fbpx
jeudi, octobre 18, 2018
Accueil > A La Une > La légende Russel « Def Jam » Simmons

La légende Russel « Def Jam » Simmons

Propos recueillis par Leonard Sliva

 

Cofondateur du plus important label indépendant du rap, Def Jam, Russel Simmons est un homme occupé, toujours entre les côtes Est et Ouest américaines. Une longue attente, due à un problème de communication entre Simmons et son bureau new-yorkais, finalement  couronnée par un entretien téléphonique express. A l’aide d’un téléphone mobile et entre deux interruptions pour donner des ordres à son staff, Russel, depuis un hôtel de L.A., a subi sur fond musical, notre interrogatoire rap.

 

Black News : Avez-vous imaginé qu’un jour, d’expression de rue, le rap deviendrait une sorte de nouvelle forme d’art au sein de la musique populaire ?

Russel Simmons: A vrai dire, je n’ai jamais imaginé un statut pareil pour le rap. Lorsque j’ai créé Def Jam avec Rick Rubin, je savais qu’il y avait à la base une valeur marchande, mais je n’avais aucune idée de l’ampleur que ça prendrait. Je ne savais pas vraiment où tout ceci allait déboucher. Toute mon expérience s’est basée dans la confiance que j’avais en mon projet.

BN : Quels sont les obstacles auxquels vous devez faire face, en tant que  label indépendant de rap ?

R.S. : En fait, il y en a pas mal, car la plupart des majors ne sont pas motivées ou alors sont  incompétentes, lorsqu’il s’agit de promouvoir les rappeurs. En tant que label, nous comprenons mieux la problématique de cette musique, et savons exacte­ment quoi faire pour la promouvoir. C’est-à-dire que nous sommes plus précis quant à nos intentions et à l’objectif à atteindre.

BN : Depuis Les Last Poets, dans les rues de Harlem, le rap a été utilisé comme un moyen pour réactiver la conscience noire-américaine. Lorsque vous avez créé Def Jam, aviez-vous pensé à vous en servir, en dehors de l’aspect commercial, comme vecteur de messages sociaux et politiques ?

R.S. : Bien sûr ! Le fait de pouvoir faire passer un message à la fois social et politique a joué un rôle déterminant dans mon entre­prise, car je crois en l’importance des rappeurs en tant que catalyseurs de conscience. D’autre part, outre les implications sociales et politiques, la musique rap a une caractéristique en matière de communication qui lui est propre. C’est cette conviction qui guide mon action, et me pousse à la pro­mouvoir davantage.

 

« Lorsque j’ai créé Def Jam avec Rick Rubin, je savais qu’il y avait à la base une valeur marchande, mais je n’avais aucune idée de l’ampleur que ça prendrait. (…) Toute mon expérience s’est basée dans la confiance que j’avais en mon projet. »

 

BN : Vous  avez eu dans votre écurie The Beastie Boys.  On assiste à un  intérêt croissant d’artistes blancs américains pour  le rap.  Pouvez-vous nous  dire ce qui a changé pour les créateurs du  mouvement, les  Noirs, alors que cet  intérêt est devenu une réalité commerciale ?

R.S. : Disons que dans la pratique,  rien n’a changé, car The Beastie Boys ont  ete fortement influencés  par Run DMC.  Ils se sen­taient comme une partie intégrante  d’une génération dévelop­pant  une nouvelle forme d’art rebelle, à l’instar du jazz, du blues et du rock’n roll dans le passé.

BN : Quels sont vos rapports avec les medias aux Etats-Unis ?

R.S. : lls ont toujours été marqués par une certaine tension, autrement  dit, les médias n’ont  jamais été aussi bons que nous l’aurions souhaité.  Mais en ce qui concerne la presse rock, je dirai que lorsqu’elle a compris ce qu’était le rap, elle a chan­gé  d’avis. A l’heure actuelle, elle  accompagne et soutient plus que jamais l’évolution du rap.

BN : Le rap bénéficie-t-il du soutien des stations radios ?

R.S. : Non ! Non ! La radio ne l’a jamais soutenu. La seule émission à l’échelon national,  c’est  « Y o !  MTV Raps ! » (interview des présentateurs Dr Dre et Ed Lover à paraître bientôt. Ndlr) Je tiens à préci­ser que les classes moyennes  américaines, noire ou blanche, trouvent le rap très agressif. Et dans le cas spécifique de MTV, son intérêt pour le rap est très récent. Je pense que ce sont les jeunes  qui ont poussé les responsables de la chaîne à s’y mettre.

BN : Récemment, nous avons vu Time-Warner résilier son contrat avec lce-T.  A quel point le fait de s’opposer à des pratiques de discrimination raciale est-il devenu un problème pour des rappeurs noirs-américains ?

R.S. : En ce qui concerne la rupture du contrat d’Ice-T, je crois que c’est dû à des considérations purement financières. II y avait, en effet, d’importantes sommes d’argent en jeu et par conséquent,  Warner, face  au choix qui  lui était  donné, a tranché pour la rupture. Mais d’autre part, il est vrai que la censure est devenue une question sérieuse pour les artistes noirs. A l’inverse, sur le plan économique, la discrimination a baissé. Aujourd’hui, les Africains-Américains font partie de  la communauté  des affaires dans le rap business, car ils ont  montré  un certain  dynamisme  et une efficacité certaine. Inutile de dire que grâce au rap, ii s’est forgé un nouvel esprit d’entreprise au sein de la communauté  africaine-américaine. II y a de plus en plus de jeunes entrepreneurs et également des rappeurs noirs qui sont devenus riches. L’évolution du rap reflète en quelque sorte l’état actuel de la communauté noire aux Etats-Unis. Prenez  l’exemple de l’émergence d’un groupe comme Public Enemy. II a apporté un sens de rationalité à la jeunesse noire qui  pourrait s’avérer  bénéfique  pour les futures générations. Public Enemy a suggéré des réponses à certains problèmes, et cela a beaucoup changé l’état d’esprit des jeunes Noirs, vers une attitude plus positive, sur ce qu’ils sont et leur raison d’être dans la vie…  A cet  égard, je pense qu’on peut se réjouir que des groupes comme eux aient pu, positivement, influencer d’autres jeunes.

One thought on “La légende Russel « Def Jam » Simmons

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *