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dimanche, décembre 16, 2018
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IAM : Les débuts d’une story à la française (1993)

Par Arnaud Fraisse

 

IAM, groupe de rap « dur », à la profonde culture hip hop et aux influences afro-asiatiques fait danser le Mia à la France entière. Les Marseillais ont créé la surprise en plaçant leur simple en tête des classements nationaux après le succès d’Ombre est lumière (vol. 1 & 2), 100 mille exemplaires vendus à ce jour. Fierté de ses origines en avant, IAM a donné au rap français le souffle dont il avait grand besoin…

 

« Pas mal de groupes n’arrivent pas à varier leurs réper­toires. Il y a aussi un manque de moyens, de volonté, de travail », explique Chili (Akhénaton) à propos de la faiblesse de la scène rap  en France. Cela signifie-t-il que les Phocéens sont les seuls à posséder ces qualités ? Possible, bien qu’ils avouent manquer encore de sérieux dans leur travail, sur scène notamment. Après des années de travail, IAM est en train de réussir le « crossover » sans renier les thèmes qui lui sont chers depuis ses débuts : le mysticisme, les origines de l’homme et l’identité marseillaise qu’il revendique. A tel point qu’il est devenu, chose quasi unique, l’emblème d’une ville à la culture propre.

« On cherche un peu cette fonction, on l’alimente parce qu’on est fier d’où l’on vient. C’est la même fierté qu’affi­chent les Napolitains, les Algériens ou les Corses. Quand il ne te reste plus rien, le dernier rempart, c’est cette fierté. Si tu viens d’ailleurs que Marseille, tu es un « étranger » ». Voilà comment Chili décrit son attachement à Marseille : « Tu subis une influence. C’est l’image qu’on te donne. On utilise ces clichés mais on va te dire que Marseille n’est pas que ça ». Il est vrai qu’IAM vient du côté obscur…

Shurik’N, Kephren, Kheops, Malek Sultan, Imhotep et Akhenaton sont issus des « bas-fonds » de la cité Phocéenne et ont aujourd’hui, de nombreux objectifs. Celui de « créer une émulsion autour du groupe, créer un label, une entreprise de production dynamique au service d’autres groupes, une structure de rap puissante ». Akhenaton ajoute : « Faire que pas mal de monde arrive à s’amuser et à gagner sa vie en même temps ».

 

« …Nous voulons créer une émulsion autour du groupe, créer un label, une entreprise de production dynamique au service d’autres grou­pes, une structure de rap puissante… »

 

IAM semble décidé à faire profiter une nouvelle génération de rap­peurs de son expérience. Malek Sultan confirme d’ailleurs cet enga­gement « A partir du moment où nous sommes le premier groupe marseillais sorti sur un grand label, c’est à nous de faire que les suivants aient quelque chose que nous n’avions pas quand on a commencé. Mais on ne doit pas toujours être derrière eux comme une MJC. Il faut qu’il y ait aussi du travail de leur côté. »

IAM a franchi une nouvelle étape l’an dernier en allant tra­vailler Ombre est lumière à New York, aidé par un ingénieur du son « from America », Nick Sansamo. Même si Chili est un habitué de la Grosse Pomme, il a pu cette fois analyser l’accueuil fait au rap français : « Ça se résume en deux mots « oh ! Shit ! C’est la surprise totale pour eux. Ils n’arrivent pas à imaginer qu’il y ait des cités. Ils croient même qu’on roule en charrette, alors du rap en français… ». Tellement surpris les Améri-cains, que Ed Lover et Doctor Dre sont même venus filmer IAM pour le show hip-hop culte « Yo! MTV Raps ».

Outre-Atlantique, le hip-hop est une musique qui vend beaucoup. En France, on est en droit de se demander si, dix ans après son apparition, le marché est adapté à ce genre. Kephren tranche : « Ça peut être adapté mais on ne nous en donne pas les moyens ». Et Chili de surenchérir : « II faut que les gens écoutent pour apprécier. Si tu ne leur fais pas entendre, ils ne pensent pas aimer », et c’est là qu’inter­vient le groupe, en choeur « On ne veut pas entendre ce qu’on n’a jamais entendu ! C’est les Français ça. Par contre, ils essaient de récupérer cela comme dans les pubs « Clearasil ou Zelda ».

 

« Il n’y a aucun mal à être pro-black, par contre, il y a du mal à être anti-Blanc, il ne faut pas confondre… » Akhenaton

 

Difficile de travailler tous les jours pour voir la musique que l’on pratique tournée en dérision. Akhenaton a un avis assez définitif : « J’ai l’impression qu’à cause de ces cons, on perd deux ans de travail. Au « Cercle de minuit » par exemple, tu essaies d’avoir un langage cohérent et à la fin, y’a un con qui fait : yo ! j’chuis pas rappeur ! Tu as tout de suite envie de lui en coller une ».

Sa réussite, IAM la doit en bonne partie à son image de groupe « réfléchi », cultivé et qui est parvenu à unir les origines européenne, africaine et maghrébine de ses différents membres, là où Solaar et Soon E MC le doivent à leur image cool et peu agressive et quand Suprême NTM annon­ce qu’ils unissent Blancs et Noirs. Est-il donc possible d’être un groupe de rap « noir et fier » en France ? Une fois de plus, Chili prend la parole : « Noir et fier pourquoi pas ? Noir et con, non ! »

Malek Sultan prend la suite : « Moi, je suis fier d’être Arabe, lui, il est fier d’être Italien et lui, d’être Sénégalais… » Et Akhenaton termine sur ce point : « Ça dépend de la mentali­té des gens qui signent. Si les groupes ont du talent, il n’y a pas de problème. Il n’y a aucun mal à être pro-black, par contre, il y a du mal à être anti-Blanc, il ne faut pas confondre… »

IAM a, aujourd’hui, la chance de ne pas être classé comme un « groupe de rap », terme péjoratif lorsque prononcé par un « establishment musical rock » (terme péjoratif pour moi et, je le confesse, par réaction) ou par le grand public. Leurs collaborations avec les Rita Mitsouko, aussi honnêtes et intéressantes soient-elles, ont permis aux Marseillais d’élargir leur public et d’avoir accès à certaines émissions. « Je danse le Mia », et son sample de George Benson qui fait dire : « Ça me rappelle quelque chose cette musique… », vient peut-être d’ouvrir la voie à d’autres groupes : on peut se jouer des règles du marché en restant « authentique ». Pour beaucoup, IAM vient de rejoindre MC Solaar dans la catégorie « rap intelligent » par opposition au rap « issu des masses laborieuses de banlieue… », pour d’autres, le groupe est la simple démonstration que le rap a un avenir en France. Cette fois, c’est sûr.

IAM, Ombre est lumière, (Delabel)

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