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samedi, octobre 20, 2018
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Hi, Big Poppa ! (1972-1997)

Par Elia Hoimian

 

Le 9 mars 1997, le Hip-hop était en deuil, une fois de plus. A peine six mois après le meurtre de Tupac Amaru Shakur à Las Vegas, c’est au tour de The Notorious B.I.G. de faire les frais de la violence urbaine qui secoue la communauté noire aux Etats-Unis. Coïncidence, il a été assassiné dans les mêmes conditions que son alter-ego, Tupas, lors d’un « drive-by »… Deux mois avant ses 25 ans.

 

Los Angeles, dimanche 9 mars 1997. B.I.G. et Sean « Puffy » Combs sortent du célèbre club Petersen Automobile Museum, après une soirée – très chaude, selon les premiers commentaires recueillis sur place -, organisé par le magazine « Vibe » pour célébrer les Soul Train Awards qui se sont déroulés deux jours plus tôt. The Notorious est du côté passager d’une GMC Suburban. A un carrefour, un inconnu, depuis sa voiture, ouvre le feu. Biggie est touché par plusieurs balles dont une à la tête. Transporté d’urgence dans la même voiture au Centre médical Cedars-Sinaï – où Eazy-E de NWA est mort -, il décède peu de temps après, à 1H15. « J’étais avec Faith (l’ex-femme de Biggie) dans un parking voisin, et j’ai entendu cinq ou six coups », raconte Kevin Kim, le garde du corps de Faith. La police a interrogé deux cents témoins…

Mais plusieurs questions troublantes demeurent toujours sans réponses. Où se trouvait « Puffy » au moment de la fusillade ? Pourquoi les présumés témoins ont-ils eu peur de s’exprimer ? Certains ont répondu que la police ne les aurait pas sérieusement questionnés. Toutefois, elle a recueilli trente-cinq vidéos amateurs de fans venus là pour filmer leurs stars. On ne sait toujours pas si la scène se trouve dans une de ces bandes.

Dès l’annonce de la nouvelle, des dizaines de fans et amis se sont rendus au centre médical pour un hommage. Le corps de Biggie fut formellement identifié le dimanche 9 mars dans l’après-midi par Faith Evans et par la mère du rappeur.

Sa mort a relancé le débat « Guerre West/East Coats ». Biggie aurait-il été tué pour venger Tupac ? Hypothèse que la police a immédiatement écarté, persuadée « qu’il n’y a aucun lien avec Tupac ». Mais la presse s’est évertuée à reprendre les déclarations de Tupac à l’encontre de Biggie qu’il accusait, avec « Puffy » d’être les commanditaires de la tentative de meurtre sur lui pendant laquelle on lui avait volé pour 40 000 dollars de bijoux, à Manhattan. Il est vrai que les relations de Biggie avec Tupac se sont détériorées au fil du temps. Il y a déjà plusieurs années, Tupac l’accusait déjà de lui avoir voler ses textes. Il s’est ensuite vanté dans un titre, « Hit Emp Up », d’avoir couché avec Faith Evans, et ridiculisé Biggie dans la vidéo de « 2 Of American Most Wanted », son duo avec Snoop Doggy Dogg. Les médias ont également interprété le report de plusieurs semaines du début de la tournée de ce dernier pour enfoncer le clou.

  « Si je n’avais pas été rappeur/Je me serais probablement enfoncé dans le business du crack/Parce que la rue est un court chemin/Soit tu te fais balancer sur une pierre ou tu cours à travers les balles/C’est dur de venir du ghetto/Ne pas savoir d’où viendra ton prochain repas… »

Les funérailles

 

New York, 18 mars. Plus de mille personnes et des limousines noires accompagnent dans les rues de Brooklynn, Biggie à sa dernière demeure. Sérieusement encadrés par les forces de l’ordre (hélicoptères sillonnant les environs, barricades conséquentes), les funérailles semblaient bien se dérouler. Mais après le passage du cortège funèbre, la police et la foule se heurtent. Les flics utilisent de la bombe lacrymo pour disperser la foule. Six personnes dont Julia Campbell, une journaliste freelance du New York Time, sont arrêtées pour « troubles sur la voie publique », et six policiers sont légèrement blessés.

