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jeudi, novembre 22, 2018
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Israel Vibration : incroyable destin !!!

Propos recueillis par Awal Mohamadou

 

La nature leur avait joué un mauvais tour. Jah s’est présenté à eux et les a dotés de ce pouvoir mystique qui soulève les foules. Israël Vibration, à travers les décennies, reste l’un des groupes majeurs de la scène roots. Rencontre.

 

« On nous humiliait. Nous étions dans la misè­re, nous marchions dans la boue mais aujourd’hui Israël Vibration représente beau­coup pour des milliers de gens. »

Ainsi a pris fin l’entretien que les trois chan­teurs d’Israël Vibration m’ont accordé samedi 11 février dans le salon d’un hôtel du 19ème arrondissement de Paris, cinq heures avant qu’ils n’enflamment l’Elysée Montmartre. Quel concert  ! La sueur et la ganja, l’amour de la paix, la folie aussi s’est emparée du public quand la mise en place des Roots Radics (le groupe d’IV à la scène comme en studio) a pro­duit ce son «global» qui caractérise la musique d’Israël Vibration. C’est un reggae lourd et flui­de à la fois, puissant mais léger, il active le corps, ouvre l’esprit et délivre quand d’autres styles enferment. L’équilibre parfait entre un lead vocal direct et des choeurs tellement irréels qu’ils semblent intemporels, lui confère sa verticalité mystique. La musique captive les sens et Israël Vibration apparaît alors comme les survivants d’une véritable tragédie.

Dans les années 50, une violente épidémie de polio a ravagé la Jamaïque. Cecil Spence (Skeleton), Albert Craig (Apple) et Lascelle Burgrin (Wiss) en portent les marques ! Ils ont fait connaissance dans un centre de soins. Ensemble, ils ont subi coups et humiliations, insultes, mépris, et seront éjectés de l’établis­sement parce qu’ils exprimaient leur foi nais­sante en laisssant grossir leurs dreadlocks. Livrés à la rue, les trois copains vont errer dans la brousse pendant six ans.

 

‘Le but ultime de cette organisation (les douze tribus d’Israël) était le retour des Noirs Jamaïcains en Afrique. … En fait, c’était une grosse escroquerie. Un type s’en foutait plein les poches et montait des faux voyages vers l’Ethiopie. Des rastas ont ainsi pris l’avion et se sont retrouvés en Angleterre sans un sou. »

 

« Nous étions comme des animaux», commente Apple en montrant les photos de la pochette de l’album IV, « on traînait dans le bush, sales, pieds nus, on dormait à côté des poubelles, on mangeait ce que les gens voulaient bien nous donner et quand on allait en ville, c’était pour chercher une lueur d’espoir».

Pourtant, à mesure qu’ils s’enfoncent dans la misère, leur mysticisme grandit. Au milieu des années 70, Israël Vibration (Apple dit avoir eu l’idée du nom) rejoint les Twelve Tribes Of Israël (les douze tribus d’Israël), une confrérie rasta.

« Le but ultime de cette organisation était le retour des Noirs Jamaïcains en Afrique. A cet effet, elle collectait de l’argent un peu partout, notamment en organisant des concerts. En fait, c’était une grosse escroquerie. Un type s’en foutait plein les poches et montait des faux voyages vers l’Ethiopie. Des rastas ont ainsi pris l’avion et se sont retrouvés en Angleterre sans un sou. »

En 1976, les Twelve Tribes financent quand même l’enregistrement du 45t mystique «Why Worry», gros succès ! Deux ans plus tard, le trio sort l’album Same Song, puis le même mais en version dub, et en 1980, Unconquered People. La réputation d’Israel Vibration a gagné l’Angleterre et l’Europe continentale quand le groupe se sépare brusquement, au début des années 80. Il faudra toute l’énergie du mystérieux (mais plus pour longtemps…) Doctor Dread du label R.A.S pour les convaincre de se reformer.

Black News magazine : Depuis votre reformation, vous travaillez exclusivement avec le label R.A.S et son émi­nence grise Doctor Dread (qui n’est pas un rasta mais un blanc assez petit, brun et à moitié chauve ! Ndlr.) alors que les artistes Jamaï­cains ont coutume de changer sans cesse de producteurs, de studio, de label etc. . . Comment expliquer une telle fidélité ?

Israel Vibration : Parce que R.A.S nous offre une vraie structu­re de travail. On prend le temps nécessaire pour enregistrer nos albums, on peut jouer dans de bonnes conditions parce que le label veille à l’organisation des tournées, on a trou­vé une certaine stabilité que les producteurs jamaïcains ne nous ont jamais donnée. Tout ce qu’ils cherchaient, c’était nous escroquer au maximum.

