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Gospel Funk : les Winans (1992)

Par Romain Grossman

 

Aux Etats-Unis, la tradition gospel se transmet de génération en génération. Les grandes familles marquent l’actualité de cette musique divine: les Hawkins, les Staples et les Winans.

 

Ces derniers ont  ete les principaux catalyseurs du regain de passion pour ce genre oublié, en modemisant le style et en collaborant avec les plus grands producteurs et musiciens d’aujourd’hui. Une demarche critiquée au depart, mais saluée par un énorme succès public. D’où un réveil soudain et inespéré des maisons de disques pour remettre en selle nombre de talents trop souvent négligés. Le gospel revit en 1992 et la famille Winans y est pour beaucoup.

 

Les Winans

 

Il y a Marvin et Carvin, les deux jumeaux, et puis Michael et Ronald : The Winans. Les quatre frères ont toujours vécu au contact des chants religieux. A la maison, à l’école, dans les chorales de la ville de Detroit, où ils figurent parmi les gloires locales, aux côtés de Thomas Hearns, le boxeur, et d’Isaiah Thomas, le basketteur. Leur premier concert professionnel remonte à 1975. Marvin, le leader naturel mène parallèlement sa carrière de courtier en assurance pendant que ses frères pointent à l‘usine automobile voisine. Plus pour longtemps. Vers la fin des années soixante dix, leur réputation parvient aux  oreilles de Walter Hawkins, un monstre sacré du gospel américain, qui les engage en première partie. Peu  après, c ‘est au tour d’Andrae Crouch, de craquer sur ce quatuor magique. II leur ouvre les portes de son label distribué par le géant du genre : Light  Records. Deux premiers albums concrétisent cette période, marchepieds vers le décollage à venir. D’une rencontre à l’autre, le vrai déclic se produit lorsque Quincy  Jones décroche son téléphone. Il a son idée sur la façon de driver le groupe. Une offre qui ne se refuse pas. En 1984 « Let My People Go » sort sur Q West avec tout ce que cela implique de savoir-faire. Freddie Washington et Abraham Laboriel (b),  Dean  Parks (g), … estam­pillent la griffe maison :  un son funky léché enveloppe !es voix aériennes des quatre frères. Le mixage du feeling prodigieux des Winans et du groove brillant des Quincy’s boys détonne et transcende les limites du gospel traditionnel.

« Certains hésitent, appellent notre musique du gospel contemporain, d’autres du gospel jazz. Nous essayons juste de marier nos tessitures, au service de textes vrais et de mélodies dont vous chantonnerez le refrain dès demain »; explique  Marvin.

L’album suivant Decisions, en 1986, est une pure merveille : La barre est placée encore plus haut. Anita Baker et Michael Mc Donald  appa­raissent en guests. Les ballades, les vibrations luxuriantes : tout y est ! Mister Q a réussi l’alchimie parfaite conservant la force intérieure des chants en lui offrant le cadre idéal pour explorer de nouveaux horizons. Les paroles de Marvin Winans ne transi­gent en rien sur le discours humain et le souffle de l’interprétation fait le reste. La carrière des Winans entre dans une autre sphère. Les récompenses pleuvent (ils comptent quatre Grammies pour  la « Best Soul Gospel  Performance » à ce jour).

Le dernier enregistrement, Return, paru en 1990, deux ans après le somptueux Live At Carnegie Hall, perpétue la progression. Le titre évoque le  retour aux valeurs morales et spirituelles évaporées dans   la jungle consumériste et  égoïste ambiante. Le décor sonore,  lui,  est en prise avec son  époque : Teddy y intervient sur trois plages. C’est  la fusion  du new-Jack et du  gospel,  de l’énergie avant-gardiste et  des  racines. « It’s Time » ou « Don’t Leave  Me »  renversent les formules bien  avant Jam et Lewis, bien avant  le superbe disque des Sounds Of Blackness. Les Winans conduisent la  musique noire dans une direction passionante et exploratoire, de sommet en sommet .

