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IAM : Les coulisses de L’école du micro d’argent

Par Antoine « Wave » Garnier

 

L’école du micro d’argent, l’album vendu à 1, 6 million d’exemplaires et devenu culte et qui a définitivement imposé IAM. De New York à Paris, nous vous racontons les coulisses de sa conception.

 

New York, 1996. IAM a choisi les sous-sols du studio new-yorkais Greene Street pour travailler sur L’école du micro d’argent. Il fait beau dans la Grosse Pomme, presque aussi doux que le vent qui balaye chaque matin les immondices abandonnées par des bennes à ordures impatientes de finir leurs circuits. Les membres d’IAM dorment encore. Ils ont passé une partie de la nuit à rassembler les éléments de leur puzzle musical. La réceptionniste du studio propose que nous repassions en fin d’après-midi.

En trois coups de téléphone, le producteur Easy Mo Bee, de retour à Brooklyn après une virée à Los Angeles, où il a mixé un titre de Lady of Rage, accepte de passer au studio situé dans le village. Pour Pete Rock qui vient de terminer le remix de « La Face B » d’Akkhenaton, c’est plus facile. Carolyne, manager du label Soul Brother Record confirme qu’il travaille cette semaine au studio. Il suffit de choisir le bon moment pour que la rencontre soit possible. Finalement, le jour dit, Mo Bee, coiffé comme avec un râteau, ne veut d’abord pas apparaître face à la camera (le document a servi au reportage Rap Story réalisé par Antoine Garnier pour Culture Rock d’octobre sur M6. Ndlr), puis revient sur sa décision quand il apprend que Pete Rock est également de la partie.

Les bandes entament leurs manèges sur la tête du gros magnéto enregistreur. Les ingénieurs du son Nicolas Sansano et Dave Wood s’affairent à injecter aux maquettes des Marseillais un sang que la puissance des enceintes et l’effervescence du moment embellissent. Fabe et Bruiser sont également dans la place. Le parisien a déjà enregistré sa séquence quelques jours plus tôt : « L’enfer », un projet de longue date que ne verra pas aboutir le défunt East dont la voix hante les chœurs… Fabe vient juste de dire bonjour avant un retour vers l’Hexagone. Bruiser, lui, attend probablement son heure, le débit alerte et le sourire charmeur.

Il est maintenant près de 15h. Tracy Funches, le photographe, est injoignable, mais il se pointe à temps pour les interviews, mais pas pour les freestyles qui s’imposent à la venue des deux héros du son urbain contemporain. Easy Mo Bee, tout comme Pete Rock, est originaire des îles situées dans le ventre du Mexique. Le soleil se couche probablement aux mêmes heures sur nos régions et nous rapproche. Il le comprend et m’offre une franche accolade de Brother. Il prend le temps de discuter quelques minutes avec Pete Rock puis nous nous nous dirigeons tous vers le studio B ou officie IAM. Auparavant, Mo Bee m’a confié avoir déjà remixé un titre d’un groupe français dont la qualité l’avait à l’époque étonné. Il ne se rappelle plus du nom, ni du morceau, mais quand je prononce le mot IAM, ses yeux brillent comme un enfant à Noël. Il se souvient, mais ne sait pas ce qui l’attend derrière la porte.

Le sourire timide de Chill et la moue Shurik’n dissimulent mal leurs joie et fierté. Kheops et Imothep, toujours aussi discrets, savourent les moments de reconnaissance de leurs pairs américains. Chill fait écouter les premières épreuves. Mo Bee y réagit sans artifices. Il aime « IAM », dit-il dans un sourire, ‘’I am liking it’’, la gêne du début se dissipe. Chill appuie de nouveau sur la touche Play du DAT. Les instrumentaux de ce qui sera plus tard « Petit Frère » et « Angela » emballent tout ce beau monde dont INI (le groupe du frère de Pete Rock) qui a maintenant investi le studio. Le magnéto tourne jusque tard dans la nuit…

Quelques mois plus tard, je retrouve IAM, en phase final du projet, dans un studio de la banlieue-ouest de Paris.

 

L’esprit freestyle l’a emporté

Le projet a évolué, comme les morceaux d’une première cassette promo qui, globalement, ne rend pas l’effervescence et l’énergie des morceaux entendus à New York. IAM se cherche encore, le choix oscille entre la sécurité apportée par son succès et son amour immodéré pour le rap new-yorkais. Il est dans les starting-blocks pour une course sans repos, à l’aube d’un nouveau départ ou l’orée d’une absorption par le music business tant décrié par les accros du pur hip-hop. IAM cherche ses marques et ses armes pour réussir un hold-up mental face à sa maison de disques, face à des fans trop versés de top 50, ou encore à ses concurrents aux critiques faciles. Mais surtout face à lui-même. IAM veut encore être IAM et respire, reprend son souffle pour faire carrière.

Entre-temps, des membres de la faune musicale US se sont eux aussi arrêtés au studio Greene Street, laissant sur les bandes qui tournent en continue, la courbe de température du rap new-yorkais. Parmi eux, les Sunz of Man. Et puis d’autres, plein d’autres, qui séduisent et emportent peut-être IAM loin de ses racines, mais plus près de son rêve. Imothep constate : « La Saga n’est pas un format single, mais une carte de visite, une présentation du concept de l’album, un instantané de l’album new-yorkais (un album US comprenant les versions des invités américains est en projet). Ce foisonnement de duos n’a pas été une perte de temps. L’idée qui nous a motivés était celle de la rencontre spontanée, l’esprit freestyle l’a emporté ».

Comment leur en tenir rigueur ? On sait que, dans (l’histoire du business, le hip-hop est un chantier qui détient la plus longue liste d’artistes disparus.

IAM, lui, essaye de grandir…

Le groupe retravaille plusieurs fois des morceaux et abandonne ceux qu’il juge obsolètes après deux semaines..

L’album est sorti en mars 1997.

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