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Guru : De Gangstarr à Jazzmatazz

Propos recueillis par Antoine « Wave » Garnier

 

Entre Jazzmatazz pour Guru et diverses productions, de KRS1 à Nas pour DJ Premier, le duo s’est retrouvé pour nous offrir de fabuleux moments de hip-hop avec Hard To Earn. Rencontre avec Guru (décédé le 19 avril 2010) , le parolier pour un point sur le concept Gangstarr.

 

Keith Elam alias MC Keith E puis Guru est originaire de Roxbury (Boston). Issu de la classe moyenne – Harry, son père est juge et Barbara, sa mère est gérante de bibliothèque scolaire – est diplômé de Morehouse College d’Atlanta, avant de se lancer dans l’aventure Gangstarr. Christopher E. Martin alias Mike Dee puis DJ Premier est, lui, vient de Houston (Texas). Sa liste de productions est kilométrique avec notamment The Notorious B.I.G., Nas, Kenny West, Mobb Deep… Guru, à l’origine de Ganstarr rencontrent DJ Premier et sortent No More Mr Nice Guy en 1989. Mais c’est Step In The Arena, sorti en 1991 qui imposera la marque Gangstarr dans l’univers rap.

 

New-York, Empire Management, l’entreprise qui gère, entre autres, les carrières de Gangstarr et de Jeru The Damaja, a élu domicile dans de nouveaux locaux sur Broadway, à la hauteur du Village. Signe de meilleure santé financière ? Le duo de Brooklyn réussit à conjuguer le concept du hip-hop hardcore de Gangstarr, et des productions parallèles sans remettre en cause l’intégrité structurelle de l’étroite cellule Gangstarr, fermée aux projets trop larges». Depuis, ils ont fait entrer dans la danse des membres de leur possee avec succès.

Nous sommes au studio Platinum au niveau de la 28° rue. Il ne compte qu’une unique pièce. Là, se fait la prise de son et le mixage. Guru travaille sur un remix de Brand New Heavies et le compteur tourne… Il m’avertit :

« Je n’ai pas beaucoup de temps. Tu penses avoir fini en vingt minutes ? » « Oui, environ». Mais, comme d’habitude, nous bavarderons sur le sofa pendant une heure, et … vingt minutes. Sacré Guru !

New -York a créé le hip-hop. Conséquence logique, tout ce qui s’est éloigné de New-York y retournera. Certains des meilleurs groupes prêts à sortir émergent des tripes de la «Grosse pomme». D’anciens groupes de la première génération refont surface tandis que les nouveaux se bousculent au Portillon : MOP (Brooklyn), Biggy Small (Brooklyn), Wu Tang Clan (Strong Island), Nas (Queens). Rien que du concentré de beats sertis de paroles avisées sur place. Et ce n’est pas de la Côte Ouest portée aux nues par les médias, mais de la qualité pour la qualité.

BN : Hard To Earn, légèrement différent du précédent album, a-t-il été fait pour gommer cette étiquette Gangstarr=jazz-rap ?

Guru : J’ai fait Jazzmatazz afin d’ôter ce label de Gangstarr. Jazz-rap et gangsta rap ne sont que des termes placés par les médias et des gens qui veulent placer la musique dans des catégories dans un but de vulgarisation. Mais en réalité, cela rend les choses plus confuses. C’est typique de ceux qui ne comprennent pas la culture. Les gangsters que je connais ne rappent pas. Si Gangstarr faisait du jazz-rap, cela voudrait dire que chaque disque que nous aurions fait aurait présenté DJ Premier “with a jazzy cut on (avec un set jazzy)” (ton sarcastique), ou “jazzy Guru”. C’est du bidon, je représente New-York, la vision d’un jeune Noir vivant à Brooklyn. Pas le jazz. Nous avons toujours utilisé d’autres éléments à côté du jazz. J’ai fait Jazzmatazz parce que j’ai le sentiment que le Jazz et le hip-hop sont importants ensemble. Le jazz vient de la rue, mais a été déplacé pour qu’il devienne l’apanage d’une élite, une section de la société. Avec ce mélange hip-hop- jazz, il retourne à ses racines.

Nous avons travaillé très dur pour que nos potes puissent monter dans le train…. des gens avec qui j’ai débuté, et qui, quand je n’avais pas un sou, m’invitaient à manger chez eux… J’ai lancé Gangstarr avec mon pote Big Shug, mais il avait été incarcéré pour quelques années (…) ”

BN : Sur Hard To Earn, la famille Gangstarr est plus visible. Peux-tu nous parler de ses fondations ?

