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La révolution Hip-Hop 2/6 : Hip-Hop Nation (1982-1987)

Par Damien Konaré & Arnaud Fraisse

 

Après les Last Poets et leurs poésies sans concession sur fond de tambours africains, la première vague des hip-hoppeurs a commencé à intégrer l’instrumentation dans les compositions. Voici les figures marquantes de cette période de transition.

 

Afrika  Bambaataa

A la fin des années 60, Afrika  Bambaataa grandit  au sein des Black Spades, un des plus fameux gangs noirs de la place new-yorkaise, qu’il quittera, suite  au décès de son ami dans un affrontement. Fondateur, avec Afrika Islam, de la Zulu Nation, organisation chargée de pacifier la communauté noire minée par la violence urbaine, Afrika Bambaataa garde à jamais l’image de parrain de  la nation hip-hop. Précurseur en matière de DJing rap (1976) avec les Flash et autre Herc, Bambaataa  est connu pour ses goûts des plus éclectiques : il n’hésite pas à mixer funk, rock blanc, musique japonaise ou musique classique (!). Son coup d’éclat majeur reste « Planet  Rock »,  un morceau paru en 1982 et qui a ouvert la voie à toute la vague électro. Jusqu’en 1985, date de son premier album, Bambaataa se contente de quelques maxis par-ci par-là. Ces dernières tentatives musicales plus que douteuses (house italienne) ne doivent en aucun cas faire oublier l’influence marquante d’un des artistes les plus respectés de la planète rap.

LL Cool J.

Le lover de ces dames a mis le premier pied dans le plat en 1984  avec  « I Need A Beat », un  maxi résolument hardcore. Le succès est immédiat, et Cool James enregistre, en 1985,  Radio, son premier  album,  produit  par  Rick Rubin, chantre de la fusion rock-rap. LL va rapidement devenir une star toutes catégories avec des titres comme « Go Cut Creator Go », « I’m Bad » ou le fameux « I Need Love ». Ce dernier est un slow rap langoureux ou le « bad » nous évoque ses besoins affectifs. Une première qui lui vaudra un tollé général de la part de ses collègues. Pourtant, la formule fonctionne à merveille et Cool J n’hésitera pas à la réitérer dans ses albums suivants. II marque les plus belles pages du rap aux côtés de Run DMC  et des Beastie Boys, Slick Rick, Third Bass  et Public Enemy au sein de l’écurie Def Jam Recordings. Avec aujourd’hui cinq albums à son actif,  LL Cool J fait  désormais partie du cercle fermé des grosses cylindrées rap qui ont survécu au temps et à toutes les évolutions musicales.

Lire aussi Ladies Loves Cool James l’interview de LL Cool J

 

Eric B & Rakim

Ce  duo est peut-être le groupe rap le plus mythique du rap. Relativement peu prolifique par rapport à certains de leurs confrères, quatre albums en huit ans de carrière, chacune de leurs œuvres est une pièce maîtresse que tout amateur de rap digne de ce nom se doit de posséder sous peine de mourir idiot. Paid In Full (1987), Follow The Leader (1988),  Let  the  Rhythm  Hit’Em (1990) et Don’t Sweat The Technique (1992) sont autant d’albums  où s’expriment la virtuosité et la parfaite symbiose entre Eric B, le DJ, et Rakim, le rappeur au phrasé tout en souplesse. Très secret, le duo de Long Island, qui n’accorde que peu d’interviews, a fait couler beaucoup d’encre, et bien des rumeurs ont circulé à leurs propos (emprisonnement pour deal de crack, etc.).