Seulement 350 personnes étaient invitées à la veillé funèbre qui s’est déroulée à Madison Avenue. Parmi les invités, Busta Rhymes, Treach (Naughty By Nature, Queen Latifah, Flavor Flav (Public Enemy), Mary J. Blige, Spinderella (Salt & Pepa), Dr Dre, Lil’ Kim, les Junior Mafia, l’ancien maire de New York David Dikins (invité par la mère de Biggie), Sister Souljah et le président d’Arista, Clive Davis. Faith a chanté et « Puffy » prononcé l’éloge. Les fans se sont rassemblés et ont déposé des couronnes et des gerbes de fleurs devant le 226 St. James Place, l’immeuble où a vécu Biggie avec sa mère pendant 22 ans. Même si B.I.G avait quitté Bed-Stuy pour Teaneck, une banlieue plus en vue du New Jersey, il n’a jamais coupé les ponts avec son ancien quartier qu’il fréquentait toujours. « J’étais impressionné par les efforts de Christopher Wallace pour rester proche de sa communauté malgré son énorme succès. Quand ils l’ont tué, ils ont aussi tué beaucoup de gens de Brooklynn. Il continuera de vivre parce qu’un gars qui aidait autant les siens touche beaucoup de gens », témoigne Lenny Person, un habitant de 42 ans de Bed-Stuy qui a vu grandir Christopher.

 

 

« Fermez vos fenêtres et portes/Je dévalise et vole parce que l’argent donne cette drôle de sensation… »

 

Biggie Smalls

 

« Je sais que ma mère aurait voulu cette putain d’avortement / Elle ne m’aime plus comme elle m’aimait quand j’étais enfant… » rappe Biggie (« Suicidal Thought », Ready To Die). Né Christopher Wallace, d’une mère témoin de Jehovah, Biggie a grandi à Bedfort-Stuyvesant. Il est introduit dans le business de la drogue par un ami, Chico de Junior M.A.F.I.A, le groupe qu’il lancera plus tard, le succès une fois atteint. Il quitte le Srah J Hale High School, le lycée qu’il fréquentait et s’installe au coin de la rue. Il commence son deal de dope depuis une cabine téléphonique située pas loin de chez lui. Toujours avec Chico qui habite, lui aussi, à deux pas de chez lui.

A 17 ans, il est déjà condamné à neuf mois de prison pour vente de crack. Entre deux deals, il rappe. Christopher voit loin, il rêve de gloire, d’argent et de reconnaissance. Il est surtout très pressé de gravir les marches de l’échelle sociale. Quand apparaît le gansgta rap avec son cortège de thèmes que l’on connaît, Wallace se prend au jeu. Fasciné par cet univers de violence et de sexe qu’il a d’ailleurs connu par sa position de dealer. Bien qu’il le clame dans ses chansons, Biggie est loin d’être le dealer avec la limousine et le costume blanc. Selon Justice, un aîné du quartier – passé par plusieurs prisons depuis une dizaine d’année, donc bien informé sur la question-, avant de s’engager avec les Five Percent (une branche de la Nation Of Islam), qui a vu grandir Christopher, « Il avait l’habitude de traîner là au coin de la rue… Mais ce n’était pas un gansgter, pas du tout. Il n’était pas ce qu’il rappe dans ses morceaux : il n’a jamais fait toutes ces choses qu’il racontait. C’était juste un gars qui essayait de se faire un peu d’argent. » (Daily News, 10 mars 1997). Comme tant d’autres dans le ghetto. 3every Day Struggle », comme il le dirait lui-même. « Ils étaient là ou devant chez Chico et je leur disais par exemple que ce n’était pas bien et je demandais à Biggie de rapper quelque chose », continue Justice, « ensuite je lui filais 5 ou 10 dollars. Il était tellement bon ».

Tupac habitait aussi à New York à cette époque. Il était devenu le copain de Biggie. « Biggie avait l’habitude de traîner avec Tupac dans le coin », se souvient Justice, « ils fumaient (des joints), jouaient aux dés… ». Comme cette époque semble si loin quand on voit où ils en sont arrivés. Biggie continuait à rapper, quelques fois avec Tupac et Chico. Ses lyrics étaient imprégnés de la vie de petit dealer qu’il était devenu, mais aussi de fantasmes. Comme beaucoup de rappeurs actuels qui se la jouent gangsta, en racontant la vie de vrais hustlers, Biggie serait lui aussi un mystificateur, si on en croit Justice. Comme le dirait l’autre, « Les vrais gansgters ne le crient pas sur les toits. » Mais Biggie n’était pas un tendre pour autant : il ne se laissait pas marcher sur les pieds et avait la statue pour répliquer à une attaque. Il a, lui aussi, eu son lot d’emmerdes avec les autorités. Mais pour de menus larcins, comparé à la réalité du ghetto. Ces derniers se résumaient à des arrestations pour possession illicite de marijuana et pour des bagarres. Il a ainsi été condamné à 100 heures de travail d’intérêt général pour avoir utiliser une batte de baseball contre deux chasseurs d’autographes. La police l’a inculpé pour possession de joints dans un parking et récemment, en janvier dernier, il a été condamné à payer 25 000 dollars de dommages et intérêts à un gars qu’il a bastonné en mai 1995, après une annulation d’un show auquel il devait prendre part dans le New Jersey. Mais il n’a jamais été arrêté pour meurtre.

