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mercredi, décembre 12, 2018
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Luther Vandross : Le maître de la soul chic (1951-2005)

Propos recueillis par Leonard Silva

 

Luther Vandross, c’est la coqueluche de la bourgeoisie et des radios noires américaines. Cela ne fait que conforter une position de leader du R&B, un genre qu’il a contribué a établir dans le monde entier. L’homme à la voix d’or était de retour, avec un nouvel album, Never Let Me Go, de la même veine que le précédent : Very Smooth. Il raconte ici ses débuts.

 

Figure de proue de la bien-pensante jet set américaine, Luther Vandross incarne le style soul­ crooner qui s’est accroché à l’évolution galopante de la musique noire de ces vingt dernières années. A l’inverse de son illustre aîné William « Smokey » Robinson, héros de I’amour soft­ tempo, ce Pavarotti de la soul va bien  au-delà, en s’aventurant dans des territoires musicaux nettement plus  nerveux.  Le beat funky mid-tempo y prend toute sa forme, en osmose  avec la puissance de la voix de Luther Vandross qui s’intègre dans l’ architecture rythmique  concoctée par Marcus Miller, partenaire de Vandross depuis The Night I Fell In Love  (1985 Epic), son premier album-platine aux USA.

En fait, Marcus Miller est l’autre moitié agissante de la musique de ce géant de la soul, inspiré par les « Fab-3 » de la soul music feminine : Aretha  Franklin, Diana Ross et Dionne Warwick. Cet ancien élève de la redoutable école des jingles (spots TV, radio et autres) et choriste de choc des années 70 (Bette Midler, Quincy Jones, Barbra Streisand, David Bowie, Chaka Khan…) a néanmoins du attendre son heure, qui allait sonner vers la fin des 70’s, grâce  à Change, un groupe de studio  qui, après avoir enre­gistré toute la partie instrumentale de son disque à Milan, est allé à New York chercher une voix. Le  choix  tombera sur un dénommé Luther Vandross, choriste réputé des studios de la « Big Apple », bientôt superstar dans son pays et chanteur soul très respecté par le public britannique. Chaque fois qu’il s’y produit, Vandross remplit à plusieurs reprises le Wembley Areba de Londres. Sa première performance parisienne nous a prouvé que sa  réputation de showman n’est pas usurpée.

 

« … Les gens de ma maison de disques ne croyaient nullement en ma réussite. Ce n’est que lorsqu’ils se sont aperçus que, malgré tout cela, mes albums se vendaient toujours bien qu’ils ont changé d’attitude... »

 

Quelques semaines plus tôt, il nous accordait une interview dans la suite d’un hôtel cossu du  VIIIe arrondissement pari­sien. Il nous parle de ses débuts comme soliste, après un long séjour dans l’univers disco des années 70, où les vedettes étaient les producteurs, et non pas les chanteurs.

« Les choses sérieuses ont commencé quand j’ai fait partie de la «dreamteam» montée par Patti  Austin, pour faire les chœurs de l’album Stuff de Quincy Jones », confie Luther. « Pendant l’enregistrement, j’ai fait la connaissance du pro­ducteur Leon Pendarvis, très actif dans le circuit  des jingles, qui par la suite, a fait souvent appel à moi et m‘a encouragé entamer une carrière solo. J’ai signé pour la première fois un contrat en 1979, avec Epic, à la suite duquel j’ai enregistré plusieurs albums. De ces derniers, celui qui ma fait connaître du public est The Night I Fell In Love, en 1985. Mais bien avant cela, beaucoup de gens dans les maisons de disques étaient convaincus que ma carrière ne serait qu’un fétu de paille. Je ne faisais l’objet d’aucune attention particulière, en matière de promotion. Par exemple, les pochettes de mes disques étaient faites n‘importe comment, pas de make-up pour les photos, pas de coiffure spéciale, une petite lésion que j’ai eu un moment sur la tête apparaissait même sur les pochettes de mes disques. C’est simple, les gens de ma maison de disques ne croyaient nullement en ma réussite. Ce n‘est que lorsqu’ils se sont aperçus que, malgré tout cela, mes albums se vendaient toujours  bien qu’ils ont changé d’attitude. Ainsi, avec The Night I Fell In Love, j’ai pu bénéficier de toutes les conditions nécessaires pour l’enregistrement et la promotion de l’album. Il a été enregistré à Montserrat, une petite île des Caraïbes, près d’Antigua, dans le complexe Air Studios de George Martins (ancien producteur des  Beatles. Ndlr). Le cadre merveilleux et tranquille d’Air Studios,  on pouvait sauter directement du balcon du studio d’enregistrement à la piscine, ou encore regarder le coucher du soleil pendant que nous enregistrions, a été déterminant pour la fraîcheur musicale du disque. L’album est entré dans les pop charts, avec quelques millions d’exemplaires. Par la suite, moi qui aimais faire les courses dans le supermarché de mon quartier, je ne pouvais plus le faire. C’est à cette période que ma carrière s’est accélérée, avec une succession d’événements posi­tifs, à la.fois en matière d’albums et de concerts. »

