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mercredi, juin 20, 2018
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Heavy D (1967- 2011) : l’icône du rap cool !

Propos recueillis par Antoine « Wave » Garnier

 

Dwight Errington Myers est né en Jamaïque. Heavy D, cousin de Pete Rock, a grandi à Mount Vernon avec G-Whiz , « Trouble » T. Roy (décédé), et Eddie F avec qui il a formé Heavy D & The Boyz. Décédé à 44 ans, Heavy D, pourtant issu des beaux quartiers, était le prototype du rappeur « cleanest-cut » : respecté à la fois par les publics noir et blanc. Voici l’interview qu’il nous avait accordé à la sortie du dernier et cinquième album du groupe, Nuttin’ But Love.

 

Trônant sur la 7e avenue, discret  comme un caméléon, le bâtiment en briques abrite les locaux d’Uptown  Entertainrrtent, quartier général  d’Andre Harrell, à en croire la presse spécialisée, l’un des Noirs les plus puissants de l’industrie du disque de ces dernières années. Les « gangsters » de Death Row doivent lire les mêmes revues puisqu’ils sont, depuis, aller «négocier» les contrats de Jodeci et de Mary J Blige, pour qu’ils tombent dans leur escarcelle. Des membres de la Nation de  l’Islam assurent maintenant la sécurité de l’entrepreneur. Encore un épisode de-«Black on Black crime,.la tradition du spectacle se poursuit.

Heavy D propose de me faire monter un repas en attendant qu’il finisse de  s’entretenir avec M. Harrell.  Délicate attention ! Il s’excuse pour mon heure d’attente, puis direction la salle de conférence.

On sait qu’aux États-Unis, quelles que soient les communautés, la structure parentale est en décomposition, que cette situation peut être imputée aux effets du chômage combinés à l’indépendance croissante des femmes, à la nécessité de fournir un second salaire pour survivre, et aux difficultés rencontrées par les hommes pour satisfaire les  «nouvelles» exigences  des femmes. Dans le cas plus particulier de la communauté noire,  on avance que plus de 40°/o d’enfants ne vivraient qu’avec l’un de leurs parents.

 

BN : Tu  sas bâti ta réputation en parlant;  entre  autres· choses;  d’amour et de relations entre les hommes et les femmes… quel bilan dresses-tu de l’état actuel de ces relations?.

Heavy D : Je ne me sens pas capable d’émettre un jugement sur les relations entre Noir(e)s. Je ne fais pas de recherches. Je pense simplement qu’en tant que Noirs, nous devons respecter nos compatriotes féminines, plus que nous ne le faisons actuellement. Je crois aussi qu’il ya certaines femmes noires qui ont besoin de se respecter elles-mêmes.

BN : Ta position sur l’utilisation de termes « bitches », « hoes » ?                           .      .

Heavy D : Ce n’est pas ma tasse de thé, et ça ne m’intéresse pas : il y a des gens qui ont des raisons de le dire, parce que dans la vie, il existe des femmes que l’on pourrait considérer comme telles (« bitches-hoes », Ndlr). Ceux qui parlent sont ceux qui sont confrontés à ce genre de femmes. Je n’utilise pas ces mots, j’essaie de m’en écarter (Il est vrai qu’un Heavy D parlant de flingues et de fusillade à la Uzi passerait mal. Ndlr).

BN : Et l’utilisation du mot « Nigger » ?

H.D. : Il y a deux façons de voir les choses. Certaines personnes sont choquées quant à son utilisation qu’elle trouve malvenue, ce qui était le cas à l’origine. Mais c’est aussi un argot de rue; et quand nous l’utilisons, c’est différent,  ce n’est pas dit avec te même intention. Je crois que n’importe quel mot, même une grossièreté, ne prend son sens qu’avec la manière dont on l’utilise. En ce qui nous concerne, on l’utilise affectueusement. Pour moi, on en fait trop cas.

BN : La disparition de l’un des membres  de ton groupe – Troube T-Roy s’est tué lors d’une répétition en tombant  d’une scène – t’a-t-il poussé à aborder de nouveaux sujets ?

H.D. : Oui,  bien sûr. J’ai eu la chance de grandir dans ce business, et quand tu es jeune tu fais des erreurs, mais tu apprends. C’est ça, grandir, c’est ça la vie. J’ai perdu mon propre frère, et T-Roy qui était comme un frère. Oui, cela a, de manière définitive, influé sur ma vie. Tout allait bien, nous étions jeunes et avions la  vie devant nous. Et quand une telle tragédie frappe, ça te réveille. On a réalisé que personne n’était Superman,  que tout le monde pouvait être confronté au malheur.

 

« Being real » pour  moi, c’est avoir une belle maison  parce que c’est là où j’ai vécu mais je dois m’associer à mes amis de la « hood » parce que c’est  avec ceux-là  que  j’ai grandi. Voilà ce que  signifie être authentique pour moi »

 

BN : T’es-tu déjà imaginé hors de ce business ?

H.D. : Non, j’en rêvais tellement. Je crois que j’étais destiné à être une star, parce que j’aimais trop cela. J’ai eu une conversation avec Eddie Murphy qui m’a dit un jour : « Si tu en rêves, ça arrive ! » Il en avait aussi rêvé, ainsi que d’autres amies.

BN : Tu es un artiste « cleanest-cut », qui touche aussi bien le public noir que blanc. En devenant « mainstream », est-ce que le hip-hop demeure le genre qui présente et rend compréhensible la vie du peuple noir ?

