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jeudi, novembre 22, 2018
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La révolution Hip-Hop (5/6) : Top producers

Par Damien Konaré et Arnaud Fraisse

 

Derrière chaque artiste, chaque groupe, il y a, à la manette, le génie d’un producteur qui façonne le son que l’on attribue au premier. C’est donc la pierre angulaire du mouvement. Voici ceux qui ont fait l’histoire du hip-hop.


Au commencement de la légende du rap, il y a une femme : Sylvia Robinson. Cette grande prêtresse hip-hop noire-américaine, qui a changé en or tous les vinyls touches de ses doigts magiques : de The Sugarhill Gang à the Treacherous Three, en passant par Grand Master  Flash.

Adolescente, « Little Sylvia » chantait pour le compte des disques Savoy. Plus tard, elle enregistre un single R&B vendu à plus de 1 million d’exemplaires. Avec son mari Joe Robinson, elle ouvre, dans le Bronx, le club Morocco et crée son  premier label, All Platinum, à la fin des 60’s. Alors réputée pour son avant-gardisme, le couple n’hésite pas  à signer des groupes à l’époque jugés marginaux. C’est donc tout naturellement qu’en octobre 1979, en pleine vague disco, elle signe les Sugarhill Gang sur son tout nouveau  label (Sugarhill Records), qui Ian­cent leur fameux « Rappers Delight » en version maxi de 15 minutes ! Pari osé qui s’avérera payant… La grande aventu­re commence…

Trois ans plus tard, on  raconte que la diva d’Englewood (New Jersey) aurait forcé la main à Grand Master Flash pour le décider à enregistrer « The Message », trop chargé de sens à son avis. Une fois de plus,  miss Robinson a visé juste : « The Message », qui deviendra le premier hymne de la revendication  sociale rappée, s’écoule à plus de cinq cents mille exemplaires en moins de vingt et un jours ! Un jackpot de plus, qui placera définitivement le rap sur les voies de la conquête internationale en cet automne 1982.

Dès lors, New York, véritable Mecque du hip-hop, verra naître en son sein toute une kyrielle de producteurs talentueux : Curtis Mantronik (Mantronix), Hurby Luv Bug (Salt’n Pepa, Kid’n Play), ou bien encore  Marley Marl qui dirige le « Juice Crew » en direct du Queens, New York.  « D.I.Y », Do It Yourself, est alors devenu le maître-mot. Marley Marl a eu, en ce sens, un parcours exemplaire. Dès l’âge de 15 ans, il fait le dj dans les parcs et clubs, puis produit des morceaux sur un 4- pistes dans le salon de sa mère.II commence à se faire un nom, remixe, anime une émission de radio, et finit par créer House Of Hits, son propre studio 24-pistes où passeront entre ses mains quelques représentants de la crème new-yorkaise : Roxanne Chanté, Eric B & Rakim, Bigg Daddy Kane, Intelligent Hoodlum (qu’il a découvert), Biz  Markie, MC Shan, Chaka Khan, LL Cool J et, récemment, The Lords  Of The Under­ground … Do it yourself !

Bien que largement maîtrisé par les toutes-puissantes major companies (Sony, Warner…), le rap a toujours tenu à s’auto-gérer,  c’est-à-dire à être produit par des connaisseurs issus du mouvement hip-hop. II est également une tradition : regrouper autour d’un DJ-producteur plusieurs artistes sur le même label. On l’a vu avec Marley Marl et son Juice Crew paru sur Cold Chillin’. Sur le même modèle,  le gratin hip-hop d’East Orange (New Jersey) s’est regroupé autour de DJ Mark The 45 King : Queen Latifah,  Naughty By Nature, Lakim Shabazz et, plus récemment, Apache, forment ainsi le Flavor Unit sous les bons auspices du label Tommy Boy.

A New York, la première révolution rap a été orchestrée par le duo Rubin/Simmons.  

