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samedi, septembre 22, 2018
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Lords of the Underground : les gardiens du rap funk (1994)

Propos recueillis par Antoine « Wave » Garnier »

 

En 1993, trois jeunes de Newark – Mr. Funke, Do lt All et Lord Jazz -, ont débarqué sans crier gare avec Here Come The Lords, un album de bonne factu­re, et «Chief Rocka», un single qui fait désormais partie du patrimoine hip hop. Ils reviennent avec The Keepers Of The Funk, la meilleure surprise de la rentrée. Toujours avec Marley Marl. Inter­view exclusive.

 

BN : Lords Of The Underground n’est pas votre pre­mière expérience…

Do It AH (DIA) : Mon premier groupe s’appelait Do It All Do It On The One And Twins, et Redman était mon DJ.

DJ Lord : Je m’essaye aux platines depuis mon plus jeune âge. J’alternais les cours et la pra­tique des platines. J’avais aussi un show radio sur le campus, pendant lequel j’invitais d’autres rappers dont Mister Funky. Derrick Jackson, l’ami commun qui nous a présentés à l’Université Charles (Caroline du Nord), a organisé un spec­ tacle auquel était convié Marley Mari. Il a aimé notre prestation et nous a invités dans son stu­ dio House Of Hits pour quelques titres. Il nous a ensuite négocié un contrat avec Pendulum. Mais ces années de déception ont été très dures. Notre leader s’est fait rembarrer plusieurs fois alors qu’il était près de signer. Il a fait de nom­breuses premières parties, mais s’est vu refuser des deals pendant trois ans. C’est vraiment la lutte au couteau dans ce milieu. Tu dois y laisser des plumes si tu veux passer de l’autre côté. Maintenant que nous y sommes, il nous semble qu’il faudra encore payer un tribu à chaque étape.

BN : Est-ce un chemin de croix justifié ?

DIA : Oui. Qu’importe le domaine, chacun doit payer de sa personne afin de jouir du respect. Tu dois passer l’épreuve de feu. Celui qui a appris cela apprend à devenir sage. Nous avions sorti un EP qui contenait déjà «Psycho» et «Check It» sans agent, qui nous a servi de carte de visite. Comme Mister Funky te l’a dit, j’ai été refoulé à plusieurs reprises, même par Lyor Cohen (Def Jam). Je me suis alors dit qu’il me fallait trouver un Seigneur du Monde Souterrain (Lord Of The Underground. Ndlr) d’une autre manière et continuer mes études. Et le rap est venu me chercher. C’est une question de foi. J’avais une connaissance qui était un ami de Marley. Ça a mis quasiment dix ans pour avoir ce deal.

BN : Pourquoi, selon vous, tout ce temps ?

DIA : Je suis quelqu’un qui croit que rien n’arri­ve par hasard. Je vis à Newark, Mister Funky, également. Nous ne nous connaissions que par amis interposés. Nous ne nous sommes rencontrés qu’à l’école. Alors, pourquoi pas à Newark ?

BN : Comment définiriez-vous votre son ?

Mister Funky : C’est un mélange d’influences jazz et de funk, plus notre propre composition (live horn/drums), c’est notre funk. C’est un héritage funk des années 70 pour l’underground des 90’s. Mettons-nous bien d’accord sur le terme underground. Certains pourraient le mêler à l’utilisation de termes spécifiques tels «bitch» ou à des situations particulières (gang-banging). L’underground a plusieurs définitions, mais il signifie : qui prend ses racines dans la rue, un chemin codé (référence à L’Underground Railroad, une filière souterraine mise en place par Harriet Tubman et empruntée par les esclaves qui s’échappaient des plantations. Ndlr). Tu tires ta richesse de l’under­ground : de l’or au diamant, tout sort de la terre. Quand tu compiles tout ça, tu donnes un autre sens au mot underground, et nous disons que nous sommes les Lords Of The Underground parce que nous sommes aussi du ghetto.

