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dimanche, décembre 16, 2018
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Get On The Bus : Le film-hommage à la "One Million Man March" de Washington

Par Martin Ambassa et Elia Hoimian

Avec Get on The Bus, le film inspiré de la One Million Man March du 16 octobre 1995 à Washington, initiée par le charismatique leader de la Nation Of islam, Louis Farrakhan, Spike Lee renoue, une fois de plus avec l’histoire.

Avec un budget de 2,4 millions de dollars et moins de trois semaines de tournage, Spike retrouve les conditions de Nola Darlin n’en fait qu’à sa tête (1986), son premier film qui n’avait couté que 175 000 dollars, et raflé le prix de jeunesse au Festival de Cannes.

 

Tout le monde n’était pas monté dans le bus de Spike Lee le 16 octobre dernier, jour de sa sortie officielle aux Etats-Unis. Les membres de la One Million Man March ont appelé au boycott du film. Car le film était projeté dans les salles le jour même où Minister Louis Farrakhan et son équipe célébraient, à New York, devant le siège de l’Organisation des Nations Unies, le premier anniversaire de la grande marche de Washington DC.

D’autres personnalités dont l’ancien leader des Black Panthers Party Of Self Defense, Bobby Seale allaient plus loin dans la critique. Ce dernier, par exemple, n’était ni pour qu’un film soit monté sur le sujet, encore moins pour l’anniversaire de la marche.
Oublions ces voix discordantes pour nous concentrer sur ce film historique qui, de par sa réalisation et son financement, est un exemple de solidarité dont sait faire preuve la communauté lorsqu’une réalisation dépasse le simple cadre cinématographique pour revêtir la cape de l’indépendance face à la classe dominante. En effet, bien que bénéficiant du renom de Spike Lee, gage de financement par une grande compagnie hollywoodienne, les producteurs ont tenu à conserver la direction financière du film, « Dans l’esprit de la marche ».

Spike Lee, Ossie Davis (en bas) et Andre Braugher (droite)

C’est un film de Noirs pour la mémoire communautaire noire. Il fallait donc être maîtres de la production. C’est ainsi que Spike a fait appel à quinze personnalités noires (pour le financer à hauteur de 100 000 ou 200 000 dollars chacun) parmi lesquels Danny Glover, Wesley Snipes, Will Smith, Charles D Smith (basketteur des Spurs de San Antonio), Reggie Rock Bythewood (le scénariste), Johnnie Cochran (l’avocat noir de O.J. Simpson), Robert Johnson, le boss de BET (la chaîne câblée noire) et… Spike lui-même.

Inspiré de la marche de Washington D.C., Get On The Bus, comme son titre l’indique, n’est pas un film sur la marche mais l’histoire d’hommes qui empruntent le même bus à la rencontre de l’Histoire. Dans l’esprit de la marche, les rapports humains sont plus détendus, les conversations se lient, naturellement, au gré du scénariste. Avec un casting important, Get On The Bus se passe pratiquement dans le bus (75% du film y est réalisé). C’est le voyage de quinze hommes qui partagent leurs émotions, leurs vies, l’espace d’un voyage.

Ossie Davis (Do The Right Thing, Malcolm X), Jeremiah, mène la danse en jouant le vieux leader spirituel du groupe. Charles Dutton (Le droit de tuer ?, Menace II Society, Allien 3) interprète George, l’un des trois chauffeurs, prêt à tout pour arriver à la marche ; Rick (Richard BelzerGirl 6), le second chauffeur, juif, peu enthousiaste à conduire ces hommes à une marche dirigée par un homme qu’il juge parmi les plus antisémites, et Albert Hall (le frère Baines de Malcolm X), l’autre chauffeur du bus.

Andre Braugher (Glory), présent à la marche de Washington, incarne un acteur au chômage qui rêve de surpasser Denzel Washington. Son interlocuteur, Xavier, est interprété par Hill Harper (Blanckman), un étudiant en cinéma.
Thomas Jefferson Byrd (Le droit de tuer ?, Girl 6, Clockers) joue le personnage ingrat de Evan Thomas Senior, un père, souvent absent de chez lui, qui a donc négligé l’éducation de son fils et qui essaie enfin d’installer une communication avec un rejeton, « Junior » (DeAundre Bonds), rebelle.
Le sujet délicat de l’homosexualité dans la communauté noire est traitée via les personnages de Randall (Harry Lennix –Mo’ Money, Clockers) et Kyle (Isaiah Washington)…

 

« Je voudrais que ce film soit un microcosme de la communauté (…) Il y a des gays, des hétéros, des acteurs, des étudiants… qui oublient leurs petites différences et essayent de se battre ensemble pour ce qui est le mieux pour tous. C’était le message de la marche et c’est aussi celui du film. La différence, c’est que c’est arrivé à ces gens avant la marche. » Spike Lee.

 

Une tâche qu’il a admirablement accompli ! Car, au-delà du film nécessaire, Get On The Bus,  basé sur le premier scénario de Reggie Rock Bythewood -, dévoile les contradictions, incompréhensions et problèmes quotidiens de et au sein d’une communauté noire toujours à la recherche d’une voie d’entrée significative dans une Amérique hostile.
Unanimement acclamé par la presse américaine (ça change) – « Provocateur ! Ce film a de l’humour, du cœur, de la fierté et un casting inspiré » (Rolling Stone), « Le film est extraordinaire… » (Chicago Times) – Get On The Bus n’a été diffusé que dans 1 200 salles à travers les Etats-Unis, pour ainsi dire une misère. Il a néanmoins rapporté, en deux semaines de projections, 4 millions de dollars, mais est passé de la 8e place du box-office la première semaine à la 13e, la seconde.

La bande originale du film regroupe de grandes gloires telles Curtis Mayfield, Stevie Wonder (une reprise de Redemption Song de Bob Marley), The Neville brothers, Earth Wind & Fire. Et la nouvelle génération de rappeurs et de chanteurs R&B représentée par A Tribe Called Quest, Guru, D’Angelo, Blackstreet, Doug E-Fresh et bien d’autres. La chanson-titre, écrite et produite par BabyFace, est interprétée par Michael Jackson lui-même. Dirigée par Terence Blanchard, elle sortira chez MCA via le label de Spike, 40 Acres & A Mule MusicWorks et Interscope.

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