Guru : Durant ces dernières années, nous avons travaillé très dur pour que nos potes puissent monter dans le train. Le premier d’entre eux est Jeru The Damaja, une production de Premier. Ça me fait plaisir parce que ce sont des gens avec qui j’ai débuté, et qui, quand je n’avais pas un sou, m’invitaient à manger chez eux. J’ai lancé Gangstarr avec mon pote Big Shug, mais il avait été incarcéré pour quelques années. Alors il regardait les Vidéos de Gangstarr depuis sa prison. Ça l’a aidé à tenir, et quand il est sorti, on s’est revu et on a travaillé nos pistes. Aujourd’hui, il a signé. Nous avons aussi The Group Home, ceux que je considère comme les petits frères que je n’ai pas eus, Little Dap et Nutcracker. Le premier représente Brooklyn, et le second le Bronx. Jeru est aussi de Brooklyn. La définition du succès. Pour Premier et moi, n’est pas d’être tout seul, mais de réussir tous ensemble, spécialement quand les gens sont talentueux. Tout le monde, a un style de rap spécial, unique.

BN : As-tu une méthode de travail différente pour des projets qui ne concernent pas Gangstarr ?

Guru : Pour Hard To Eam, j’ai proposé environ trente titres à Premier, il en a pris treize. Pour Jazzmatazz, j’avais mes titres longtemps à l’avance. Je ne rédige pas de rimes sans beats en faisant JazzmatazzZ, je me suis retrouvé à la production, à faire des remlx ou des pistes pour Salt N Pepa, Nefertiti, Brand New Heavies, Poverty, The Group Home, Big Shug, Operation Ramification, Stick & Move. Premier a travaillé pour KRS1, Heavy D, special Ed, Rage, et bientôt… peut-être Rakim et Slick Rick (Premier est ce moment huit blocks plus haut, au studio D&D. Ndlr). Ces projets parallèles n’ont fait que renforcer nos liens au sein de Gangstarr et nous a permis de continuer à nous épanouir et à exploiter chacun·son espace créatif. Je suis tout seul à New-York depuis 1982. Je n’ai pas été signé avant 1986 et je n’ai commencé à gagner de l’argent qu’en 1990. Premier et moi ne sommes pas du genre à vivre chez nos parents en attendant que ça décolle. Je prends ce business au sérieux. C’est un job marrant, mals c’est aussi un moyen de vivre, de faire face à mes responsabilités, tu sais que j’ai un fils. Nous avons appris à être plus que des artistes, nous sommes des businessmen.

BN : Il semblerait que aies plus de popularité en travaillant sur des projets solos que sur ceux de Gangstarr…

G. : C’est faux ! L’album de Gangstarr était classé numéro 2 au Billboard et 25e dans le pop chart. Les nouveaux projets nous rendent plus forts. Nous avons vendu jusqu’à aujourd’hui autant de disques du nouvel album que Jazzmatazz. Ce qui se passe, c’est que les gens qui ont aimé Jazzmatazz cherchent à écouter notre nouvel album. Les fans hardcore de Gangstarr l’achètent également. Plus ils feront passer le message selon lequel nous ne sommes pas séparés, plus nous bénéficierons de promotion sur la Côte Ouest. Nous n’avions jamais eu de couverture de magazines, maintenant, c’est différent. C’est aussi le résultat de la restructuration de ma maison de disques.

De la rue vers le haut, jusqu’à ce que le titre “cross-over” par lui-même. C’est comme ça que l’on travaille un disque. Nous avions beaucoup de problèmes marketing : quand nous sommes arrivés, ils ne savaient pas à quoi correspondait Gangstarr. Ils ne comprenaient pas le style, le fait qu’il n’y avait pas de gimmick ; nous ne portions ni les mêmes vêtements ni la même coupe de cheveux que les autres. Nous ne sommes qu’un dj et un rappeur. Ça n’a pas été facile de nous “packager”, de faire de nous un “produit” de masse. Mais aujourd’hui, les gens sont plus au fait de ce qui se passe.

Des brotthers avec le même esprit peuvent devenir les maillons d’une même chaîne… Ça peut sonner bidon pour certains, mais il faut arrêter les tueries”

BN : Quel est, selon toi, l’état de la jeunesse noire ?

