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Les tribulations de Blondy

Propos recueillis par Elia Hoimian

Alpha Blondy fait son grand retour, après un épisode polémique avec la presse hexagonale (Alpha avait annulé deux concerts au Zénith de Paris), ce qui a déchaîné le courroux des journalistes et des tourneurs. C’était donc le retour en grâce du trublion du reggae africain. Retour sur l’entrée en scène de Blondy.

 

«Allo ? Elia, Alpha, encore sous surveillance médicale, accorde très peu d’interview en ce moment, mais si ça t’intéresse… En plus, il vient de se faire cambrioler, on lui a soutiré des lingots d’or dans son coffre», m’informe l’atta­chée de Presse. Rendez-vous est donc pris chez lui. Dans l’appartement, assez dépouillé, trône un téléviseur grand écran, une grande table blanche, une table basse, et deux fauteuils. Au mur, le disque de platine de Jérusalem, le disque d’or de Massada, et sur Ia télé, un trophée gagné en Afrique. Simple et cool. Top magnéto…

BN  : Tu sembles farouchement opposé à l’avortement…

A.B.  : L’avortement est un crime. Comment peut-on défendre les éléphants, les chiens etc. et tuer le fils de l’homme ? C’est un meurtre qu’on commet lorsqu’on avorte.

BN  : Mais certaines n’ont pas le choix, il y a peut-être des raisons économiques à cela…

Aucune raison ne peut justifier un tel acte. Si nos parents avaient raisonné comme cela, on ne serait pas là aujourd’hui (…) Si elles n’ont pas d’argent pour s’en occuper, grâce à Dieu, moi j’en ai (il sort des pièces d’or de sa poche. Ndlr). Tu vois cette pièce-là, elle peut fait vivre un enfant. Je dis à toutes mes fans, qu’elles fassent des enfants, si elles ne peuvent pas s’en occuper, moi je les prends (A bon enten­deur… Ndlr). .

BN  : Tu dis dans une de tes chansons : «Ne te moque pas de celui qui est en train de se noyer alors que tu n’as pas encore traversé la rivière.» Que penses-tu de cet adage africain qui dit : «Un bout de bois a beau rester dans l’eau, il ne deviendra jamais un crocodile» ?

A.B.  : Ça, c’est la théorie des séparatistes. Que sait-il du bois, de l’eau, de l’alliance entre le bois et l’eau ? S’il sait l’alliance entre le bois et l’eau, il doit donc savoir l’alliance entre le feu et le bois…

BN  : Mais on sait déjà que le feu brûle le bois…

A.B.  : Parce que le bois le veut bien. Quand tu seras dedans un jour, tu sauras ce que c’est que le feu. Le fils du feu, c’est l’eau, mais je vais peut-être un peu loin, mais pour un gars de Bassam (oui, on s’était déjà présenté. Ndlr), tu devrais savoir cela (…) Tu manges de la viande ? Donc tu es cannibale. Si je l’avais su, je ne t’aurais pas reçu, sais-tu combien de gens entrent chez moi ? Personne.

BN  : Que manges-tu alors ?

A.B.  : Des légumes.

BN  : A quelques détails près, tu te rapproches des rastas…

A.B. : Je ne suis pas rasta, je suis un disciple du Christ.

BN  : Si j’utilise un terme, c’est parce qu’il y a des schémas, des conventions : un lion est un lion…

A.B.  : Je ne connais pas de lion, ni de mouton, je ne connais que des dieux. Que tu viennes de Bassam ou d’un autre endroit ne m’intéresse pas, pour moi, tu es Dieu.

BN  : On ne devrait même pas avoir ces différences de cultures, de société

A.B.  :  Merci. Jésus a dit : pardonne aux autres comme on t’a pardonné, mangez le pain car ceci est mon corps. Autrement dit, ne mangez pas la chair, quel que soit le prix que ça vous coûte.

BN  : Tu as aussi dit : il faut sauver les enfants israéliens…

A.B.  : Je n’ai pas dit cela, j’ai dit : «il faut sauver les enfants israéliens et palestiniens», parce que le complot est très simple : les Gaulois contre les Français, les Palestiniens contre les Israéliens, et on achète ça.

BN  : Je me souviens que lors d’un concert au Zénith, tu as dit que tu étais aussi un Gaul­ois…

A.B.  : Mes ancêtres sont gaulois, je les prends au mot. Si tu veux, je suis «Assurance tous risques» dans Astérix.

BN  : Si l’homme est Dieu, les Palestiniens, des Israéliens, il n’y a plus de différence ni d’ori­ gines…

A.B.  : L’homme n’existe pas, c’est un Dieu.

BN  : On ne peut donc plus déterminer quelqu’un selon ses origines…

A.B.  : Non, c’est la première erreur ça : l’habit fait le moine.

 

« Je ne l’ai jamais dit, à personne. Mais je tiens cette information de ma mère. C’est elle qui me l’a dit : «Tu es le véritable fils de Houphoüet ».(…) Mais je m’interroge sur la mort de Houphoüet, je doute qu’il soit mort naturellement, et en plus un 7 décembre… »

 

BN  : Nous, Africains avons une culture, une maniè­re de vivre, différente des Européens, il y a bien…

A.B.  : Toi et moi parlons le français, non, alors ?

