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mercredi, juin 20, 2018
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Jean-Claude Charles : inspecteur jazz (1997)

Par Jean-Bernard Gervais

 

LE ROMANCIER HAÏTIEN JEAN-CLAUDE CHARLES GLISSE, DANS UN RECUEIL DE NOUVELLES PUBLIÉ CHEZ GALLIMARD, SA PROPRE INTERPRÉTATION DE LA MORT DU SAXOPHONISTE ALBERT AYLER, ET EN PROFITE POUR REVENIR SUR SES THÈMES DE PRÉDILECTION : HAÏTI, LES FEMMES, LE RHUM…

 

La musique d’Albert Ayler, jazzman free plus les plus grands, en a obsédé plus d’un. Sa mort mystérieuse – la police a retrouvé son corps le 20 novembre 1970 dans l’East river, noyé – ne laisse pas non plus indifférent. Treize romanciers et journalistes, dans un recueil de nouvelles policières paru chez Gallimard, ont imaginé, chacun à leur façon, les circonstances de la mort du grand musicien anarchiste. Parmi ces écrivains écrivains, Jean-Claude Charles, haïtien, auteur d’une dizaine de bouquins, dont le fameux « Manhattan Blues », que j’ai rencontré dans son appartement parisien, en une fin de matinée ensoleillée. Grand, efflanqué et charmant, ce jeune home de 48 ans m’invite à partager une pizza, et à déguster un petit rhum, souvenir des Caraïbes.

Jean-Claude Charles baigne dans le jazz depuis sa plus tendre enfance : « Je suis né en Haiti en 1949. Il est normal que je m’intéresse au jazz ». Le polar ne lui est pas non plus étranger puisqu’il a préfacé le recueil de  nouvelles policières intitulé « Noir des îles ». Cependant, il ne se conforme pas aux règles du genre. « Je me fous des genres ! » , dit-il un peu agacé. « Moi j’écris… Je suis rentré en littérature par la porte de la poésie et maintenant j’en suis à faire du polar, ces écrivains, Jean-Claude Charles, haïtien, un genre bien pratique pour faire passer des vérités sur le monde contemporain. Mais de toute manière que ce soit de poésie ou du journalisme, j’écris, je n’installe pas de frontière ».

 

« JE ME FOUS DES GENRES ! JE SUIS RENTRÉ EN LITTÉRATURE PAR LA PORTE DE LA POÉSIE ET MAINTENANT J’EN SUIS À FAIRE DU POLAR… QUE CE SOIT DE LA POÉSIE OU DU JOURNALISME, J’ÉCRIS, JE N’INSTALLE PAS DE FRONTIÈRE. »

 

Tout comme les écrivains qu’il admire, Truman Capote, entre autres, à qui il a emprunté le thème du voleur de rêves pour écrire sa nouvelle. « C’est un thème formidable, c’est de la fiction pure. Imagine un type qui achète des rêves pour un, deux ou trois dollars ! » Dans son panthéon personnel, aux cotés de Capote, on découvre aussi Chester Himes, le grand auteur noir-américain. « Il se trouve que Chester Himes, j’ai suivi tout son itinéraire, j’ai fait des émissions radiophoniques sur lui, j’ai été le voir aux Etats-Unis, je lui ai parlé, j’ai lu à peu près tout ce qu’il avait écrit, je connais des gens de sa vie, et pour moi c’est quelqu’un d’important, il m’a aidé à lire le monde, à lire l’histoire de l’Amérique et même à lire l’histoire de l’Europe, l’air de rien. Quand je l’ai rencontré, il était un petit peu au bout de sa vie mais ça m’a beaucoup aidé »

 

« CHESTER HIMES M’A AIDÉ À LIRE LE MONDE, À LIRE L’HISTOIRE DE L’AMÉRIQUE ET DE L’EUROPE »

 

Ses thèmes, Jean-Claude Charles les puise dans son itinéraire personnel. Bien sûr il ne manque pas de revenir sur Haïti, l’exil, la dictature sanglante des Duvalier père et fils, la misère actuelle. « La dodine (la dodine désigne un rocking chair en créole haïtien), c’est Haiti. J’ai quitté cette île il y a 27 ans. Avant de partir, j’ai été voir quelqu’un qui était dans sa dodine et qui se balançait. Quand je suis revenu en 1986, j’ai retrouvé la même personne dans la dodine… Et puis, si je pars demain en Haïti, je suis sûr que je retrouverai la même personne dans la dodine me disant les mêmes choses, de la même façon, comme si le temps n’était pas passé. C’est ça Haiti. Rien ne bouge. La dodine c’est le véritable personnage de cette nouvelle ».

Une nouvelle qui a du succès puisqu’elle vient de se faire traduire en italien. Jean-Claude Charles, quant à lui, poursuit sur la même lancée et prépare un roman policier à paraître prochainement chez Gallimard : « J’ai déjà écrit la fin. En général je commence par la fin et c’est le début qui me pose des problèmes et ben là, c’est la fin qui me pose des problèmes parce que j’ai tué quelqu’un ! »

Jean-Claude Charles « Les Treize morts d’Albert Ayler » Gallimard. Série Noire.

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