Russel Simmons et Rick Rubin

Rick Rubin/Russel Simmons

Le premier, Rick, est un Blanc aux antécédents rock, qui viendra saupoudrer de riffs heavy metal endiablés le rap de LL Cool J (« I Need A Beat »),  des Run DMC (« Walk This Way » avec Aerosmith pour l’occasion) ou, plus généralement, celui des Beastie Boys. Le second, Russel, n’est autre que le frère de Run Simmons (de Run DMC) et navigue dans la société Russel Management. Tous les deux, ils créeront le mythique label Def Jam Recordings qui contribue­ra, outre les précités, au suc­cès des groupes tels Public Enemy ou Third Bass. Depuis, Rubin est retourné à ses premiers amours et Russel Simmons, 35 ans, se retrouve à la tête d’un empire estimé à 34   millions de dollars : Rush Communications. Ce véritable trust opère dans tous les sec­teurs clefs de l’économie hip-hop : les fringues (via la marque « Phat Farm »), la musique (via sept labels et des sociétés  de publication), la télé (avec le Def Comedy Jam), le cinéma  et,bien sûr, le mana­gement.

La seconde révolution chez Def Jam s’est faite à l’instigation du non  moins legendaire Bomb Squad, un combo de produc­teurs (Hank & Keith Schocklee, Eric Sadler et Carl Ryder)  qui a, notamment, produit le chef-d’oeuvre discographique de la décennie : It Takes  Nations Of Millions To Hold Us Back de Public Enemy, sorti en 1988),  puis la première échappée solitaire d’lce Cube » (Amerikkkas Most Wanted). Bien d’autres producteurs se sont succédés au panthéon du succès sur la place de New York mais il en est un qui s’est particulièrement démarqué du lot en 1992 : le brillantissime Pete Rock.

Pete Rock, The Soulbrother Number One

Flanqué du rappeur CL Smooth, il a commis l’un des albums phares de l’année dernière (Mecca & The Soul Brother), le genre de disque  référence sur lequel on se penchera encore dans dlx ans quand on voudra connaître le son de l’époque. Chantre du jazz-funk-soul,  Pete Rock s’explique :  « La seule chose qui soit originale dans notrmusique sont les paroles (… ) On ne fait que prendre des vieudisques, on se les approprie à notre façon, pour en faire des titres estampillés Pete Rock & CL Smooth« . Le gars est bien modeste et ses compères (et  les spécialistes hip- hop), qui l’ont nommé meilleur producteur de l’année 1992, ne s’y sont pas trom­pés. Ses talents de remixer-producteur sont particulièrement prisés dans la communauté comme en témoigne l’impressionnante liste de ses clients: Johnny Gill, EPMD, P.E., Kid ‘N Play, Brand  Nubian, House Of Pain, Run DMC, Shabba Ranks …

 

West Coast

 

La Côte Ouest n’est pas en reste. Beaucoup ont créé leur propre label. Ice-T (Rhyme Syndicate Productions), Parisla panthère noire de San Francisco  (Scarface Rds), ou encore Ice Cube (Street Knowledge Productions). Ce dernier a ainsi produit, sur son label, Kam et Da Lench Mob, auteurs d’une pièce maîtresse en matière de gangsta rap : « Guerillas In Tha Mist ». Mais il est un homme qui a longtemps fait la pluie et le beau temps à L.A., c’est DJ Pooh, également à la tête de son propre label et de sa compagnie de production. Apôtre de samples P-funk, typiques de la Côte Ouest (Sir Jinx, Da Lench Mob…), i a offert ses services à King Tee, Ice Cube et à LL Cool J, cassant ainsi le mur séparant les côtes Est et Ouest. Mais son talent a été quelque peu mis à l’ombre ces der­niers temps par le succès de DJ Muggs de Cypress Hill. Mixer-producteur pour Yoyo, Daddy Freddy, Ice Cube, House Of Pain et les Funkdoobiest. L’homme aime les boucles simples et répétitives et préfèrent opérer des effets vocaux plutôt que de trop surcharger sa musique de sons.

1993 sera  pourtant sans aucun doute l’année Dr. Dre, ex-producteur et membre de N.W.A. qui, avec The Chronic, a réalisé un petit chef-d’oeuvre mid-tempo dont il s’est fait l’un des spécialistes incontestés. Cet album nous introduit au coeur de Death Rowsa  nouvelle famille d’où  émergent deux   MC’s aux talents certains : Rage et Snoop Doggy Dogg, l’homme sur qui il faudra désormais compter, qui brille sur des titres tels que « Nuthin’ But A G Thang » ou « Lil’ Ghetto Boy ». Affaire a suivre ….

