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lundi, juillet 23, 2018
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Les méditations de Gilberto Gill (1992)

Propos recueillis par Steve Axentios

 

Nommé « Chevalier des Arts et des  Lettres » par Jack Lang  en 1990, Gilberto Passos Gil Moreira alias Gilberto Gil est non seulement prophète dans son pays, mais aussi dans ceux des autres. Où sa  bonne humeur, sa joie de  vivre, son dévouement (ses activités  sociopolitiques sont  nombreuses) et  ses  composi­tions sont unanimement appréciées, Interview.

 

Black  News  : La  musique brésilienne a-t-elle souffert  de l’invasion de la technologie et de la musique anglo-saxonne ?

Gilberto Gil  : Je ne le pense pas. L’influence américaine dans le domaine du rock et de la pop a été bénéfique, puisqu’elle a finalement provoqué un retour en arrière : de  plus  en plus de groupes reviennent aux sources, cherchent les particularités de la  région dans laquelle ils vivent, font de  la  musique  qui vient du fond d’eux-mêmes.

B.N  : Vous êtes  actuellement conseiller  municipal deSalvador et ii y a quatre ans,  vous aviez  posé  sans  succès votre  candidature pour siéger  a la mairie. Pour quelle  raison vous êtes-vous  lancé dans la politique ?

G.G.  : Mon  expérience est très limitée et mon mandat, principa­lement culturel, n’est qu’une goutte   dans l’océan politique. Je fais de la politique à titre de hobby plutôt que par vocation. Je n’ai en  tout cas,  pas d’ ambitions personnelles  : pour moi, la politique représente un investissement artistique complémentaire. J’agis comme un peintre qui désire montrer et faire accepter ses idées à travers ses  tableaux. Je pensais que ma carrière artistique pouvait amener aux politiciens un autre  point de  vue. Je pensais également pouvoir favoriser la musique et l’ art. Mais je dois avouer que ça  n’a pas fonctionné tout à fait comme je l’espérais. Il faut du temps, beaucoup de temps. Les  change­ments se font très lentement.  Cependant,  en  agissant aujourd’hui, on récolte forcément les fruits un jour ou l’ autre. C’est du moins  ma philosophie. Mes idées n’auront peut-être des effets qu’après ma mort ? La politique ne pense qu’ au présent, elle agit comme si  l’avenir n’existait pas. C’ est tragique. Passé, présent et futur sont liés, comme  la vie et la mort.

B.N.  : La  pochette de votre tout nouvel album, « Parabolic », montre un  panier en  forme d’antenne parabolique. Que signifie  cette  image  ?

G.G.  : Ce panier en forme d’antenne parabolique vient de Bahia,  où on l’utilise  fréquemment. Il symbolise non seulement les aspects de la vie moderne, de  lère de la communication, de la pluralité, de la technologie, mais aussi  de la tradition indivi­duelle et collective. La vieille opposition entre  le développement accéléré et la tradition est  désormais caduque : à présent, ils sont  liés dans un même symbole.

 

« Quand la tech­nologie, la science et l’industrie ont commencé à conquérir lmonde, on a oublié les traditions pendant une longue période. A présent, l’être humain se rend compte de la nécessité de conserver aussi bien sa dimension individuelle que sa dimension socia­le et régionale. »

 

B.N. : Mais  aujourd’hui, n’oublie-t-on pas justement de plus en plus cette tradition  ?

G.G. : Non, je crois au contraire qu’on y revient comme s’il s’ agissait d’ une nécessité, d’un besoin vital. C’ est ce que j’exprime dans la  chanson « Paraholicamara ». Quand la tech­nologie,  la science et l’ industrie ont  commencé à conquérir lmonde, on a oublié les traditions pendant une longue période. A présent, l’être humain se rend compte de la nécessité de conserver aussi bien sa dimension individuelle que sa dimension socia­le et régionale.  Je le répète,  l’expansion et le repli sur soi vont de pair. Cela peut paraître paradoxal, mais l’ Homme s’ouvre de plus en plus vers  l’extérieur et se renferme davantage sur lui­-même, sur sa culture, ses traditions. Je ne crois pas en  un monde unidimensionnel ; il  existera toujours  des forces  opposées,  dans  l’existence comme dans  la musique, d’ ailleurs. Notre organisme change constamment :  d’une  minute a l’autre,  nous sommes  une personne totalement différente. En  même temps, nous  gardons notre  individualité. Peut-être même  au-delà de la mort, qui sait?  C’est un mystère. Mais la vie aussi est un mystère.  Tout comme la  mort.  Il n’y a pas de    sans mort et vice­-versa.  Les deux  sont inséparables. La  vie est fatale, la mort l’est aussi.         

 

NB : Gilberto Gil, né le 26 juin 1942 à Salvador de Bahia (Brésil), est finalement devenu ministre de la Culture sous le gouvernement de Lula da Silva du 2 janvier 2003 au 30 juillet 2008.                          

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