 

Discographie sélective  :

Let  My  People  Go  (1986). Decisions (1987). Live  At

Carnegie Hall (1988). Return (1990)

BeBe & CeCe Winans

Depuis Dionne Warwick et Stevie Wonder. BeBe and CeCe n’ont pas suscité pareille engouement sans fondement : leur duo dispense une subtile  communion de  voix,  de  mélodies et d’arrangements sophistiqués, comme  peu  d’artistes en sont capables. Les frères ont  ouvert la brèche, réhabilitant le gospel dans le grand circuit  public ; BeBe  and  CeCe s’y  sont  engouffrés dans  un registre encore plus pop-soul.

 

Le son s’éloigne des origines, mais la  performance maintient une  qualité supérieure aux productions américaines actuelles.  « Nous touchons plus de  gens, mais les bases demeurent » précise CeCe. Ce qui frappe le plus à l’écoute des  albums du duo, c’est l’harmonie des voix  quasi-ins­tinctive.  « Je  ne peux me souvenir de notre première prestation live tant le chant me semble lié à notre existence depuis notre enfance« ,  poursuit  CeCe.   « Avec  BeBe, nous fonctionnons dans une osmose totale. »  Le hasard est à l’origine de la naissance de ce duo. « Si nous devions monter une formation regroupant toute la famille, avec Mom anPoples Winans, Vickie et les autres, il faudrait organiser une chorale« , explique BeBe.  « Le  destin a voulu que CeCe  et mosoyons assocs au  travers d’ unrie TV. Tout sest enclenché à partir dcettexrience et de notre hit « Up WherWe Belong »,  enregistré à l‘époque. »

Apres un premier album intitule BeBe and  CeCe, Heaven les propulse vers les plus hautes marches des charts. Ils obtiennent ainsi, en 1988, un  disque d’or, rarissime pour un enregistrement  catalo­gué  gospel, ce qui ne s’était plus produit depuis le fabuleux « Amazing Grace »  d’Aretha Franklin en… 1972. La  production raffinée de Keith Thomas, l’équilibre entre la délicatesse du phrasé de  Cece et la chaleur du timbre de  BeBe est mise en valeur par des compositions d’une rare maîtrise, sur tous les tempos.  Plus  la magie : « Il y a dans le gospel, une  dimension supplémentaire. L’inspiration vient du plus profond et cela perce au travers de l’interprétation », indique BeBe dont la voix évoque un peu celle de Jeffrey Osborne.

« Mon modèle reste Donny Hattaway. C’est l’un des plus grands chan­teurs qu’ ii m’ ait été donnée d’entendre. Si vous voulez me flatter, dites-moi que je sonne  commDonny. » 

Les admiratrices se pressent aux  concerts, comme pour acclamer Ies sexy soul men Luther  Vandross et Freddie Jackson. Avec  Different Lifestyles, datant de  1991, BeBe  and CeCe trustent les numéros uns. Les invités se bousculent en studio : Whitney Houston, Take 6, … et Hammer sur un  éclatant « The Blood ».

« Je  sais  que le raest controversé par les milieux religieux « , argumente CeCe. « Hammer a é critiqué pour avoichan « We  Pray », quand son modde vie s’éloigne denormes. Mais j ai appris à respecter le  rap  et jamais « The  Blood »  n‘ aurait  eu  semblable impact rythmique sans la présence d’Hammer, » Le  summum de ce Cd se situe un peu plus loin,  entre quelques morceaux trop proches de la variété, Mavis Staples rejoint BeBe and Cece pour une reprise tonitruante de « I’ll Take You There ». Dans les chœurs Margaret Bell et  Donna  Mc  Elroy, un vrai gospel all stars !

Trois albums à leur actif et déjà stars aux Etats-Unis, la cornette Winans, ignorée des médias français, ne saurait le rester long­temps encore. Surtout si le frère et la sœur prodiges continuent d’évoluer sur les mêmes rivages où Ia concurrence se fait rare.

 

Discographic selective : Heaven (1988). Different Lifestyles (1991).

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