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Ismael Lo : «L’homme-orchestre»(1994)

Par Elia Hoimian

 

Ismaël Lo, «l’homme-orchestre» est de retour. Après le surprenant succès, l’année dernière, de Tajebone, l’ancien membre de l’une des plus grandes formations mandingues, le Super Diamono, nous livre Iso, un album où les rythmes sénégalais (M’balax) flambent de toutes leurs splendeurs. De passage au Festival d’Angoulême, Ismaël Lo nous a gratifié d’un concert haut en couleurs et en rythmes, avec une prestation magistrale de l’ancienne danseuse de Touré Kunda,…

 

L’Afrique est en plein bouleversement, économique, structurel et social, les musiciens sénégalais ont, eux, pris leur part de responsabilité devant le peu de cas fait des droits des artistes en Afrique. «Nous avons créé le Syndicat des musiciens sénégalais avec Youssou N’Dour, Baaba Maal et les autres.», nous explique Ismaël Lo. «C’est un « syndicat-ambassadeur », qui s’occupe d’obtenir des passeports et des visas pour les artistes. Une initiative que nous devrions étendre à tous les musiciens africains.»

 

« Quand on veut avoir une carrière internationale, il faut s’adapter au marché, donc concevoir des albums en conséquence. »

 

Le reproche, justifié, que l’on fait souvent aux musiciens africains, est le manque de tranchant au niveau des textes. A l’exception de rares artistes tel Youssou N’Dour, la plupart d’entre eux s’écartent, volontairement ou par manque de courage, des sujets brûlants qui touchent leur continent. Même si Ismaël Lo affirme que «les artistes doivent dire ce qu’ils ont à dire même si cela choque», il reste néanmoins, très prudent : «mais il y a des sujets sur lesquels je ne peux pas me prononcer. Un jour, un journaliste m’a demandé ce que je pensais de l’Islam intégriste en Afrique du Nord. Je suis musulman, mais chez nous, nous sommes plus tolérants et notre Islam est différent. Je ne peux rien dire sur ce que je ne connais pas.»

BN : Et le vent purificateur de la démocratie en Afrique ?

Ismaël Lo : Ce que nous, artistes, pouvons apporter à ce processus sont les messages dans les concerts et sur nos albums.

BN : La course à la gloire internationale oblige certains à se fourvoyer dans la nébuleuse «world»…

I.L. : Quand on veut avoir une carrière internationale, il faut s’adapter au marché, donc concevoir des albums en conséquence. Pour le marché local, nous sortons des cassettes six titres maximum dans lesquelles le M’Balax est la musique principale. A chaque marché sa musique.

BN : L’image souvent véhiculée par les média est : Afrique = misère. Et pourtant, quand on voit certaines fortunes locales qui n’ont rien à envier à l’Occident, il y a un malaise…

I.L. : Il y a eu effectivement beaucoup d’argent déversé en Afrique, mais qu’en ont fait nos dirigeants ? La dévaluation mettra en fait les Africains en face de leurs responsabilités car nous sommes tous responsables. Le peuple l’est à trente pour cent car il a fait confiance à ces dirigeants.

BN : Mais tu sais très bien que les prêts ne sont pas gratuits. Ils sont généralement assortis de restrictions telles que : acheter français, engager des conseillers français, et donner les marché en priorité aux entreprise françaises…

I.L. : A ce sujet, je vais te donner un exemple. Un jour dans l’avion, j’ai vu un produit de consommation marqué «Fabriqué en France». Mais, on n’a pas besoin d’importer tout ça. Il faut consommer africain. La dévaluation est aussi une chance pour l’Afrique. C’est même une deuxième chance donnée à notre économie. Pour ma part, je vois l’avenir en Afrique d’un œil confiant.

BN : Pourquoi, en face de la presse, vous ne soulevez pas des problèmes majeurs qui touchent notre continent ?

I.L. : Parce que tout simplement, face à la presse, il faut tourner huit fois la langue avant de s’exprimer. Il faut mesurer ses propos. (…) Chez nous, il y a un proverbe qui dit : «quand tu arrives dans un village où tout le monde se ballade nu, il faut aussi se mettre nu». Donc en France, lorsqu’on parle de Pasqua, il est ministre de l’Intérieur et il fait ce que beaucoup attendent de lui. Je ne vais pas critiquer les autres.

Ismaël Lo, Iso LP (Island).

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