qui ramène invariablement au concept de la diva, «archétype de la femme flamboyante, mais aussi parfois plus dramatique» , selon les dires de Harrell, lequel poursuit : «La génération hip-hop dans son ensemble est davantage du style « je me présente comme je suis ». Attitude qui sous-tend le fait d’être vraiment en phase avec la réalité. Il lui est donc facile de s’imposer telle une diva de hip-hop/soul aux yeux de ses fans, car son comportement, ses attitudes et ses actions répondent aux attentes de la génération hip-hop, par opposition à des personnages tels Diana Ross, vis-à-vis de qui l’appellation de diva revêt un caractère beaucoup plus classique,»

La sortie, en 1992 de What’s the 411? devait d’ailleurs préfigurer ce concept actuel d’un R&B revitalisé par l’apport du hip-hop… «Le hip hop te présente tel que tu es», poursuit le boss d’Uptown. «Tu pars tel que tu sors du lit. Le R&B est « polishé ». Tu te maquilles, tu te fais les ongles, tu portes des vêtements chics. Mary mêle les deux. Elle porte des casquettes de baseball et des Timberlands en même temps que des vestes de coupe française. En fait, elle fournit sa propre analyse du R&B en mélangeant « high fashion » et culture hip-hop. Quant aux similarités existant entre ces deux genres musicaux, le fait d’être à la mode en ayant une attitude (au sens anglais du terme) ne présente plus d’incompatibilité aujourd’hui.»

 

« Quand j’étais gamine, je voyais ces femmes aujourd’hui âgées qui s’apprêtaient, et je voulais leur ressembler. Mon voeu est aujourd’hui exaucé, et je ne voudrais rien faire qui puisse inci­ter une jeune fille à emprunter la mauvaise voie.»

 

«J’ai été cette fois impliquée dans l’écriture des textes et le concept de ce nouvel album», reprend Mary. «Ce qui n’était pas le cas sur le précédent. Plusieurs des morceaux qui le composent sont tirés de ma propre expérience. Pour l’image, nous n’avons pas vraiment changé d’idée. C’est toujours le même esprit ; on a simplement essayé de rendre la perception des choses plus facile. Le fait que les jeunes filles du ghet­to de Harlem soient habillées de la sorte n’a pas que du négatif. Tout le monde essaie de plaire avec ses propres moyens. La coiffure, les ongles, les fringues… Et les mecs qui tournent dans leurs voitures. Tout le monde y trouve son compte. Voilà l’origine de l’image. Elle n’a d’ailleurs pas changé. C’est sa forme d’expression qui a évolué. Toutes les femmes devraient être capables de se dire qu’elles peuvent avoir la même chose que moi. Quand j’étais gamine, je voyais ces femmes aujourd’hui âgées qui s’apprêtaient, et je voulais leur ressembler. Mon voeu est aujourd’hui exaucé, et je ne voudrais rien faire qui puisse inci­ter une jeune fille à emprunter la mauvaise voie.»

Une réflexion qui nous amène à ces nouveaux thèmes abordés par les femmes des années 90, leur mode d’expression (plus direct) et leur possibilité d’acceptation par leur public. «Cette évolution ne marque pas un changement radical ; c’est simplement le fruit d’une maturité.» poursuit Harrell. «Mary est en train de dire que l’art imite la vie, et la vie de Mary fait partie de l’art qu’elle exprime. C’est une jeune femme des années 90 et les sujets qu’elle aborde reflètent les préoccupations d’une majorité de ses contemporains, quels que soient leur âge, cou­leur et condition. Pour autant, je ne crois pas que les sujets qu’elle trai­te vont être discutés outre mesure dans les foyers.»

 

«…C’est d’ailleurs la réflexion que l’on pouvait se faire à une autre époque à propos d’Aretha Franklin, à tra­vers sa quête de « Respect »… Même chose de Chaka Khan avec « Sweet Thang »… Seul le mode d’expression a changé. La vie en soi n’est pas très compliquée. Les réponses sont juste là. Les gens ont aujourd’hui besoin de cette réalité. »

 

Acteur, musicien, metteur en scene… Le danger est grand de voir l’exposition d’un personnage en vue démesurée auprès d’une généra­tion en quête perpétuelle de modèles… «Prends « Be Happy », le premier single», continue-t’il. «Il exprime un sentiment très simple et universel. Mary ne fait que déclarer sa quête de bonheur. C’est le désir de toute femme. Je ne pense pas que la réalité puisse être une mode. On peut la masquer, mais elle reste ce qu’elle est : c’est à dire tangible et incontournable… Et ce qu’elle voit est partagé par beaucoup de femmes… Je crois que c’est la première fois qu’une jeune femme dis­pose d’une telle plate-forme pour s’exprimer. Ce qu’elle dit n’est pas nécessairement nouveau. Les femmes aspirent au bonheur depuis l’aube des temps.» Mary reprend «C’est d’ailleurs la réflexion que l’on pouvait se faire à une autre époque à propos d’Aretha Franklin, à tra­vers sa quête de « Respect »… Même chose de Chaka Khan avec « Sweet Thang »… Seul le mode d’expression a changé. La vie en soi n’est pas très compliquée. Les réponses sont juste là. Les gens ont aujourd’hui besoin de cette réalité. »

Mary J Blige My Life LP (Uptown/MCA)

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