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Marrée noire à Cannes ! (1991)

L’édition 91 du Festival International du Film de Cannes a été marquée par une très forte présence du cinéma noir. Au-delà du pal­marès, Africains, Britanniques et Nord-Américains ont démontré qu’il fallait désormais, dans le paysage cinématographique mondial, compo­ser avec leurs images.

La « French Riviera » venait à peine de se remettre d’une peur bleue, due au naufrage d’un pétrolier non loin des côtes italiennes, que déjà une nouvelle marée noire pointait ses nappes. Mais, les amis (es) de la nature et autres écologistes (toujours aussi verts de peur) purent rapide­ment se rassurer. Le phénomène était de toute autre nature.

Pour la première fois, chose donc notable, huit longs métrages réalisés par des cinéastes noirs concouraient dans les différentes sélections du fes­tival : quatre films africains, un film Black anglais et trois films de Noirs-Américains dont deux en compéti­tion officielle.

La marée noire filmique, en fine pel­licule, répandait ses images sur les « screens » immaculés du Palais-bun­ker. Sur une croisette chauffée à blanc par un soleil de plomb, bou­bous, baskets fluos, casquettes de base-bail, prévoyaient les rythmes et la couleur sur fond sonore rap. Le festival 91, 44ème du nom était black et noir à la fois.

Dans le détail, Laafi et Laada respectivement des Burkinabés S. Pierre Yaméogo et Drissa Touré, « a Doma du Malien Adama Drabo et Sango Malo du Camerounais B.B. Bakobhio, représentaient fièrement le continent africain. Young Soul Rebel » d’Isaac Julien portait les cou­leurs de la couronne britannique. God save the Queen ! Les Etats-Unis avaient sorti l’ artillerie lourde avec Bill Duke « A Rage Of Harlem« , Spike Lee « Jungle Fever » et le tout jeune John Singleton (23 ans), réalisa­teur de Boyz In The Wood.

Tous se prenaient pour des « huiles » et piaffaient dans leurs « starting-blocks ». Deux conceptions de l’image vues par des réalisateurs noirs et par conséquent deux vitesses : une francophone et une anglo-saxonne. Sans grande com­mune mesure et sans bien sûr les mêmes moyens, chacun a essayé d’avoir le sucre et l’argent du sucre de Cannes. Le cinéma noir africain (au passage, bonjour aux Antillais…), sous le patronage rap­proché de la coopération française, a montré ses ambitions mais égale­ment ses limites face à l’œil averti et hautement sélectif occidental. Les écrans restent accessibles mais beaucoup d’autres éléments majeurs font encore obstacles. Le mur de Berlin du paysage audiovi­suel occidental n’est pas prêt de tomber. Mais la pellicule est enta­mée et on aurait tort de ne pas y croire. Reste à brandir la caméra au poing.

Le cinéma indépendant noir-améri­cain « sponsorisé » par une pléiade de grosses pointures et de chaus­sures cloutées telles que Eddy Murphy, Quincy Jones, Stevie Wonder a frappé fort avec son esprit de gagneur, sa parfaite maî­trise de l’image et de … l’image de marque.

1. Antony Quinn, Spike Lee et Stevie Wonder, en confé­rence de presse. 2. B.B. Kobhio, D. Touré et A. Drabo (cinéastes camerou­nais, burkinabé, malien). 3. George Chase Beaulieu (Ecrivain américaine). 4. Idrissa Ouedraogo (Tilaï, lauréat 90). 5. Spike Lee drôlement pensif. 6. Robin Givens. 7. Euzhan Palcy (Une saison Blanche et Sèche, Rue Case-Nègre). 8. Gregory Hines. 9. Forest Whitaker (Bird). 10. Bill Duke. 11 Marna Keïta (réali­sateur de Ragassi). 12. Stevie Wonder. 13. Woopi Goldberg (Grammy Award 91 du meilleur second rôledans « Ghost ». 14. Spike Lee de dos. 15. Lee Roy (Famé). 16 Quincy Jones. 17. Wesley Snipes (Jungle Fever). 18. John Singleton. 19. Véronica Webb. 20. Firmine Richard (Romuald et Juliette)

Spike Lee en chef de fïl confirmé (déjà 3 participations au Festival) a assuré le contrôle de cette marée noire. Son cinquième film, Jungle Fever, est un modèle de justesse. Le cinéma prend là des airs de vérités sous des traits au concept « Spike Lee Joint ». Spike lie l’art à ses convictions en ameutant à l’avance tout le monde autour de son prochain film : Malcom X. Dès septembre, silence… On tourne. En s’entourant de Robin Givens (ex-Madame Mike Tyson), de Danny Glover et de Forest Whitaker.

Bill Duke, l’autre réalisateur en compétition, a dirigé l’un des films les plus réussis et les plus drôles de la sélection 91. « A Rage Of Harlem » vaut une dernière séance et même deux. Né en 1968, John Singleton, le dernier de ce noir-désir d’exister sur les écrans, est un virtuose. « Boyz In The Wood« , son film qui donne une note rap – via Ice Cube – aux salles obscures montre au grand jour le potentiel du cinéma indépendant aux USA.

Le palmarès a été rendu public et il est comme d’habitude en passe d’être oublié. Mais on notera que le prix du meilleur second rôle est revenu à Samuel L. Jackson qui incarne un « junkie » dans « Jungle Fever » de Spike Lee qui rate une fois de plus la plus « hot » marche du palais. Mais l’heure n’est pas au désespoir. On prend les miettes et on recommence…

Gilles Degras / Photos : N. Marty : Bweta Com

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