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samedi, octobre 20, 2018
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KRS 1 : The teacher

Par Michael Dread

 

Krs-one (Kris Parker dans le civil), c’est le père spirituel de Criminal Minded, Boogie Down Production et du label H.E.A.L. (Human Education Against Lies/ L’éducation des masses contre le mensonge). Portrait d’un maître.

 

Des rappeurs, on ne retient (malheureusement) trop souvent que les coups d’éclats de violence verbale et le caractère subversif des plus turbulents d’entre eux. Ces faits occultent quelques fois le côté positif du mouvement et suffisent à nourrir des critiques agressives des plus timorés d’entre nous, simplement parce que les mentalités surfaites et l’ignorance confortable de certains, se complaisent à tirer à bout portant sur le mouvement dans le seul but de le salir. Leurs préjugés malsains les empêchent d’aller plus loin dans l’analyse profonde de cette révolte des rues. Et pourtant, les rappeurs ne sont pas les « voyous » qu’on essaie de nous faire croire. A l’inverse de leurs aînés de la soul qui se contentent de critiques velléitaires sur les carences de l’éducation et l’analphabétisme d’une partie de la communauté noire américaine, soulageant  leur conscience de nantis par quelques concerts de charité, bon nombre de rappeurs vont au charbon. Au lieu de nous abreuver de sacrosaintes lyriques larmoyantes, ils s’expriment avec une vérité choquante.

Car dans nos sociétés occidentales, ce qui est choquant, c’est de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas ou sait. Peut-être parce que ces jeunes devraient auréoler leurs messages de lyrics plus édulcorés. Mais voilà, le rap est un genre sans concession, comme le résume assez bien Krs One, le fer lance du collectif Boogie Down Production (BDP) : « Le rap est une musique rebelle et ne doit servir qu’aux rebelles. » Ces différentes déclarations lui ont souvent valu le qualificatif de « militant de la cause noire ». Si cette étiquette n’est pas totalement usurpée, Krs One ne se contente pas seulement de balancer des paroles en l’air ; il joint les actes à la parole. Ce qu’on oublie trop souvent de préciser, c’est le caractère social positif du rap. Et kris Parker est l’un des piliers de cette vague de rappeurs qui sillonnent les lycées et collèges pour convaincre les jeunes d’y rester afin d’acquérir les armes qui leur serviront à mieux lutter contre l’injustice sociale. Et il sait de quoi il parle.

 

« Le rap est une musique rebelle et ne doit servir qu’aux rebelles. »

 

Boogie Down Production

A l’âge de treize ans, il arpentait les rues, les bancs publics et les stations de métro jusqu’au Franklin Shelter, point de encontre des sans domicile fixe de son South Bronx natal. C’est à cette période qu’il se lie à Scott Sterling (DJ Scott La Rock) avec qui il fonde BDP, un collectif soucieux de la vie des Noirs dans le ghetto. Ensemble, ils mettent sur pieds « Crack Attack », le premier 45 tours entièrement financé par le groupe. En 1986, « Criminal Minded » sort le groupe de l’anonymat grâce à des singles comme « Poetry », « Super Hoe », « The Bridge Is Over ». Ce premier trente centimètre sortira le tandem des ténèbres de l’underground et mettra la machine Boogie Down Productions sur les rails de la reconnaissance publique. Mais l’assassinant de Scott a failli interrompre la marche progressive de la locomotive BDP.

Kris Parker, bien que secoué par la disparition de son ami, décida de continuer l’oeuvre en mémoire de Scott : « Scott voulait que l’on aille de l’avant », dira-t-il. Gonflé par cet impératif, Krs-one, passé entre temps chez Jive, sort By All Means, fortement imprégné de la pensée de Malcolm X. Son but : canaliser toutes les ondes négatives des gamins pour les convertir en énergie positive. Ces interlocuteurs ont bien compris le message, si on en juge par la carrière des singles comme « My Philosophy » « I’m Still N°1 » et « Stop The Violence » (composé avec Scott La Rock).

 

Stop the violence

En 1989, plusieurs affiches du milieu rap se sont jointes à lui pour former le mouvement Stop The Violence dont le but est de mettre l’accent sur les conséquences de la violence dans la communauté noire. Premier résultat de ce collectif, Self Destruction, le projet discographique qui réunissait plusieurs gros calibres dont Kris lui-même, Public Enermy, Mc Lyte, Kool Moe Dee, Stetsasonic. Les bénéfices de l’album qui s’élevaient à 500.000 dollars ont été entièrement versés à la National Urban League pour la subvention de programmes éducatifs pour la jeunesse afin d’éradiquer l’analphabétisme et la délinquance dans les ghettos. Si cette étiquette de militant de la cause noire que j’évoquais plus haut lui colle ainsi à la peau, c’est simplement parce que Kris, tout au long de ses albums, a une position sans équivoque. Sur le single « Why Is That », extrait de l’album Ghetto Music : The Blueprint Of Hip-Hop, il vole dans les plumes des oies blanches et leur vision de l’histoire : « On n’enseigne pas aux gamins blancs à devenir noirs », dit-il. Malgré tous les propos qu’on peut lui prêter, Krs One est avant tout l’incarnation physique du rap social positif.

Sex and violence (mentionnez en passant  Edutainment et By All Means Necessary, citation de Malcolm x qui précise un peu plus le point de vue du personnage) a été l’un des albums majeurs de l’année 1997. Prince Paul, Pal Joey, son frère Kenny Parker, D-Square ont tous mis la mais soit à la composition soit à la production des titres de cet album aux tempos lancinants et ouvert au ragamuffin. Freddie Foxxx qui était à ses côtés sur l’album Live Hardcore Worldwide (avec Ziggy Marley et Michael Stipe entre autres) est venu le rejoindre sur « Ruff Ruff » pour un duo d’enfer. Tout au long de l’album Kris déverse son venin sur les dealers de toutes sortes, le matérialisme des uns, le gangster rap des autres. Dans « Sex And Violence », Kris raconte comment se passer du commerce de crack au coin des rues américaines.

Oui, c’est dur, très dur,  mais avec kris on commence à en avoir l’habitude. Un joyau hardcore.

 

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