BN  : C’est la langue du colon, toi étant Dioula et moi, N’Zima…

A.B.  : Je ne suis pas Dioula

BN  : Disons que tu es d’origine mandingue…

A.B.  : Je ne suis pas mandingue, je suis Baoulé.

BN  : C’est un scoop ! Koné Séidou n’a rien de baoulé

A.B.  : Tu te laisses trop trompé par les étiquettes. Je suis le fils d’Houphoüet.

BN  : On sait tous que tu le vénérais mais je n’ai jamais entendu dire que tu étais son fils…

A.B.  : Je ne l’ai jamais dit, à personne. Mais je tiens cette information de ma mère. C’est elle qui me l’a dit : «Tu es le véritable fils de Houphoüet ».(…) Mais je m’interroge sur la mort d’Houphoüet, je doute qu’il soit mort naturellement, et en plus un 7 décembre (le jour de la fête nationale ivoi­rienne. Ndlr), tu ne trouves pas ça bizarre ?

BN  : Mais il faudrait que tu prennes le bâton de pèlerin pour éclaircir cette affaire…

A.B.  : Le bâton, on a déjà donné (rires). Non, je ne fais que poser des questions, c’est à ceux qui ont la charge de faire ce genre de travail qui doivent le faire.

BN  : Que penses-tu du Rwanda ?

A.B.  : On parle souvent de racisme Noir/Blanc, mais le racisme Noir/Noir est dix mille fois plus dan­ gereux, et le Rwanda en est la preuve. Donc quelquefois, il y a un faux problème, ce qui est arrivé au Rwanda pouvait également se produi­ re en Côte d’Ivoire, mais grâce à la basilique vide comme tu dis, on est passé à côté. Et la mission dont mon père m’a chargé est de ne jamais laisser le Blanc verser le sang d’un Ivoirien et vice versa. Ne jamais laisser un Ivoirien verser le sang d’un autre Ivoirien.(…) Tu sais, les Ivoiriens quand ils se retrouvent au maquis (sorte de débits de bières. Ndlr) devant leurs bouteilles de bière, il dit : «Houphoüet nous fatigue». Et tout de suite après, il prend une «petite» pour se la taper…

BN  : Mais Alpha, il ne faut pas tout mélanger, il y a la politique d’un côté et de l’autre, la vie… (rires)

A.B.  : Ecoutez, la politique et la vie, c’est pareil. Il ne faut pas tuer l’enfant de la femme pour des bêtises politiques.

BN  : En fait, je remercie le Blanc d’être venu en Afrique  ?

A.B.  : Les Blancs nous remercient d’être venus en France, et nous, on les remercie… Ça m’étonnerait qu’ils nous remercient… Oh, si. Ecoute, j’ai vu Le Pen aller voir Houphoüet pour avoir de l’argent, et il l’a eu…

BN  : Mais c’est grave…

A.B.  : Ce n’est pas grave du tout. Qu’est-ce qu’on reproche à Le Pen…Il a le droit d’aller en Afrique, non ? Alors pourquoi vous voulez lui denier ce droit-là ?

BN  : On lui demande simplement de nous accepter comme nous on l’a fait avec eux, surtout qu’on a aussi participé au développement de la France…

A.B.  : Non mais attends ! II n’est pas obligé de vous accepter comme vous l’acceptez chez vous, c’est à vous de voir vos manières… Ne t’en prends pas au fou, il faut t’en prendre à celui qui le suit. C’est le Noir qui est gentil et le Blanc, méchant, c’est de la zizanie. Dieu n’a pas de couleur.

 

« Les Blancs ont pris dans ta civilisation, l’ont travaillé et te la retourne pour que ça avance. Ce sont deux mains qui se lavent, parce que je ne crois pas que le Blanc à cause de sa haine contre nous, soit allé en Afrique. (…) Tu es un pion principal sinon pourquoi vont-ils s’embarrasser avec la négraille abêtie ? »

 

BN : En fat, les Blancs m’ont tellement aimé qu’ils m’ont appris à parler le français…

A.B. : C’est ça, c’est tout bête, c’est une histoire d’amour.

BN : Ils m’ont civilisé parce que je n’avais pas de civilisation…

A.B. : Non, non, ils en ont pris dans ta civilisation, l’ont travaillé et te la retourne pour que ça avance. Ce sont deux mains qui se lavent, parce que je ne crois pas que le Blanc à cause de sa haine contre nous, soit allé en Afrique. Tu sais fabriquer un avion ?

BN : Tu parles bien du Blanc, du colonialiste, celui m’a appris à parler le français, m’a permis de prendre l’avion…

A.B. : Mais il l’a fabriqué avec le métal qu’il a pris sur ta terre, donc tu es partisan de l’oeuvre de l’homme blanc. Tu es un pion principal sinon pourquoi vont-ils s’embarrasser avec la négraille abêtie ?

