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La Saga du label Solar, le son de Los Angeles

Par Leonard Silva & Frédéric Messent

 

Il y a des labels qui ont marqué leur époque et fait de certaines villes des Etats-Unis, des capitales de la musique noire : Motown, à Détroit, PIR à Philadephia et … Solar, à Los Angeles. Saga du label qui a donné naissance aux plus grands groupes funk (The Whispers, Shalamar, Dynasty…) et à des producteurs tels Leon Sylvers – et indirectement, Jam & Lewis – puis à LA & Babyface, plus tard.

 

Nous sommes dans la deuxième moitié des 70’s. En quête perpetuelle de cross-overs, la Motown de Berry Gordy Jr finit par perdre de vue l’essentiel : son âme. Pour rendre le son Motown plus accessible à un public de « white kids » biberon­nés au tempo binaire du rock ‘n roll, Berry Gordy en oublie le fondement de son succès : les racines de la musique afro-américaine. Le résultat de l’indigeste soupe que fait désormais concocter Gordy, a pour conséquence, la chute de l’autorité Motown dans les milieux africains-américains, et la vente, postérieure, de son label au conglo­mérat MCA, puis à Polygram, entraînent les départs de légendes telles Diana Ross, William « Smokey » Robinson, et un conflit artistique avec Stevie Wonder.

Dick Griffey, le fondateur du label Solar.

En 1977, SOLAR (The Sound Of Los Angeles Records) reprend le flambeau de la musique noire là où Berry Gordy Jr, l’a abandonnée, pour des raisons strictement commerciales. Contrairement à son aînée, la Motown, Sound Of Los Angeles Records, comme son son l’indique, née à Los Angeles sous l’impulsion de Dick Griffey (1938-2010) — se donne pour objectif d’ouvrir de nouveaux horizons à la culture du rhythm ‘n blues, sans pour autant l’écarter de son public naturel, noir-américain. Animé d’un sens de la respon­sabilité vis-à-vis de la communauté noire, Dick Griffey, le jeune batteur prometteur et ancien étudiant de la Tennessee State University, mettra son talent au service de ses convictions. Ces dernières s’inspirent de la philosophie socio-politique de William Edward Burghardt Du Bois, fondateur de la NAACP – National Association for the Advancement of Couloured People/Association nationale pour l’avancement des gens de couleur- ‘voir Black News dossier 70’s, les années funk). C’est à dire : éduquer afin de générer de la richesse au sein de la société afro-améri­caine. Pour ce faire, cet ancien promoteur de concerts, tour­nées locales et internationales, s’entoure de toute une nou­velle génération de musiciens et producteurs parmi lesquels Leon Sylvers, Antonio « L.A. » Reid et Kenneth « Edmonds » Babyface, ainsi que Reggie et Vincent Calloway.

Son objec­tif : reformuler le rhythm ‘n blues en l’amenant dans les contrées d’un funk sous forme de patchwork, où se rejoignent la danse et les éléments harmoniques et mélodiques. Le tout coiffé d’une base rythmique et d’une panoplie de sons sophistiqués.

 

Les groupes phares de Solar

 

Fidèle à son projet, Dick Griffey signera The Deele au milieu des 80’s (dont faisaient partie, entre autres, L.A. & BabyFace, Times 3, et Third Avenue). A l’époque, très peu des noms sus-cités étaient synonymes de réussites artistique et commerciale. C’était également le cas de Carde Lucas dont le morceau « Summer In The Street » (1984, Constellation Records) eut un succès d’estime dans les circuits dance euro­péens, malgré une tessiture artistique nettement plus intéressante, car jusqu’alors ignorée du grand public.Collage, groupe composé de « funksters » afro-américains et latinos-américains, est l’exemple typique du son de Los Angeles Records. En mêlant une soul sophistiquée à un funk racé, Collage incarne à la perfection, cette idée de renouveau qui a guidé Dick Griffey, dès son passage de Soul Train Records à la fondation de Solar, en 1977.

Dans la même veine, voire plus hardi dans la recherche de la sophistication, le groupe Lakeside auquel le chanteur Otis Stokes a contribué à forger une identité funk-pop, sans extirper la base rhythm ‘n blues. Né à Dayton (Ohio), le groupe s’est installé à Los Angeles vers la fin des 70’s. Le hit qui leur servira la reconnaissance internationale sur un pla­teau sera « Outrageous » (1984).