H.D. : Non seulement la vie de tous les Noir(e)s, mais principalement celles et ceux qui vivent dans le ghetto. Les rappeurs ont atteint la classe moyenne. Je représente  les deux : je suis à la fois classe  moyenne, et même « upper-class » (la bourgeoisie) et le ghetto. Ma musique s’étend  jusque-là. J’ai beaucoup  de chance  d’être si respecté de ces différentes classes. Je crois que le style de vie des vrais rappeurs du ghetto est le même que celui du dealer dans le ghetto, mais c’est légal. Nous portons les mêmes vêtements, conduisons les mêmes voitures, parlons le même argot, mais nous le faisons de  manière légale, et c’est notre moyen d’échapper à l’autre manière de faire. Je crois que c’est important de vivre sa vie comme il te convient, mais fais-le de manière  à ne blesser personne.

BN : A une époque où tout le monde se réclame hardcore, quelle en est ta définition ?

H.D. Quand  les gens pensent à moi, ils disent qu’Heavy  D est simplement cool ! Pour la moitié de ces gens qui se présentent « hardcore »  moins de la moitié sont des dur(e)s. C’est  une mode. Certains le sont, la plupart ne l’est pas.

BN : Ceux qui n’aiment  pas le rap semblent plus apprécier le son de la Côte  Ouest jugé plus mélodique que le son new-yorkais. Los Angeles a accru la popularité du rap.  New York peut-elle revenir dans la compétition l

H.D. : Je ne crois  pas que ce soit une question  de compétition. Le son de la Côte Ouest a été accepté par la Côte Est, et vice versa. C’est simplement une question de qualité. Oublie le rap un  moment, et pense à l’époque des O’Jays,  lsley  Brothers ou Temptations ; ces derniers  étaient de Detroit­ et les lsley de Philadelphie. Ce  n’était pas une question  d’origine,  mais de qualité. La musique est universelle. Si tu peux comprendre le langage, ou si tu peux la sentir, tu l’aimeras.

BN : Tu ne peux nier qu’il existait une bataille entre New York  et la Côte Ouest quand cela…

H.D. : Oui, c’est vrai, mais cela a toujours été dans le rap, ça fait partie de cette culture. Ce n’était rien d’autre qu’un moyen  d’exciter les gens.  Muhamad Ali faisait son  boulot mais y apportait une  autre dimen­sion qui le  rendait  plus  intéressant. Si  tu as sur une même affiche deux artistes à publics différents, tu remplis la salle. C’est un truc, tu as un fan  de Heavy D et un fan de LL Cool  J et tu laisses entendre qu’il  y a une bataille entre les deux, les deux publics viendront.

BN : Le terme  « Authenticité » a été remplacé par  « realness » (réalité)….

H.D. : Ça signifie  la même chose,  mais  les gens sont un peu confus.  « Being real » (être vrai) c’est de l’argot, mais que veut dire « Keep it  real » (reste vrai) pour un  individu ? Je suis de la banlieue, de  la classe moyenne, mais j’ai trainé dans le ghetto. «Being real » pour  moi, c’est avoir une belle maison  parce que c’est là où j’ai vécu mais je dois m’associer à mes amis de la « hood » parce que c’est  avec ceux-là  que  j’ai grandi. Voilà ce que  signifie être authentique pour moi. Je ne suis pas un criminel,  mon but n’a jamais été d’être non plus le plus grand dealer.

 

« Je suis fatigué de voir les Noir(e)s dépeints sous un certain angle quand je sais qu’il y tant de talents de notre côté. Nous étions des rois et des reines autrefois, et nous sommes aujourd’hui des médecins et des avocats. C’est ce  type d’image que je veux projeter. »

 

BN : On ne te voit pas en Europe. Pourquoi ?

H.D. : La première fois que j’y suis allé, en 1986-87, j’ai été déçu par la manière dont notre maison de disques nous a reçus. Maintenant que je suis plus important, j’y pense.

BN : J’ai entendu dire, il y a longtemps, que  tu étais impliqué dans  un projet de films et de séries télévisées, mais que  tu aurais été en désaccord avec  le personnage que l’on voulait te faire jouer. Quel type de personnage cherches-tu à incarner ?

H.D. : Je suis fatigué de voir les Noir(e)s dépeints  sous un certain angle quand je sais qu’il y tant de talents de notre côté. Nous étions des rois et des reines autrefois, et nous sommes aujourd’hui des médecins et des avocats. C’est ce type d’image que je veux projeter. Quelquefois,  Hollywood se prend les pieds dans le tapis… Ils sont confus, parce qu’ils  n’ont qu’un jeu d’informations faussé sur les Noir(e)s. Je  ne veux  pas  jouer quelque chose de  « normal ».  Je veux  être spécial, parce qu’il  y a énormément de Noirs spéciaux dont on a besoin de connaître l’existence.

Biographie express :

Heavy D and The Boyz est né en 1987 avec l’album Living Large. L’album-hommage à leur danseur décédé « Trouble » T. Roy, Peacefull Journey (le 3e), sorti en 1991, multiplatine, installera définitivement le groupe dans l’environnement rap. Deux ans auparavant, Heavy D avait participé au titre de Janet Jackson, « Alright », une première introduction d’un rappeur dans le monde pop. Il sera aussi aux côtés de Michael Jackson sur le titre « Jam ». Bluefunk (1993) et Nuttin’ But Love (1994) scellera la fin du groupe. Il continuera une carrière solo couronnée par quatre autres album Waterbed Hev (1997), Heavy(1999), Vibes (2008) et Love Opus en 2011.

Parallèlement, Heavy D, devenu vice-Président d’Uptown Records, il sera à l’origine du succès en tant que producteur et auteur du groupe R&B Soul For Real et de leur album Candy Rain (1995). Il meurt, le 8 novembre 2011, d’une ambolie pulmonaire.

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