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dimanche, décembre 16, 2018
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Latin Hip Hop, l’autre Los Angeles (1/2) : Tha Mexakinz

Par Leonard Silva

 

A l’instar des Noirs, les latinos ont aussi leurs gangs, dealers avec leur cortège de vio­lence. Le décor d’un apocalypse social version latino est planté dans une Cité des Anges devenue l’enfer pour les jeunes issus des minorités, qu’ils soient Africains-Américains, Chicanas ou autres. Dans les deux cas, la misère se joue des clichés pour mieux imposer sa cruauté. L’interview du duo Tha Mexakinz.

 

Dans l’univers impitoyable du rap West Coast, la loi de la survie se moque allègrement  d’un quelconque code de solidarité. L’attention se concentre sur une rivalité meurtrière et dans la course aux dollars. Certains ont parlé de « brothers-in-arms » (les frères en armes), on serait tenté de rajouter « gangs-in-arms ». Et pourtant, dans cet « Eldorado » californien, les Chicanas cohabitent plutôt en bonne intelligence avec les Noirs, leurs compagnons de misère. Bien que les Latinos préfèrent la discrétion, cela ne les empêche pas de se lancer dans une diatribe  contre leur environnement. Avec des break-beats tout aussi solides et une manière plus diplomate d’aborder les situations. Le rap de Tha Mexakinz se pose en alternative d’un gangsta rap suranné après avoir assouvi les besoins en trésorerie des  multinationales. Sin et I-Man, les deux compères de Tha Mexakinz, à l’instar des Kid Frost et autres Cypress Hill, en dehors du label ethnique, sacrifient aussi leurs racines linguistiques sur l’autel de l’universalité. Même si la langue de Cervantes (l’Espagnol) est en passe de devenir, tout comme la langue de Shakespeare, l’une des langues la plus parlée dans le monde. Ceci n’enlève rien à la qualité du groupe pour qui l’essentiel n’est pas tant de s’affran­chir du reste de la communauté hip-hop en se donnant un label ethnique (latin hip hop), mais d’y participer en tant que voix autonome.

 

« Les Chicanas et les Afro-Américains ont tou­jours vécu ensemble dans les ghettos de Los Angeles, partagé les mêmes habitudes et fait face et problèmes sociaux. C’est donc normal qu’on soit imprégné des mêmes beats et dmême groove. Et ceci dépasse la cadre bipolaire de nos com­munautés... Car quand je rappe en Espagnol, toutes les autres communautés se laissent aller au groove sans tenir compte de la langue… »

 

Car, explique Sin – que nous avons rencontré aux côtés de I- Man lors de la dernière édition du Printemps de Bourges, après un rocambolesque jeu de cache-cache – s’il ny a quune poignée de hip hoppers latino connus du grand public,c‘esdu au fait que nous, les Chicanas n’avons jamais cherché à créer un mouvement indépendant. Les latinos sont de la par­tie depuis les premiers pas du  mouvement. Pour nous, le hip-hop est une démarche universelle qui  va  au-delà des spécifics communautaires. Donc si les « latinos » sont plus exposéaujourd’hui, c’est parce que lévolution du hip hop nous a per­mis d’engranger les fruits de notre apport à l’édifice..

Dailleurs, rajoute I-Man, le contraire serait anormal, si on tient compte du fait que les Chicanas et les Afro-Américains ont tou­jours vécu ensemble dans les ghettos de Los Angeles, partagé les mêmes habitudes et fait face et problèmes sociaux. C’est donc normal qu’on soit imprégné des mêmes beats et dmême groove. Et ceci dépasse la cadre bipolaire de nos com­munautés... Car quand je rappe en Espagnol, toutes les autres communautés se laissent aller au groove sans tenir compte de la langue. Je pense que l’essentiel est le parta­ge d’une culture aux sensibilités différentes. A partir du moment que tu partages les vibes, tu finis par accepter la différence. »
Bien que Sin et I-Man n’aient pas directement souffert de l’humiliation qui découle de la discrimination auquel ont été soumis les « dos mouillés » (Wetbacks) — ils ont rejoint leurs parents déjà installés aux Etats-Unis —, les préjugés subis par la famille ont laissé de profondes entailles.
D’autant que le drame de l’immigration mexicaine conti­nue.
« Comment pourrait-il en être autrement ? », se demande Sin. La vérité, c’est que nous transposons dans notre musique toute cette énergie négative qui résulte de l’aggravation des choses. Au lieu de l’utiliser pour heurter physiquement ou moralement les autres, nous la transformons en énergie positive… Cela donne une intégrité à notre expression artistique.

Cette attitude est à bien des égards une caractéristique majeure de la communauté mexicaine de la Côte Ouest dont la stratification définit les choix culturels. Il n’est pas rare d’y voir une grande différence de comportement entre les illégaux qui vont grossir le bataillon des « dos mouillés » del Barrio et les Chicanos bien installés. Au sein de cette dernière tranche, la musique, on l’aime soft et sophistiquée, même lorsqu’il s’agit de rap. Ce n’est pas le cas de Tha Mexakinz.
« Nous sommes de Long Beach (le quartier des Snoop Doggy Dogg, Domino, Warren G. Ndlr) explique I-Man, un secteur où le « hard-stuff » (entendez hardcore) est la musique de prédilection…L’important est de faire passer un message personnel indépendamment du son. »
Eviter un discours artificiel de contes de fée, telle est la devi­se de Tha Mexakinz pour qui la pièce maîtresse doit être la réalité au quotidien.

« Une réalité qui, à Long Beach, renchérit I-Man, est différente de celle de LA sur le plan des rapports commu­nautaires. On s’y entend assez bien même si bien sûr, c’est loin d’être le paradis. Nous nous battons contre les préjugés et les clichés que la société américaine nourrit vis-à-vis des Chicanos, mais nous ne cherchons en pas à nous enfermer dans une logique communautaire. Les Chicanos ne sont qu’une minorité parmi d’autres… Que vous soyez Chicano, Africain-Américain, asiatique ou Samoan, vous ferez face aux mêmes problèmes, discrimi­nations et préjugés. En tant que minorités, l’hostilité dont on est tous victimes nous soude. Sin et moi vivons avec tous les gens indépendamment de leurs origines eth­niques. Ecoute le morceau « Confession » et tu compren­dras l’importance que revêt pour nous notre environne­ment social. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous ignorons cette rivalité ridicule entre la West et la East Coast, car dans le fond, elle n’est que le résultat d’une jalousie qui mène au meurtre, poussée par la course à l’argent facile. Know what I mean ? Le hype, c’est de voir qui vend le plus de disques »
« Il y a des rappeurs obsédés par le format R&B afin de faire monter leurs ventes », rajoute Sin. Mais nous n’adoucirons pas notre musique pour augmenter nos ventes. C’est notre intégrité qui est en jeu. Et On n’y tient… »

Tha Mexakinz, Tha Mexakinz (Edel/Sony)

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