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dimanche, décembre 16, 2018
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Keziah Jones, Mr Bluefunk !

Propos recueillis Par Ariel Kyrou

Keziah Jones est né au Nigéria mais vit à londres. Son premier album, Blufunt Is A Fact, se nourrit d’une énergie plus radioactive qu’une imi­tation de râle à la James Brown, suinte le blues brulant de Chicago, et frappe, direct aux tripes, tel un dernier riff, signé Jimi Hendrix. Rencontre et interview.

Foulard à la gorge, et chapeau négligemment posé sur la tête, un rien débraillé, le jeune black a un petit air « old fashion ». Comme une réincarnation africaine et « hendrixienne«  d’Oscar Wilde. A ses côtés, une guitare, soignée comme un fétiche. Keziah ne colle à aucun stéréotype du musicien noir : il n’a pas les indis­pensables dreadlocks du reggaeman, n’est pas non plus tiré à quatre épingles tel un chanteur de soul. Curieux type que ce Keziah Jones, à la fois gamin, et déjà si solide, la tête bien sur les épaules. Un sage de 22 ans !

Nous parlons d’abord de son album. Evidemment. De « Blufunk », le nom qu’il donne à sa musique. « Blufunk », pour le blues, première des musiques, et pour le funk, « qui est le rythme, une percu liquide, chaude, complètement sexy. Le funk, dit-il, c’est la pulsation de l’Afrique. »

Black News : L’Afrique justement

Kezlah Jones : Je suis né et j’ai grandi au Nigéria. Quand javais dix ans, jadorais Fela, qui reste l’une de mes influences majeures. Mes parents m’interdisaient de l’écouter. Notamment à cause de ses textes, libres et provocateurs ! Fela ne respectait déjà aucune autorité, il fumait, s’entourait de femmes superbes. Pour mes parents, c’était comme le diable. Plus tard, j’ai été envoyé en Angleterre, pour étudier. Et , je nai pas arrêd’écouter Fela, puis j’ai découvert d’autres musiques : Hendricks, le funk, la soul, le blues ... Autant qu’un vieux griot, Fela est un sage.

« Mes parents m’interdisaient d‘écouter Fela. Notamment à cause de ses textes, libres et provocateurs ! Pour eux, c’était comme le diable. »

BN : C’est quoi pour toi un sage africain ?

K.J. : Un homme qui ne coupe pas sa tête de son corps et l’es­prit, des sensations. Un homme qui sait qu’il suffit de manger à sa faim, d’avoir un toit, une famille ou au moins des proches, et la musique, pour être parfaitement heureux ; il sait comment prendre la vie, il improvise, sans arrêt, dans toutes les situa­tions. Chaque minute est une découverte. Il y a beaucoup de sages en Afrique.

« L’esclavage nous a appris, qu’on ne peut empê­cher l’Afrique de chanter, qu’on ne peut éteindre son esprit. On ·nous a interdit les percussions ? On a pris des guitares, et il y a eu le blues !… »

Dans une école londonienne, Keziah subit de plein fouet les rigueurs, froides et castratrices, de la vieille Angleterre victo­rienne. Et l‘ethnocentrisme européen.

« Labas, continuet-il, on m’a bourré la tête d’imbécilités inutiles. A entendre parler mes profs, c’était comme si l‘Afrique n’avait jamais existé. Et puis un jour, je me suis rebellé. J’ai vu une cassette de Malcolm X, je l’ai entendu parler de l’Egypte el de lEthiopie, ces terres ancestrales où sons nées les premières civilisations. C’est en Afrique, que tout a marré. Sauf qu’au début, avant même le verbe, il y avait le son ! Bien plus tard, il y a eu l’esclavage : l’esclavage nous a appris, qu’on ne peut empê­cher l’Afrique de chanter, qu’on ne peut éteindre son esprit. On ·nous a interdit les percussions ? On a pris des guitares, et il y a eu le blues ! On nous a imposé la religion catholique ? Les églises ont été transformées par le gospel en lieux de transes ! · Et la soul, et le jazz, et même le rock de Muddy Waters que les blancs se sont mis à jouer ? L‘Afrique a envahi l’Occident« .

De l’Afrique, Keziah Jones a su garder l’esprit, plus que la forme musicale. Il improvise, caresse, cajole, et puis frappe sa guitare tel un conga. Une sorte de funk acoustique sans le moindre syn­t. A la fois doux et sauvage.

Keziah aime la rue. Tout y est possible. Il a même fait la manche dans le métro parisien. A ses heures perdues, il peint. Un soir, il lit Georges Bataille. Le lendemain, il zone avec des potes, et passe sa nuit, avec sa gratte, dans les rues.

Son album, où brille quelques joyaux, tels que « Rythm Is Love » ou « Where Is Life ?« , est certes inégal. La production semble trop bien léchée. Mais ce mec a de la classe. C’est dès mainte­nant qu’il faut le suivre.

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