Autre band de talent, Midnight Star, fondé par les frères Calloway, Vincent et Reggie. Ils auront, eux aussi, leur heure de gloire, avec Midas’Touch et Wanna Be Rich. Mais les groupes de l’écurie Solar qui peuvent prétendre à une consécration planétaire solidement acquise sont sans l’ombre d’un doute, The Whispers et Shalamar, sans oublier Dynasty, bien que moins connu du grand public, malgré le succès de leur hit post-disco, I Don’t Wanna Be A Freak…

Composés des jumeaux Wallace « Scotty » et Walter Scott, Nicholas Caldwell, Leavell Degree et Marcus Hutson, The Whispers s’inspiraient des chanteurs de jazz des années 50. Ce qui les différenciait des autres groupes vocaux de l’époque était le fait d’avoir en leur sein quatre ténors, un baryton et pas de basse. Pendant près de vingt ans, ils nous ont brassé les harmonies les plus originales et « soulful » de la soul music, en fusionnant de belles mélodies et un ­funk léger avec un clin d’œil à la dance music. Leur heure de gloi­re sonne, juste un an après la formation de Solar, en 1978, avec « And The Beat Goes On », un single extrait de leur album éponyme The Whispers (1978). Remixé, le single prendra d’assaut les charts du monde entier en 1979. Tout aussi méri­toire, leur album Son Good (1984) et son hit « Some Kinda Lover ». Le groupe réitérera son succès presque dix ans plus tard via LA & Babyface, avec Rock Steady.

Shalamar est certainement le groupe le plus populaire de la maison Solar. Formé par Howard Hewett, Delisa Davis, Micki Free et Jody Watley, Shalamar est devenu une de ces machines déroutantes de la fusion soul-funk-rock grâce à la forte personnalité musicale de chacun de ses membres. Howard Hewett, né à Akron (Ohio) d’une famille de chan­teurs, est devenu une des voix les plus consistantes de la planète soul, vivement apprécié par Stanley Clarke, avec qui il travaille régulièrement. Micki « I was bora to rock » Free, de Dallas (Texas) a grandi en Allemagne où son père était mili­taire dans le cadre de l’Otan. Il doit son jeu de guitare fou­gueux à son amour immodéré pour le rock ‘n roll, et surtout à un père spirituel Jimi Hendrix. Delisa Davis, la dame des claviers, est quant à elle, née à Atlanta (Georgia) ; elle parta­ge le chant avec Howard Hewett. Le morceau « Dead Giveaway/ln The Look », (1983) qui leur a valu une nomina­tion aux Grammys Awards, est une des productions exceptionnelles de ce groupe, reflet d’un rhythm ‘n blues nouvelle formule. De cette époque, les Shalamar nous ont légué l’album Heart Break (1984) et son hit single « Dancing In The Sheets ». Les Whispers, Dynasty et Shalamar imposeront à la fois un son, mais aussi la griffe d’un producteur…

Leon Sylvers, l’architecte du son Solar.

..Leon Sylvers. Sylvers va en quelque sorte redéfinir le R&B, servant de tremplin au couronnement plus tard de ces grands noms de la production que deviendront Foster & McElroy, LA & Babyface et, bien sûr Jam & Lewis. Ces der­niers lui doivent leur baptême du feu dans la production avec le séminal Wild Girls de Klymaxx, une bande d’allumés du heavy-funk, dans laquelle se trouvait une certaine Sheila Escovedo qui deviendra plus tard Sheila E, une fois entrée dans le sérail du petit Prince de Minneapolis.

 

La fin de Solar

Le moment sera, malheureusement, mal choisi, Solar rom­pant son contrat de distribution avec RCA pour passer chez Elektra. Toutes les productions du moment pour Shalamar, les Whispers et Lakeside seront d’ailleurs noyées dans la tourmente. La fin des années 80 marquera l’effacement quasi-définitif du label frappé du célèbre logo, avec le désin­térêt progressif voué à la musique par un Dick Griffey qui songe un temps à embrasser une carrière politique. Résultats, The Deele se désagrège peu à peu, avec le départ de ses leaders, LA & Babyface. Howard Hewett en 1986, puis Jody Watley, deux ans plus tard, quittent Shalamar, condam­nant le groupe — dont le nom (déposé) est la propriété de Griffey — aux oubliettes. Les Whispers rejoignent Capitol au début des 90’s, pour, à leur tour, se désagréger, avec le départ des frères Wallace, Walter & Scotty, qui nous lèguent un album en 1993. Et Solar de devenir une subdivision quasi désarmorcée d’Epic aujourd’hui, avec pour seule tête d’af­fiche, un Babyface en proie aux doutes depuis sa brouille avec L.A. Reid.

 

The Sound Of Los Angeles, Compilation (Vogue/BMG)

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