G. : De nombreux rappeurs veulent entrer dans ce business où y sont déjà sans amour de la musique. J’y suis pour plus que de l’argent. KRS 1 a dit «  Respect is our last cah  » (le respect est notre dernière liquidité). La musique, c’est ma vie. Il y a des rappeurs qui ne veulent que cette « Mass appeal ». C’est bien d’avoir un disque qui réalise naturellement e «  cross-over  , mais essayer délibérément d’en faire n’a pas la même signification. Il n’y a que les enfants qui se contentent d’être des célébrités de quartier. Le premier vers de « Code Of Street (Cf. l’album) explique ce qui se passe dans un film, New Jersey Driver, qui parle de vol de vol de voitures  : c’est un très gros trafic dans le New Jersey. Le second vers parle des traffics de drogue…

Tu vois, le système éducatif des Etats-Unis a échoué, spécialement pour les Noir(e)s. Il a échoué parce qu’une personne sur un banc d’une équipe professionnelle, gagne trois fois plus qu’un enseignant de l’école publique. Il y a quelque chose de détraqué dans ce système. Ça veut dire que les enseignant(e)s ne sont pas motivé(es), ils(elles) ne sont pas assez payé(e)s. Quand ils voient un jeune Noir qui a de l’énergie, ils en concluent que c’est un turbulent, ou s’il ne fait pas son travail, ils le placent dans une classe de faibles, comme s’il était débile Tu vois ce que je veux dire  ?

Pourtant ces gosses sont géniaux, mon pote. Ils ont un potentiel infini, mais personne ne travaille à canaliser cette énergie pour que quelque chose se passe, personne ne leur enseigne leur culture qui n’est pas écrite dans les livres scolaires. Ils ne savent pas que c’est un Noir qui a inventé le premier plasma sanguin, les feux de circulation, les chips. Nous avons contribué à énormément d’inventions dans ce pays. Nous sommes les pères des mathématiques, ils ne le savent pas, ils vivent pour la gratification immédiate. Ils ne pensent pas à leur futur. Ils ont besoin de faire ce que j’appelle une révolution de l’esprit à 360°. Cela ne doit pas obligatoirement passer par la violence, , il est question de changer des choses dans la tête. Par exemple, pour leurs problèmes, les Noirs ont longtemps blâmé la société blanche. On ne peut plus le faire, ça ne va rien changer. Mon grand-père disait  : «  Si tu veux du jus, tu dois savoir quel fruit presser  ». Eduque-toi, crée ton propre emploi. Si tu n’aimes pas l’école, lis des livres. Jeru est l’une des personnes les plus érudites que je connaisse, il est retourné finir le lycée, il lit tout.

BN  : Quelle serait la contribution de Gangstarr au hip-hop  ?

G.  : Jazzmatazz et Gansgtarr reflètent la famille et les générations marchant main dans la main. Gangstarr représente la famille au niveau de la jeunesse. Quand tu vois la vidéo de «  Mass Appeal  », tu sens la «  street knowledge  » (le savoir issu de la rue), mais nous ne portons pas d’arme à feu devant la caméra. Nous voulons montrer l’intellect et la spiritualité. Des brothers avec le même esprit, peuvent devenir les maillons d’une même chaîne  ; c’est comme notre logo  : l’étoile est le pouvoir de la musique et de celui de ce que nous pouvons réaliser en tant que peuple unifié. Ça peut sonner bidon pour certains, mais il faut arrêter les tueries. Cet album représente la force, parce que personne ne veut suivre quelqu’un de faible. Je suis l’un d’entre eux qui montre mon potentiel, représentant leur potentiel.

Discographie Guru

    • 2008  : The Best of Guru’s Jazzmatazz

    • 2007  : Guru’s Jazzmatazz: The Timebomb Back to the Future Mixtape / Jazzmatazz, Vol. 4: The Hip-Hop Jazz Messenger: Back to the Future
    • 2005  : Version 7.0: The Street Scriptures
    • 2001  : Baldhead Slick & da Click
    • 2000  : Jazzmatazz Streetsoul
    • 1995  : Jazzmatazz, Vol. 2: The New Reality
    • 1993  : Jazzmatazz Vol. 1,

Discographie Gangstarr

  • 2006  : Mass Appeal: The Best of Gang Starr
  • 2003  : The Ownerz
  • 1999  : Full Clip: A Decade of Gang Starr
  • 1998  : Moment of Truth
  • 1994  : Hard to Earn
  • 1992  : Daily Operation
  • 1991  : Step in the Arena
  • 1989  : No More Mr. Nice Guy

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