BNM : C’est à dire ?

IV : Tu connais les albums The Same Song, Why So Craven et Unconquered people ? Eh bien jusqu’à aujourd’hui, on ne touche aucun droit d’auteur dessus et nous savons qu’ils continuent à se vendre et plutôt bien. Il y a aussi la compil The Best Of Israël Vibration. Rien ! Pas un centime.

BNM : Comment est-ce possible ?

IV : A cette époque, on travaillait avec Tommy Cowan du label Top Ranking. Un jour, on va au studio pour enregistrer les voix de Why So Craven et on s’aperçoit qu’ils avaient utilisé nos riddims pour d’autres artistes. On n’était pas content et on a commencé à se dispu­ter. Ensuite, on s’est aperçu que Cowan avait dealé des bandes à Dynamic Records sans nous prévenir. On était sur le point de partir aux States, mais on eu le temps de saisir Dynamic pour leur dire de nous envoyer du blé en Amérique. Ce qui n’a pas été fait, évidemment. On a mis un avocat sur l’affaire mais ça traîne, depuis le temps… en atten­dant, Cowan nous doit des milliers de dollars et le pire, c’est qu’il continue à dealer ces albums à travers VP aux Etats-Unis et Dynamic en Jamaïque.

BNM : La force de votre musique provient en gran­de partie des harmonies vocales, elles sont Incroyables. Comment les travaillez-vous ?

IV : Ça vient naturellement, en studio. Il n’y a pas de travail préalable. Tu sais (C’est Apple qui parle) Skelly et moi vivons aux Etats-Unis et Wiss en Jamaïque, donc chacun compose des morceaux dans son coin et quand on entre en studio on fait écouter les démos à nos musiciens, ensuite ils bossent les par­ties instrumentales et quand on pose la voix et les choeurs, il y a une vibration naturelle qui se produit et nous réunit.

BNM : Dans le nouvel album, On The Rock, Il y a une chanson très romantique, «Sugar Me». C’est l’une des premières fols que vous chantez dans un style sentimental…

IV : (Apple éclate de rire) Yeah man, mais «Sugar Me» n’est pas une chanson d’amour.

BNM : C’est quand même pas un «consclous lyric» !

IV : Si, si justement, c’est un «conscious lyric». Dans cette chanson, j’exprime mon désir pour une femme en des termes respectueux. Les «conscious lyrics» parlent de la prophétie et concernent autant les hommes que les femmes. Il ne suffit pas de dire Selassie I pour être rasta, encore faut-il vivre en confor­mité avec certains principes. Dieu a créé l’homme et la femme pour qu’ils s’unissent. Il est sain de célébrer un désir d’amour.

 

«Le racisme est énorme dans l’industrie musicale…Si tu es Noir, que tu dévalorises les femmes et insultes les gens, le big business va te pousser parce que tu entretiens des clichés racistes. Par contre, quand tu es «conscious» tu deviens infréquentable.»

BNM : Dans «Ambush», tu dénonces le racisme et tu as cette phrase très explicite «tu me mets de côté parce que je suis noir». Ce genre de situation t’est récemment arrivé ?

IV : Yeah man I Ces bombaclats (Ndlr. idiots en patois jamaïcain) nous ont toujours tenus à l’écart et ils continuent à le faire. Le racisme est énorme dans l’industrie musicale. Les gens ne s’en rendent pas compte parce qu’ils voient des chanteurs noirs à la télé alors ils s’imaginent que de ce côté-là, tout baigne. C’est faux ! Tout n’est qu’hypocrisie. Si tu es Noir, que tu dévalorises les femmes et insultes les gens, le big business va te pousser parce que tu entretiens des clichés racistes. Par contre, quand tu es «conscious» tu deviens infréquentable.

BNM : Vous préférez la scène ou le studio ?

IV : Les deux. Mais on ne joue pas tant que ça, environ 30 dates par an, ça fait trois ans qu’on n’a pas fait de tournées aux States parce que Wiss a un problème de visa. Donc on fait plus de dates en Europe. Et on adore la France. (Skelly parle à son tour) Je me souviens d’un clash avec Burning Spear il y a deux ou trois ans à Paris. L’ambiance était incroyable !

BNM: Oui, c’était au Palais de la Mutualité et ce soir là, même Spear n’a pu faire mieux. C’est dire !

IV : (ils éclatent de rire) Donc tu vois, on n’a pas de Grammy Awards, on passe pas sur MTV mais on a un vrai public. C’est beaucoup mieux

 

Israël Vibration, On The Rock LP (Ras/Média 7)

 

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