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dimanche, septembre 23, 2018
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Jodeci : le phénomène US

Par Antoine « Wave » Garnier

 

Aux Etats-Unis, Jodeci est un phénomène. Les ventes de son dernier album, vendu à plus d’un million d’exemplaires le démontrent. Rencontre entre New et Paris.

 

Flashback. Dans un sowcase de Jodeci. Havelock Nelson, journaliste au magazine Billboard  : Hey, How R U doing Gordon (Chambers du magazine Essence). On croise autant le gratin de la presse noire, que les « industrieux » de la musique : Eddy F, Heavy D, LL Cool, etc. et bien sûr l’ami Russel (Simmons) qui ne manque jamais de se retrouver aux « parties » données par son confrère Andre (Harell).

Monsieur Harrell, enjoué, le costume parfait, et la verve hip-hop, joue le MC : « How do you like the show so far, ladies and gentlemen ? They sing their heart out for ya tonite… Puis s’adressant à son groupe, « Je crois que nous avons une petite surprise pour vous ce soir, ne bougez pas ! » Il sort quatre disques de platine de leurs emballages et les distribue à chacun des membres. Plus d’un million de Diary vendus. On s’approche de la barre des deux millions alors que l’album est à peine sorti et que le coeur de la campagne de promotiion est loin d’être atteint.

Jodeci collectionne depuis les honneurs de l’industrie du disque comme ceux de la presse à scandale, des prix à la pelle, et la recon­naissance de ses pairs. Devante et K-Ci font l’objet d’une arrestation pour tentative de viol présumée sur la personne d’une jeune fan. Sous la menace d’une arme à feu, les deux piliers du groupe l’auraient for­cée à vivre leur titre, «Gimme All You Got». Mauvaise publicité. On cherche à étouffer l’affaire. Andre Harrell, président de leur label, décla­re quelque chose comme «De nos jours, les garçons, jeunes et riches, sont parfois confrontés à des expériences avec des femmes qui ne sont pas toujours les plus dépourvues d’innocence.» Les «brothers» deviennent intouchables.

Paris, 5 janvier 1995. Je croise Dalvin dans le hall de l’hôtel Méridien, tandis que Jojo, toujours aussi discret, s’éloigne. Devante est déjà parti. (D’ailleurs, il ne devait pas être là, pour raisons de santé, selon la version officielle, et ne se produira pas le soir même au sein de son groupe… Ndlr). Selon Dalvin, Lucas leur a dit que l’interview est une nouvelle fois reportée. Mais Lucas n’est pas là. Je lui demande si néan­moins il en accepte une. Son garde du corps lui rappelle qu’ils ont un emploi du temps serré, mais il accepte. Mon Walkman tombe en panne. Je prends donc un stylo.

Black News Magazine : Vous vous présentez comme un groupe de hip-hop, mais vous êtes perçus par le public comme un groupe de R&B. Comment vous voyez-vous pourquoi ?

Jodeci : Ce sont les médias qui nous qualifient ainsi. Alors que ce n’est pas le cas. Nous sommes un groupe de jeunes Noirs faisant de la musique. Nous préférerions être vus comme un « street groupe ». C’est classique. Nous perpétuons la tradition. Nous ne sommes en compétition avec personne, pas même avec Boyz II Men comme on veut le faire croire. Personnellement, j’aime beaucoup des groupes comme Aerosmith ou Def Leppard ou des artistes comme Snoop (pour le style) ou Doctor Dre (pour la production). Nous pourrions être l’équivalent masculin de TIC»

BNM : Très peu de groupes hip-hop parlent d’amour…

J : Nous sommes un groupe de R&B hardcore, mais nous avons un comportement hip-hop. Tu as beaucoup de groupes qui n’osent pas aller plus loin dans cette direction. Notre force, c’est que nous n’avons pas peur de nous aventurer sur de nouveaux terrains. Le plus gros échec, c’est de ne pas essayer. Nous sommes comme les «Transformers», chacun apporte un élément particulier.

BNM : La limitee est-elle placée par les artistes ou le public ?

J : Je crois que le public est si habitué de nous voir chanter des chansons d’amour qu’il nous fait passer à une autre étape.(Pas tout à fait la même chose, en France… Ndlr). Beaucoup de gens veulent nous voir chanter l’amour mais beaucoup veulent aussi voir la version crue de Jodeci. Notre maison de disques nous veut toujours «laid back» parce qu’elle a peur que nous montrions ce que nous sommes. Je me rappellerai toujours le premier entretien que nous avons eu où on nous a posé cette question : «Quelle image voulez-vous avoir ?» Nous ne vou­lions pas porter de vêtements brilants, et paraître ce que nous ne sommes pas. En fait, c’est notre image qui a davantage compté que notre son. Personne n’avait jamais vu des artistes R&B s’habiller et se comporter comme nous.

BNM : Il court une rumeur de l’écriture d’un morceau pour Gun N Roses. qu’en est-il ?

J : C’est vrai, nous y travaillons. Il y a toujours un problème avec le mana­ger, mais Devante a fait trois morceaux pour Aerosmith.