Ant Banks

II est le créateur du Oakland Sound, qui a permis à Too Short et à Spice 1 de vendre des millions d’albums, surtout sur la Côte Ouest. II utilise souvent une vraie batte­rie et joue ses mélodies plutôt que de les sampler (cf. Sittin’ On Somethin’ Phat, son album solo). De nombreux titres sur la B.O. du film Menace II Society donnent un juste aperçu de son tra­vail et de son influence sur d’autres rappeurs califor­niens (DJ Quik, Compton’s Most Wanted … ).

DJ Muggs  

Apparu en 88-89 avec le groupe 7A3 (dont un titre figure sur  la B.0. de Colors, réalisé en 1988 par Dennis  Hopper), Muggs s’est surtout fait remarquer en 1991, avec la sortie du premier album de Cypress Hill dont il est le DJ. Maître d’oeuvre d’un son « sale », parsemé de sonorités stridentes, Muggs a une grande part de responsabilité dans le succès des Soul Assassins (Cypress Hill, House Of Pain et Funkdoobiest), qu’il a produits, seul ou avec leurs DJs respectifs, Lethal et Ralph. Depuis Muggs, on sait qu’il y autre chose que le gangsta rap à L.A…

Dr Dre, le créateur du G Funk

Unanimement respecté par ses pairs, l’ancien N.W.A., choisit de tout recréer ou presque. II fait lui-même la plupart de ses beats et lignes de basse et fait jouer les samples par des instrumentistes plutôt que d’échantillonner et mettre en boucle. II baptise son style le G funk, cocktail explosif, et lucratif, de gangsta rap et de P-funk. Son album, The Chronic, est I’a matrice de la spécificité du son « Dre ». II doit produire certains titres pour K-Solo (ancien membre du Hit Squad d’EPMD), et… Ice Cube. Dr. Dre a d’ores et déjà, avec NWA ou en  solo, définitivement marqué le gangsta rap califomien, et le hip-hop..

Diamond D

Moins connu par le « grand public », mais très réputé Diamond ou Diamond D au choix, est à l’origine de quel­ques grandes réussites hip-hop, comme le hit des Brand Nubian  « Punks Jump Up … « .  Son style est marqué par le funk des 60’s et 7O’s mâtiné d’influences jazzy. Pas de boîte à rythmes, Diamond utilise de vieilles rythmiques soul ou funk. La somme de ces éléments nous donne un son cru et puissant qu’il a établi en travaillant avec ses comparses Lord Finesse ou Showbiz & AG. II a également sorti un excellent LP, Stunts, Blunts & Hip Hop,  mais il a récemment décidé de se consacrer uniquement à la production. Sa liste de clients a de quoi  impressionner :  Apache, Ed OG & The Bulldogs, Fu­Schnickens, Run DMC, Illegal  …

The Beatnuts

L’escouade qui monte. Monie Love, De La Soul, A Tribe Called Quest, Pete Nice, Common Sense, Chi-Ali mais aussi Naughty By Nature ont  exigé le son  jazzy et « cuivré » du trio. lls savent également rapper, comme le prouve leur excel­lent album Intoxicated Demons« .

Hank Schocklee (The Bomb  Squad)

1991 a été son année de gloire. Fear Of A Black Planet de Public Enemy, Soul Brother n°1 de Son Of Bazerk et Amerikkka’s Most Wanted de Ice Cube ont permis au Bomb Squad d’établir ce son saturé, hardcore et puissant. Depuis, la cote du Squad a légèrement bais­sé, mais attendons le prochain Public Enemy…

DJ Pooh

Grand maître d’oeuvre du Lench Mob (Ice Cube, Yoyo, Da Lench Mob, Del, Kam) avec Sir Jinx, Pooh a également produit King Tee. II a été parmi les premiers à mettre du P-funk (Parliament et Funkadelic entre autres) dans ses compositions, renouvelant ainsi le gangsta rap de Los  Angeles, de Compton pour être précis.

The Large Professor

Ancien membre de Main Source, il fait partie des producteurs du moment (Apache, Mobb Deep) et du futur (Akinyele, Nasty  Nas). Son style est assez dépouillé, marqué par des cuivres soul, voire jazz. Il donne un ton particulier à ses compositions en doublant parfois ses caisses claires.

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