BN : Le sampling ne pose-t-il pas problème ?

DIA : Au regard de la situation actuelle, je crois que les gens feront leurs propres compositions car le sampling prend des proportions effrayantes. N’importe quel bout de morceau coûte au minimum cinq mille dollars, et les gens commencent à en avoir marre. Ils ont essayé de retirer le vinyl du marché, ils n’y sont pas complètement parvenus (on trouve des bootlegs quand on cherche bien. Ndlr). Ils font tout ce qu’ils peu­vent pour réduire l’impact du hip hop, mais c’est impossible. Le rap est partout : en radio, dans les vidéos, les pubs, le R&B, partout. Il va falloir maintenant être plus créatifs, utiliser le live. Nous, nous pouvons «être live» avec un micro et des platines, comme à la belle époque des George Clinton ou des Ohio Players. Aujourd’hui, tu as des gens qui montent sur scène pour rapper sur de la musique. Nous, c’est un live show que nous voulons.

BN : Les rappeurs doivent-ils donc se trans­former en musiciens ?

DIA : Non, il y a des choses que tu peux faire avec une drum-machine, tu peux aussi avoir une session de guitare, claviers, basse, les travailler au sampler et créer ton propre son. Le sample est un instrument du hip hop qui permet de reprendre un vieux truc et de lui donner une nouvelle vie, à un niveau différent, le tien.

BN : L’état actuel du rap…

MF : II s’améliore chaque année, même s’il y a encore beaucoup à jeter. Il s’améliore parce que le monde du R&B et de la pop devient plus tolérants, le R&B s’oriente de plus en plus vers le hip hop. Tu trouves presque toujours un beat hip hop dans un morceau R&B. Le hip hop croît, ils n’ont donc pas d’autre choix que de l’accepter.

BN : Est-ce de la tolérance ou de l’exploitation ?

MF : Si c’est le second cas, je ne comprends pas qu’on critique notre musique et qu’on l’uti­lise. Si elle était si mauvaise, pourquoi te rap­ porte-t-elle un million de dollars ? Tu as certains artistes R&B qui prennent un beat hip hop, ne font que chanter dessus, et le disque atteint des sommets de vente. Je suis contre cette attitude.

BN : Les Lords Of The Underground ne devraient-ils pas être signés sur un label underground au lieu d’une major ?

DIA : Je viens de te donner ma définition de l’underground. Secundo, qu’importe comment tu fais passer ton message, l’essentiel c’est qu’il soit transmis, et à ta manière. C’est comme dire que Naughty By Nature est maintenant un grou­pe pop simplement parce que le grand public l’a adopté et qu’il est classé pop. «OPP», «Everything’s Gonna Be Alright» et «Motherfuck My Dad» n’ont rien de pop. Ils sont passés dans la catégorie pop sans le devenir et ils font pas­ser leur message. Si nous réussissons à tou­cher les masses tout en restant nous-mêmes, c’est le but. NBN a ouvert ces portes-là.
BN : NBN a été adopté par le grand public sans se renier. Mais quel contrôle les artistes under­ground ont-ils sur la diffusion de leur image ?
DIA
: Ils n’en ont pas. Ce n’est pas si mal d’être «mainstream» tant que tu colles à ce que tu représentes. C’est méritant d’avoir sa musique appréciée du grand public. Il y a une différence entre penser à atteindre les charts pop, et faire ce en quoi tu crois, et qu’en définitive, l’indus­trie expose ta musique au grand public.
Lord Jazz : J’ai l’exemple de Doug E. Fresh qui est l’un des pionniers du hip hop. On l’a vu danser avec Hammer dans de gros pantalons bleus… Ce n’était plus le même homme, il essayait d’attirer un public qu’il n’avait pas encore réussi à conquérir. D’après moi, il a fait une erreur en faisant cela. Reste toi même, tu peux être accepté tel que tu es ou pas du tout, «but keep it underground».


Lords Of The Underground, The Keepers Of The Funk (Pendulum/Chrysalis).

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