 

« Les gens qui ne savent pas ce qu’est la soul ont tendance à la voir comme une science exacte (…) Tina Turner ou Mick Jagger n’ont rien à voir avec Dionne Warwick ou Aretha Franklin qui, lorsqu’ellent chantent, véhiculent une toute autre perception des sentiments. C’est cela, la soul music. »

 

Black News  : Et avec tout ceci, la reconnaissance …

Luther Vandross  :  Absolument ! A partir de ce moment-là, j’ai cessé d’être considéré comme un novice. J’ai réalisé ma force en tant qu’artiste… En outre,  mon association avec Marcus Miller et Nat  Adderley Jr. devenait une réalité largement positive. Mais une réalité qui est aussi une utopie pour moi. C’est ce paradoxe qui traduit le mieux ma force artistique, car notre association se caractérise par la compréhension, la confiance et le défi. C’est un environnement qui convient pleinement à ma créativité. Grâce à eux, je chante beaucoup mieux aujourd’hui. Mais cela ne veut pas dire que les chansons que j’ai faites avant de des connaitre ne sont pas bonnes. Je pense que chaque disque a sa tonalité dominante. Et c’est là la principale spécificité de la soul music. II n’y a pas de meilleur ou de pire morceau. C’est l’expression des sentiments qui compte. La soul music n’est pas une conserve, on ne peut pas l’apprécier comme une boîte de soupe de tomates. Les gens qui ne savent pas ce qu’est la soul ont tendance à la voir comme une science exacte. Il s’agit surtout de sentiments, de feeling. Beaucoup de gens veulent chanter de la soul mais ils ne font que  l’imiter, très mal, car il ne s’agit pas d’une science. Par exemple, Tina Turner ou Mick Jagger n’ont rien à voir avec Dionne Warwick ou Aretha Franklin qui, lorsqu’ellent chantent, véhiculent une toute autre perception des sentiments. C’est cela, la soul music.

B. N. : Justement, à propos de soul music, ne trouvez-vous pas qu’elle a perdu son côté social et politique, à l’instar de ce que faisait Aretha Franklin dans les années 60 et 70, pour plonger dans Ia facilité de l’amour à l’eau de rose  ?

L.V. : Je pense que chacun est libre de chanter ce qu’il veut. En ce qui me concerne, je pense que la problématique sociale peut être abordée sous différents angles. J’ai mes convictions sociales, politiques et religieuses, mais en général, je préfère en débattre avec mes amis ou ma famille. Quant au thème de l’amour, moi, je ne dis pas : « viens, faisons l’amour sous la douche », ou « fais-moi ceci, fais-moi cela »,  « touche-moi ici, touche-moi-la ». Les gens sont fibres de le faire, mais ce n’est pas mon style. Moi, je chante l’amour  autrement, je  vais bien au-delà de  ces  banalités. Mon intention est  d’aider les  gens sur le plan émotionnel. Ecoute;  « Don’t  Want To Be A Fool » (sur l’album Power Of Love. Ndlr) ; ce que je veux y dire, c’est qu’on peut se tromper, mais que personne ne peut igno­rer la lumière de L’amour.

Luther Vandross, Never Let Me Go  (Epic/Sony)

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