 

De Biggie Smalls à The Notorious B.I.G.

 

Le remix de « Real Love » de Mary J Blige donne à Biggie l’opportunité de se faire la voix. Sean « Puffy » chargé à l’époque de signatures rap chez Uptown, l’avait remarqué suite à un passage dans le magazine The Source. C’est en 1993 que le public découvre Biggie Smalls : son titre « Party & Bullshit », une combinaison de samples de « I’ll Be There » de Johnny Hammond et de « The Show » de Doug E. Fresh sur la bande originale de « Who’s The Man » (Uptown), le premier film de Ed Lover et Dr Dre, présentateurs de « Yo ! Mtv Raps » a surpris plus d’un. Passé dans les mains expertes de Easy Mo Bee, ce morceau était tout simplement signé BIG.

Un an plus tard, Combs monte Bad Boy Entertainment et sort Ready To Die, produit à la fois par son équipe, Easy Mo Bee, Darnell Scott, DJ Premier, Lord Finesse et « Poke » des TrakMasters. En guests : Diana King (« Respect »), Total (« Juicy », une reprise de « Juicy Fruit », le tube de MTume) et un certain Method Man (« The What »). BIG devient ainsi The Notorious B.I.G.. Vendu à plus d’un million d’exemplaires, Ready To Die qui présente un sample de Snoop Doggy Dogg en intro parmi d’autres, est une vraie chronique de violence urbaine où les coups de feu n’arrivent pas à couvrir les bruits de sommier et les râles d’extase de femmes en chaleur. The Notorious s’est servi de fantasmes de Biggie pour assouvir ses prétentions de gangbanger et ses envies de « bitches ».

Couronné « Rappeur de l’année 1995 » par les Billbord Awards, B.I.G. rafle tout sur son passage dont le tritre de « Meilleur single rap 1995 » pour « One More Chance. The Notorious joue maintenant dans la cour des grands. Comme Tupas l’avait fait avant lui en introduisant Thug Life, B.I.G. présente Junior M.A.F.I.A. (Conspiracy/EastWest), le groupe de son ami d’enfance, Chico, d’où sort la très controversée star féminine du rap, Lil’ Kim.

 

Life After Death, le testament

 

La mort prématurée de Biggie avait déjà assuré le succès de l’album. A tel point qu’Arista, le distributeur de Bad Boy a signé un chèque de 2 millions de dollars d’avance à « Puffy ». En moins d’un mois, le disque était déjà platine, soit un million de copies vendues. Et cela ne fait que commencer. Un album prémonitoire, disent certains, mais Life After Death n’est que la suite logique de Ready To Die. L’intro ne fait que le confirmer. Et toute cette gesticulation autour de l’album est amplement justifiée. Biggie vient de sortir là l’album qu’on n’attendait pas, et tuer ainsi la compétition tant Life After Death est inclassable, même s’il contient quelques titres faciles. Bien que son choix se soit arrêté sur les plus grosses pointures de la production (The RZA, DJ Premier, Mobb Deep, « Puffy », Buck Wild, Kay-Gee, Easy Mo Bee, …), B.I.G est resté maître de ce double-album, en adaptant son flow à celui de ses invités, en réussant le tour de force de toucher des extrêmes : le flow nasillard de Puff Daddy (« Mo Money Mo Problèms » featuring Mase), le style laid-back de Jay-Z (« I Love The Dough » feat Angela Winbush), et celui plus risqué et aérien de Bone Thugs & Harmony (« Notorious Thugs »).

Bien plus qu’un album rap, Life After Death transcende les catégories pour atteindre des sommets : le rythme saccadés des renversants « Kick In The Door » et « Ten Crack Commandments » (DJ Premier) ; l’imparable « I Got A Story To Tell » (Buck Wild) ; les R&B « !*$ You Tonight » feat. R. Kelly (Daron Jones & Combs, « Miss U » (un must)/Kay-Gee et « Sky’s The Limit » feat. 112… Vingt-deux titres pour un double-album étonnant, inattendu, qui occupera les premières pages des annales hip-hop pendant longtemps. En attendant la réplique du Wu-Tang. Mais pour l’heure, avec un tel classique, il n’y a aucun doute que Biggie continuera de vivre, après sa mort.

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