Boogie Down Productions

Leader du cartel BDP, tout droit venu du South  Bronx, Mr  Knowledge  Reigns Supreme Over Nearly Everyone,  alias  KRS-One,  règne effectivement en maître incontesté sur la frange du rap conscient. Impliqué dans toutes sortes de causes, les mensonges à l’encontre de I’humanité (« H.E.A.L »). les  sans-abris ou encore la violence inter-gangs  (« Stop The  Violence »), KRS-One n’aura eu de cesse de faire passer des messages vindicatifs exhortant les jeunes à se cultiver, dénonçant la brutalité policière ou l’exploitation pratiquée par les grands de ce monde, le tout balancé sur un son minimaliste qui fait sa marque  : grosse basse,  gros beat. Un bon nombre de rappeurs formés au sein du combo BDP ont, depuis, tenté  une carrière solo avec plus ou moins de réussite (D-Nice,  Harmony,  Jamal-Ski … ) Si l’on devait retenir deux œuvres maîtresses de la longue et  prolifique carrière de KRS-One, on citera, entre autres, Criminal Minded (1986), modèle du gangsta-rap made in New-York  et Edutainment (1990) où KRS-One don­ne toute la mesure de son esprit contestataire de la société américaine violente  et raciste.

Lire aussi : KRS One, The Teacher

 

Ice-T

Orphelin a l’âge  de 13 ans, le petit  lce-T est recueilli par sa tante qui habite… Los  Angeles. II va très vite plonger dans l’univers des gangs et se livrer  à toutes sortes d’arnaques avec ses « collègues » de travail. Mais lce-T sera le premier à comprendre, sur la Côte Ouest, que conter ses exploits de gangster sur disque peut rapporter gros. Ce sera le concept de Rhyme Pays, son premier album, paru en 1987. Notre homme a vu juste, et six ans plus tard, avec cinq albums à son actif (dont le fabuleux Power, en 1988), il a quitté les  bas quartiers de L.A. pour un exil doré à Hollywood où il coule, dans sa  magnifique villa, des jours paisibles, en compagnie de son gamin et de son épouse Darlene… Habile dans la gestion de sa carrière, Ice-T a su judicieusement diversifier ses centres d’intérêt, jonglant entre rap, cinéma (Ricochet, New Jack City...) et des explorations rock-hardcore avec les Body Count. Malin, le petit orphelin de South Central…  Même si son dernier album, Home Invasion, connaît quelques désagréments Outre­ Atlantique, et sa popularité une certaine baisse de régime …

 

Big  Daddy Kane

Sex-symbol de la planète rap, BDK a passé son doctorat en rap au sein  du Juice Crew  (Biz Markie, Kool G Rap, Intelligent Hoodlum, Roxanne Shante…) sous la houlette du producteur maison, Mr Marley  Marl.  Membre de la très intègre Five Percent Nation (la Nation des 5%). Antonio Hardy, de son vrai nom, a entamé sa carrière en 1988 avec la sortie de Long Live The Kane. Depuis, les albums se sont succédés avec une régularité constante. Mais peu à peu Big Daddy Kane a fini par plonger dans une soupe mellow, mi-rap mi-new jack, sans grande saveur, qui aura contribué à dérouter les fans de la première heure, séduits par son rap hardcore des débuts. Le but recherché : toucher un public plus large,enchanté par ses échappées cross-over.  II faudra que BDK opère un tournant décisif dans sa carrière pour obtenir à nouveau l’aval  des inconditionnels de pur hip-hop. Ce n’est sans doute pas son apparition dans « Sex » de Madonna, où il s’est montré dans le plus simple appareil, qui oeuvrera dans ce sens…

Damien  Conaré

Kool Moe  Dee  

Membre fondateur des mythiques Treacherous Three au début des 80’s,   Kool Moe Dee (KMD) établira sa légende grâce à ses victoires lors de défis mythiques contre Busy Bee, l’un des meilleurs rappeurs de la old school. C’est en 1987 seulement que KMD sortira son premier LP solo. Avec son  deuxième album, How Ya Like Me Now, Moe s’impose comme l’un des meilleurs rappeurs de tous les temps. Rap mêlant égocentrisme et conscience black, rivalité  avec LL Cool J, que Moe accusede plagiat (chacun répondant à l’autre par vinyl interposé) sont les ingrédients du succès de Kool Moe Dee. Les deux albums suivants, Know­ledge Is King et Funky Funki Funke Wisdom  ne connaîtront pas le succès des précédents, malgré le talent intact de I’interprète.