BN : Ce n’est donc pas une question d’amour mais d’intérêt…

A.B. : L’amour, c’est l’intérêt. Quand tu dis à une femme « Chérie, je t’aime », l’intérêt, c’est quoi ? Tu veux la « b… », c’est tout. Mais tu emballes simplement l’histoire… Moi, j’ai plein d’enfants métisses, il y a même un chinois… Donc, je suis bien placé pour te dire que tout est une histoire d’amour. Donc ne confondons pas tout. Nous sommes un, nous sommes seuls sur cette petite planète. C’est comme mon histoire avec Georges Benson ; quand les gens voulaient s’en mêler, je leur ai dit « Quand il me produisait, vous n’étiez pas là, si moi, je peux l’engueuler, vous pas… » parce que mes colères n’ont rien à voir avec les vôtres. Quand je suis en colère, dix minutes après, je la regrette. Donc ne mélangeons pas les histoires d’amour. Il n’y a pas deux amours. Ça fait longtemps que tu es ici ? Ce ne sont pas des baskets que tu portes ? Pourquoi tu ne te mets pas en « kita » et en « abodjé » (le Kita est un tissu traditionnel noble du peuple Akan ; les Abodjé, des sandalettes de cuir ; les deux sont portés dans les grandes cérémonies, Ndlr).

Tu vois, les problèmes du monde, c’est une histoire d’amour frustré. Les Blancs qui n’aiment pas les Noirs ? Je te jure que ce sont pour des histoires de femmes. Soit un Noir a « b… » sa femme ou bien sa fille a dit qu’elle aimait un Noir ; même moi, quand ma soeur me dit qu’elle est amoureuse d’un Noir, je suis un peu jaloux. Donc l’histoire du monde est tissée sur l’amour, l’amour avec un grand A. (…) Mon problème est le suivant : je n’ai jamais pensé que j’étais noir, et tu sais pourquoi ? Je suis né à Dimbokro (ville du centre de la Côte d’Ivoire) près de la mission protestante où était ma grande soeur, Adja. On y passait les jours de Noël et on nous donnait des bonbons ; puis, un jour, on me dit de ne plus y aller. Pourquoi ? Les musulmans me disent : « Mais tu es musulman et tu lis la Bible ». Si je les écoute, c’est à cause de la Bible, parce que je ne sais pas lire l’Arabe pour lire le Coran.

BN : Tu n’es jamais apparu sur scène avec un Coran ?

A.B. : Si, mais j’ai un Coran traduit en Français.

BN : Donc tu lis la Bible, le Coran et la Tora ?

A.B. : Je n’ai jamais eu de Tora, mais j’ai lu les cinq livres de Moïse, je n’ai jamais demandé une Tora. Je vais d’abord prendre le temps de lire les cinq livres de Moïse ; quoi qu’il en soit, j’ai un Ancien Testament traduit en Dioula (il me montre le livre et commence à le lire, Ndlr).  Les méticuleux vont te demander pourquoi tu vas à l’église, pourquoi tu vas à la mosquée ? Et pourquoi pas ? Tu as une main droite et une main gauche, et on te dit coupe la droite ou la gauche parce que telle chose n’est pas bonne. Moi, je dis, vous n’allez pas m’amputer comme ça toute mon existence. La Bible est écrite pour moi, le Coran est écrit pour moi ; donc celui qui veut me dresser contre les chrétiens devient mon ennemi n°1, et s’il me dresse contre les musulmans, c’est la même chose. (….) Je ne me suis jamais considéré comme étant noir

BN : Ah bon ? Comme un être humain alors ?

A.B. : Non

BN : Comme Dieu…

A.B. : Merci. Parce que l’homme, l’être humain est un projet. Ce que Dieu fait, c’est à son image.

BN : Au fait, ton père Houphoüet t’a chargé d’une mission…

A.B. : Oui, il m’a chargé de continuer sa mission.

BN : Le fardeau n’est pas trop lourd à porter ?

A.B. : Si, quelques fois ; je lui demande « Pourquoi m’as-tu fait ça ? » (Alpha, visiblement très ému, me sort une photo de son porte-feuille. Ndlr)

BN : Tu te ballades toujours avec ?

A.B. : Je n’aime pas l’expression « Tu te ballades toujours avec ».

BN : Bon, on va dire : « Tu l’as toujours avec toi ? »

A.B. : Merci (suit un long silence. Ndlr).

BN : Je remarque que chaque fois que je parle de ton père (Houphoüet Boigny), tu as l’air triste…

A.B. : J’ai à la fois envie de me venger et de prier, donc je prie. S’il voulait que je me venge, il m’aurait donné les moyens de le faire, mais il m’a dit « Tu ne haïras point, tu ne tueras point ». Voilà.

BN : Il ne faut donc plus se poser la question de savoir s’il est mort naturellement ou pas, il faut pardonner…

A.B. : Pardonner mais en disant quand même…

BN : Tu n’oublies pas alors…

A.B. : Non, je n’oublie pas.

BN : Merci Alpha

A.B. : J’espère que tu vas retranscrire fidèlement ce que j’ai dit, même les termes les plus fous.

BN : Voilà Alpha, c’est fait.

 

Alpha Blondy, Dieu (EMI)

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