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Malcolm X de Spike Lee : De New-York à Paris, les différentes réactions

Par Antoine « Wave » Garnier

 

En 1993, Malcolm X de Spike Lee sortait en salles. De New York à Paris, Black News vous emmène au cœur des projections et vous livre les différentes réactions à la sortie de ce film historique.

 

New York

J’ai déjà eu l’occasion de voir LE film en Novembre dernier, à New York, dans le quartier touristique de Time Square à hauteur de la 44° rue. En préméditant le choix de la salle de cinéma, cer­née par des boutiques « souvenir Made In Hong-kong », j’ai volontairement cherché à me retrouver dans un public bigarré afin d’évoluer dans un laboratoire d’observation quasi idéal : composé d’indigènes blancs, noirs et « bronzés » de cette ville tentaculaire, mais aussi de touristes européens venus peut-être chercher pour 5 dollars une dernière sensation avant de regagner l’hôtel. C’était un dimanche soir, et les gens, de sortie, étaient plus aptes à « communiquer » leurs sentiments, une de ces habitudes new-yorkaises dont les membres de la communauté noire présents en masse à ce moment, ne se privent pas d’exercer à chaque scène « sensible ». Time’s up ! Le tapage médiatique réalisé autour du film-événement, et la fascinante actualité des sujets abordés dans le film décryptant l’histoire de l’homme noir Malcolm X (paternalisme, condescendance, discrimination raciale, honte, hypocrisie, reli­gion, évolution, fierté), nourrissent les conversations tant dans la salle qu’hors de ses murs pendant longtemps. Discussion qui tournait autour de la définition des mots noir et blanc, de la discussion sur la couleur de Jésus, ou des scènes « rapprochées » entre un homme noir et une femme blanche.

 

Paris

Paris, le 12 Janvier 1993. Une projection de « X » est organisée par AMEF, la société de distribution du film en France. Nouveau laboratoire. Une occasion d’enregistrer les réactions d’un public de professionnels des médias français chargés de présenter au grand public ce long métrage. Encore une chance que mes oreilles traînaient chez un confrère, autrement « Black News » n’aurait pas été informé de cette série d’avant-premières. C’eut été un comble pour un des rares magazines noirs, non ? Cette fois-ci je me retrouve avec un public à 98% masculin, blanc, et quatre journalistes noirs « perdus » dans la salle de pro­jection souterraine de l’entreprise Gaumont. Step in the arena. L’effet des premières images est puissant et dévastateur, comme un punch de Muhammad Ali. On sent déjà la différence avec le public new-yorkais. Les Blancs exposés à leurs idées précon­çues, leur paternalisme, leur colonialisme mental, ou leur condescendance (souvent à l’œuvre), et les Noirs endormis dans leur ignorance, leur citoyenneté illusoire, leur apathie, leur « confort », manifestent une émotion contrôlée en fonction des épisodes qui font ressurgir les démons du racisme et de la ségré­gation raciale. Les Noirs rient d’abord sous cape puis plus ouvertement tandis que les Blancs s’enfoncent dans leurs sièges en jetant un regard à la fois fuyant et inquisiteur. Nous sommes, Noirs et Blancs, confrontés à notre propre hypocrisie. La chimie émotionnelle de « X » ravivait les « codes secrets » toujours en cours. Je me demandais comment chacun réagirait en privé. Ou si une de ces publications avait offert le choix à un(e) journaliste noir(e) de collaborer à la rédaction d’un article sur le sujet. La rédaction eut certainement été différente. Cela me fit penser à l’histoire du lion et du chasseur. « Pourquoi dans toutes les his­toires que tu me racontes sur le lion et le chasseur, c’est toujours le chasseur qui l’emporte ? » demanda un jour un enfant à son père. Après réflexion, le père répondit : « Parce que toutes ces histoires ont été rapportées par le chasseur. Tant que le lion n’aura pas écrit sa propre histoire, la légende valorisera toujours le chasseur ».

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