Slik  Rick  

Rick Walters est une des légendes du rap. Et ce, à différents titres. Tout d’abord, son style unique, apparu en 1985  avec Doug E. Fresh sur  « The  Show »  (titre référence  encore aujourd’hui), et établi en 1988 sur I’ album The Great Adventures Of Slick Rick, ont fait de lui le précurseur de grou­pes comme Digital Underground ou De La Soul, bien que Slick ait un plus grand penchant pour les histoires salaces. Ensuite, sa renommée doit beaucoup  à son talent de conteur : Rick est reconnu de ses pairs comme le meilleur « storyteller » du hip-hop. Enfin, en 1990, Slick  Rick, emprisonné pour une tentative de meurtre a pu enregistrer, lors  d’une semaine de permission,  un deuxième album, The Ruler’s Back. Son troisième, Behind Bars, est  attendu sous peu : à la production, Pete Rock, Large Professor et  Marley Marl. Symboles du respect qu’inspire Slick Rick.

The Beastie  Boys.  

Issus de la classe moyenne blanche, les Beastie Boys ont commencé en tant que groupe punk. En 1984, ils passent au rap et sortent leur premier maxi,  « Rock Hard ». Licensed to Ill est réalise en 1986  et rencontre immédiatement un  immense succès.  Ardemment soutenu par Def Jam, ils vendront plusieurs  millions d’exemplaires de Ia mixture rap/rock et contribueront à élargir  définitivement l’audience du rap. Ils quittent par la suite Def Jam, et sortent,  en 1989 chez Capitol, Paul’s Boutique, un album très réussi et beaucoup plus orienté hip-hop que le premier : le titre « Nonsense » de  King Ad-Rock, Mike D et  MCA est  moins apprécié et l’album n’est que disque d’or  (500 000 copies vendues) ! Check Your Head, sorti  en 1992, marque le retour des Beastie Boys à a leur fusion rap/rock agrémentée  d’instrumentation live.

Heavy D & The  Boyz

Apparu sur la scène rap en 1986 avec l’alburn Livin’Large,  Heavy  D a su ouvrir de nombreuses portes au hip-hop en y ajoutant, avec l’aide de Teddy Riley, une touche de R&B à son rap, tout en conservant le respect de la communauté hip-hop. Depuis 1989, et l’album Big Tyme, Heavy D a souvent pratiqué le crossover et a réussi dans deux domaines que l’on considérait comme  opposés il n’y a pas si longtemps.  II a également  donné sa chance à son cousin de Mont Vernon, Pete Rock. Parmi The  Boyz officiait T-Roy, danseur, aujourd’hui disparu et immortalisé dans « They Reminisce Over You », un des chefs-d’oeuvre de Pete Rock And Cl Smooth.  Blue Funk (1993),  marque le retour de Heavy D à un hip-hop plus street. Au regard de son   parcours,  une question : pourquoi respecte-t-on  Heavy D et pas MC Hammer ? Tout simplement parce que Heavy D ne s’est jamais servi du hip-hop, il le sert.

Lire aussi l’interview : Heavy D (1967-2011), l’icône du rap cool

 

Biz Markie  

Membre du Juice Crew (c’est lui qui a failli signer Big Daddy Kane et non  l’inverse !), le Biz est certainement le plus grand clown, mais aussi le plus respecté du hip-hop. D’abord reconnu pour ses talents de « human beat box », Biz Markie débute en 1985 avec Roxanne Shanté sur les maxis « Get Retarded » et « Def Fresh Crew » et sort son premier album produit par Marley Marl,  Biz  Markie Goin ‘Off  en 1988.  On y trouve « Pickin ‘Boogers » dont Jazzie B reprendra le beat sur  « Keep On·Movin », le plus grand succès de Soul II Soul. Biz Markie est parmi les premiers à avoir mis autant d’humour dans son rap et s’il se permet de tels délires, ou de chanter comme une casserole, c’est qu’il est loin  d’être un cancre à la production. En 1989, il remet ça avec The  Biz Never Sleeps et en 1991, avec I Need A Haircut. La même année, il est mêlé à une histoire de samples non déclarés, à l’origine d’une bonne partie de  la législation US sur l’échantillonnage. All Samples Cleared est le titre ironique de son dernier album, toujours aussi réussi.

Arnaud Fraisse

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