BNM : Uptown semble avoir placé ses propres standards au sein de l’indus­trie. Notamment grâce à l’aide du plus jeune directeur artistique de l’histoire, Sean «Puffy» Combs. Que vous apporte-t-il ?

J : C’est une personne qui a écouté l’album, l’a aimé et c’est aussi un ami. Nous voudrions pouvoir marquer de notre empreinte la mode vesti­mentaire. Notre image suit notre format. Notre musique est gorgée de soul, s’inspire du blues, et nous voudrions faire partager notre vision.

BNM : Il est question d’un passage d’Uptown à Death Row ?

J : C’est une rumeur. Nous n’avons pas changé de management, nous y avons simplement ajouté du personnel. Nous sommes tous sur Uptown. Les médias s’en sont donné à coeur joie dès qu’ils ont su que nous collaborions avec le label de Dr.Dre (voir la compilation Murder Was The Case. Ndlr). Ils ont laissé entendre que ça sonnait la sépara­tion du groupe. Nous avons simplement pensé qu’il fallait renforcer notre équipe vis-à-vis du succès que rencontrait Jodeci. Une seule per­sonne (Steve Lucas en l’occurence. Ndlr) ne peut en gérer quatre quand celles-ci ont des besoins spécifiques. Chacun d’entre nous a sa compagnie, mais ce n’est pas pour brouiller les pistes. C’est simple­ment pour permettre davantage d’ouverture. Nous n’avons pas la gros­se tête, nous protégeons nos intérêts. Les gens n’étaient pas prêts pour ça parce que nous avons commencé jeunes dans ce business. Ils nous reprochent en quelque sorte notre désir d’entreprendre. Tout le monde a son propre son dans le groupe et il est difficile de réunir tous ces sons en un seul groupe, autrement c’est la confusion. Devante et Jojo sont plus «laidback» que moi et K-Ci par exemple. C’est pourquoi nous avons monté notre label ensemble. Ce serait nous mentir à nous-mêmes que de ne pas explorer nos propres envies. Mais Jodeci reste toujours.

BNM : Votre dernier album est un peu plus dur, tant au niveau des paroles que de la musique…

J : Nous n’avons pas essayé de faire des morceaux à la mode. Nous ne
sommes pas ceux qui veulent suivre la mode New Jack City. Nous tra-
vaillons d’ailleurs sur un projet de musique classique. Nous adorons les musiques de Stevie Wonder, de Prince, de Sam Cooke. Nous essayons cependant de nous distinguer des autres. Nous sommes un groupe fait pour les ballades. Nous voulions faire passer l’humeur de «Feening». Notre premier album reflète notre première expérience avec le monde du disque. Nous venions de Charlotte, nous avions quitté nos ami(e)s, notre famille. Il nous fallait tout recommencer car nous étions tous seuls. La pression de la ville se reflète sur ce deuxième album.

BNM : Que pensez-vous que les gens attendent de vous après un tel succès connaissant l’hypocrisie de l’Amérique vis-à-vis du sexe ? Pourquoi vous accepte t-on?

J : Tu ne vas pas plaire à tout le monde. Nous ne nous en inquiétons pas. Nous voulons ignorer cette pression pour être dans les meilleures conditions afin de réaliser un bon album. Je ne veux pas manquer de respect à  Boyz II Men mais s’ils essayent de parler de sexe, ça sonnera faux. Pour moi, ils ont été faits pour ce qu’ils ne sont pas. Nous n’essayons pas d’entrer dans une boîte pour vendre X millions d’albums supplémentaires.

 

« Nous avons bénéficié d’une mauvaise presse, spécialement des médias blancs qui n’ont voulu faire ressortir que le côté négatif des choses. Et c’est pour cela que nous avons intitulé cet album Diary Of A Mad Band. Il n’est pas normal que l’on focalise sur ce qui se passe .à côté de la scène pour juger la valeur artistique. «Diary» représente notre sen­timent de jeunes Noirs. »

 

BNM : Etes-vous conscients que ce que vous dites et faites peut être retenu contre vous ? (Allusion à la rumeur de viol et de comportement insen­sé de Jodeci lors du tournage de ses vidéos).

J : Nous avons bénéficié d’une mauvaise presse, spécialement des médias blancs qui n’ont voulu faire ressortir que le côté négatif des choses. Et c’est pour cela que nous avons intitulé cet album Diary Of A Mad Band. Il n’est pas normal que l’on focalise sur ce qui se passe .à côté de la scène pour juger la valeur artistique. «Diary» représente notre sen­timent de jeunes Noirs.

BNM : Vous voyez-vous en tant que sex-symbols?

J : Nous sommes d’abord des artistes. Devante et moi jouons respective­ment des claviers et de la batterie. Jojo et K-Ci sont aux voix. Nous ne sommes pas fous, nous savons que nous avons nos limites.

BNM : Vous dites dans une interview que vous n’êtes que des «reguiar guys». Qu’est-ce que cela veut dire ?

J : Que nous pouvons aussi bien nous promener dans le ghetto que de fré­quenter les restaurants les plus chics.

 

Jodeci Diary Of A Mad band (Uptown/MCA)

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